Elections

Gabon : les élections législatives se sont déroulées dans le calme

Le candidat aux élections locales du Gabon, Franck Nguema, participe à un meeting le 3 octobre 2018 à Libreville. © Joel TATOU / AFP

Deux ans après une élection présidentielle qui avait été marquée par les violences, les Gabonais ont voté samedi dans le calme aux élections législatives et municipales.

Hormis la dénonciation par des opposants « d’irrégularités et de fraudes », aucun incident majeur n’a marqué le scrutin, a rapporté l’AFP.

Reportées trois fois, ces élections étaient les premières élections nationales depuis les violences meurtrières de la présidentielle de 2016, liées à la victoire du président sortant Ali Bongo face à son principal opposant, Jean Ping.

« Comme tout Gabonais, je viens accomplir mon devoir civique, tout ce que je souhaite c’est que tout se déroule dans de bonnes conditions », a déclaré M. Bongo après avoir voté à Libreville.

Au pouvoir depuis 2009, il a succédé à son père, Omar Bongo Ondimba, décédé cette année-là après avoir dirigé le Gabon depuis 1967.

À Libreville, par un temps maussade, Stanislas Bidoubi, un commerçant de 53 ans, a déclaré qu’il votait pour un parti d’opposition. « Je veux qu’il y ait l’alternance dans mon pays ».

« Je vote pour le parti au pouvoir, car aujourd’hui il y a des réformes qui font mal, mais c’est pour le bien de la population », explique Rodrigue Taika, un fonctionnaire de 34 ans, en référence à de récentes mesures d’austérité.

Même si « dans tous les votes en Afrique il y a des ‘trucages’, en tant que citoyenne gabonaise, je préfère aller voter », dit Rainatou Wagne, 52 ans, commerçante. « Je n’ai jamais manqué une élection ».

Sur les réseaux sociaux, des Gabonais ont fait part de leur grand scepticisme quant à ces élections auxquelles ils n’entendent pas participer.

« Le processus électoral est biaisé »

« Je n’irai pas voter car le processus électoral est biaisé, les dés sont pipés », a écrit ainsi Samy Maghoumbou, enseignant, sur Whatsapp. « On sait déjà qui a gagné d’avance, donc ça ne sert à rien de faire semblant ».

Face a une opposition divisée, le Parti démocratique gabonais (PDG) du président Bongo Ondimba, partait favori.

Rose-Christiane Ossouka Raponda, maire de Libreville et candidate du PDG, explique que dans ce parti « tout a été régénéré, revitalisé, et c’est cet engouement-là qui fait que le PDG reste le plus solide, le plus puissant, le plus fort de notre pays ».

Premier parti gabonais, le PDG rassemble plus de 2.000 adhérents et bénéficie de ses connexions dans l’administration. Il lui arrive de mobiliser les moyens de l’Etat en sa faveur.

Jean Ping boycotte

Jean Ping, rival malheureux d’Ali Bongo à la présidentielle de 2016, n’a jamais reconnu sa réélection qualifiée de « frauduleuse » et se proclame toujours « président élu ». Très effacé depuis sa défaite, il a boycotté le vote de samedi.

Mais une majorité d’opposants et leurs partis ont décidé d’y participer. Parmi eux, certains sont membres de partis d’opposition présents au gouvernement, d’autres sont d’ex-caciques du PDG, passés dans l’opposition.

Des candidats d’opposition ont dénoncé des irrégularités, comme l’absence de listes d’émargement dans des bureaux, l’accès refusé à leurs représentants, « l’achat » de votes.

Lors du début du dépouillement des bulletins dans un bureau de Libreville, un militaire a dit à une journaliste de l’AFP avoir été payé « 20.000 francs CFA » (30 euros) pour voter en faveur d’un candidat du PDG.

Dans la province du Haut Ogooué, fief de la famille Bongo, trois candidats d’opposition ont préféré se retirer de la course après avoir, affirment-ils, constaté des irrégularités.

« Les processus électoraux sont toujours biaisés » au Gabon, selon le politologue gabonais Wilson Andre Ndombet. La fraude « multiple » va de « l’achat des membres des bureaux de vote au bourrage des urnes », plutôt « en faveur du pouvoir ».

Les 680.000 électeurs étaient appelés à voter pour désigner leurs 143 représentants à l’Assemblée nationale, ainsi que dans les assemblées des villes et provinces.

Ces élections ont été organisées par le Centre gabonais des élections (CGE) et observées par une mission de l’Union africaine (UA).

Les premiers résultats seront envoyés au CGE pour une proclamation définitive dans les prochains jours.

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