Elections

RDC : Ramazani Shadary et 14 autres proches de Kabila demandent la levée des sanctions de l’UE

Emmanuel Ramazani Shadary, le dauphin de Joseph Kabila (archive). © Ministère congolais de l'Intérieur et de la Sécurité.

À moins de trois mois des élections en RDC, l'avocat belge Thierry Bontinck a indiqué lundi 8 octobre à Jeune Afrique qu'Emmanuel Ramazani Shadary, dauphin du président Joseph Kabila, et quatorze autres proches du chef de l'État congolais, demandent à l'UE de lever des sanctions prises à leur encontre.

C’est désormais parti pour une course contre la montre. Les élections approchent et certains responsables de la majorité demeurent sous le coup de sanctions de l’Union européenne. Entre le 24 septembre et le 2 octobre, un de leurs défenseurs, Me Thierry Bontinck, a séjourné à Kinshasa où il a eu des entretiens avec ses quinze clients, tous des proches du président Joseph Kabila. Parmi eux : Emmanuel Ramazani Shadary, candidat de la coalition au pouvoir à la présidentielle prévue le 23 décembre.

De retour à Bruxelles, l’avocat décide de passer à l’offensive. « Malgré leurs demandes répétées depuis plus d’un an et les nombreuses explications documentées, le Conseil de l’Union européenne ne réserve aucune réaction positive aux demandes d’être entendues des 15 personnalités congolaises concernées par les sanctions afin d’apporter leur version des faits qui leur sont reprochés », explique-t-il dans un communiqué transmis daté du 9 octobre, co-signé avec son associé, Me Patrick De Wolf.

Des candidats sous le coup de sanctions

Le dernier recours en date remonte au mois de février. Par l’entremise de mêmes avocats belges, ces quinze dignitaires du régime de Kinshasa avaient sollicité leur audition devant le Conseil de l’UE.

Mais rien n’y fait, selon la défense. « Les éléments apportés par les 15 personnalités et leur volonté affirmée à de nombreuses reprises de collaborer aux devoirs d’enquête qui auraient dû être mis en œuvre ne permettent plus aujourd’hui de maintenir à leur encontre ces sanctions humiliantes, dégradantes et disproportionnées tant par leurs effets que par le grave préjudice d’image qu’elles imposent à des personnes qui, pour certaines, sont candidates aux scrutins électoraux majeurs qui se tiendront le 23 décembre 2018 », soutient la défense.

« C’est une situation bien particulière pour certains de mes clients : l’UE leur reproche d’avoir essayé de ne pas faire quelque chose pour lequel ils sont aujourd’hui acteurs », résume Me Thierry Bontinck.

Ministres (anciens ou encore en fonction), ex-gouverneurs de province et responsables de l’appareil sécuritaire, ces 15 lieutenants de Kabila ont été en effet visés par la vague des sanctions successives entre juin 2016 et juin 2017. Ils sont depuis interdits de voyage dans l’UE et leurs avoirs y ont été gelés, « en réponse aux entraves au processus électoral et aux violations des droits de l’homme qui y étaient liées ».

En conséquence, Emmanuel Ramazani Shadary, ex-ministre de l’Intérieur, Lambert Mende, porte-porte du gouvernement, Évariste Boshab, ex-ministre de l’Intérieur, Kalev Mutond, chef de la redoutable Agence nationale de renseignements (ANR), Jean-Claude Kazembe, ancien gouverneur du Haut-Katanga, Alex Kande, ancien gouverneur du Kasaï-Central, Roger Kibelisa, chef du département de la sécurité intérieure de l’ANR, Delphin Kahimbi, chef de renseignement militaire, John Numbi, ancien patron de la police, Célestin Kanyama, ex-commandant de la police dans la ville de Kinshasa, Ferdinand Ilunga Luyoyo, chef de l’unité anti-émeutes de la police, Gabriel Amisi alias « Tango Four », commandant dans la première zone de défense de l’armée, Ilunga Kampete, commandant de la Garde républicaine, Muhindo Akili Mundos, ancien commandant des opérations de l’armée contre les rebelles ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF) et Éric Ruhorimbere, commandant adjoint de la 21e région militaire au Kasaï, dans le centre de la RDC, « demandent donc sans délai au Conseil le respect de leur droit fondamental d’être entendu et la levée des mesures restrictives injustement prises à leur égard », indiquent leurs avocats.

Le cas du dauphin Ramazani Shadary

« Ils peuvent être entendus au bureau de la représentation de l’UE à Kinshasa », complète Me Thierry Bontinck qui soupçonne la Belgique d’avoir « pris parti pour une partie de l’opposition congolaise sans égard aux efforts entrepris par les personnes sanctionnées ». Traduction : ce sont des autorités belges qui bloqueraient la levée des sanctions.

Ramazani Shadary ne souhaite pas être tiré du lot », selon Me Me Thierry Bontinck

À New-York, le 28 septembre, cette question était également évoquée lors du tête-à-tête entre Charles Michel, Premier ministre de la Belgique, et Joseph Kabila, président de la RDC. D’autant que le dauphin de ce dernier est concerné.

Mais « Ramazani Shadary ne souhaite pas être tiré du lot et plaide pour que toutes les personnalités sanctionnées soient enfin auditionnées », souligne Me Thierry Bontinck. Objectif : empêcher le renouvellement des sanctions d’ici la fin de l’année.

Le Conseil de l’UE doit se prononcer à ce sujet le 10 décembre, soit treize jours avant la présidentielle en RDC. « Cette décision pourrait ainsi avoir des conséquences graves sur le processus électoral en cours dans ce pays », met en garde l’avocat.

« Le maintien des mesures restrictives constitue une interférence manifeste de l’UE sur le processus électoral en cours en RDC, alors même que celle-ci appelle à un scrutin paisible dans un environnement pacifié », conclut la défense.

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