Politique

Sénégal : Madické Niang indésirable au PDS après sa déclaration de candidature ?

Madické Niang, lorsqu'il était ministre des Affaires étrangères d'Adboulaye Wade, en février 2012. © REUTERS/Ismail Zitouny

Après s'être déclaré candidat à la présidentielle de février 2019, transgressant ainsi la ligne du Parti démocratique sénégalais, Madické Niang risque l'exclusion. Babacar Gaye, le porte-parole du PDS, s'explique à Jeune Afrique sur cette candidature « parallèle » qui divise le parti libéral.

L’affrontement semblait inévitable. Malgré les obstacles qui se dressent sur la route de son candidat à la présidentielle, Karim Wade, le Parti démocratique sénégalais (PDS, opposition) n’envisage pas de « Plan B ». Mais en son sein, des voix discordantes s’élèvent, insistant sur la nécessité d’envisager un candidat de secours. La rupture est intervenue mercredi 3 octobre, incarnée par Madické Niang.

Président du groupe parlementaire Liberté et démocratie, ce proche parmi les proches d’Abdoulaye Wade a décidé de se présenter à l’élection présidentielle. « Je réaffirme mon appartenance au PDS, et pour qu’il continue à jouer un rôle de premier plan sur l’échiquier politique et dans la marche du pays j’ai décidé de me présenter à l’élection présidentielle pour assumer une candidature alternative de notre parti », a-t-il justifié dans un communiqué, transgressant la ligne du parti, jusqu’alors immuable, du « Karim ou rien ».


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La sanction ne s’est pas faite attendre. Dès le lendemain, le secrétaire général national du PDS, Abdoulaye Wade, estimant que Madické Niang avait « franchi le Rubicon », a livré par écrit une réponse cinglante, arguant que « tout soutien apporté à un candidat autre que celui régulièrement désigné par les instances du parti constitue un cas d’indiscipline majeure et d’incompatibilité flagrante entraînant la perte de la qualité de membre ».

Madické Niang sera-t-il exclu ? Sa candidature peut-elle prospérer sans le soutien de son mentor ? Babacar Gaye, le porte-parole du PDS, s’explique sur cette candidature « parallèle » qui divise le parti libéral.

Jeune Afrique : La candidature de Madické Niang est-elle pour vous une surprise ?

Babacar Gaye : Non, car Madické Niang s’était déjà ouvert au secrétaire général national à propos de sa conviction qu’un plan B serait nécessaire. Mais ils n’étaient pas parvenus à s’entendre, ce qui le conduit aujourd’hui à présenter une candidature parallèle. Si nous remportons notre combat pour la reconnaissance des droits civiques de Karim Wade, il me semble évident que Madické Niang se retirera. Il ne s’agit pas d’une candidature de substitution. L’objectif principal est la participation du PDS à la prochaine présidentielle… et sa victoire. Pour cela, nous avons choisi de lutter pour que Macky Sall respecte les droits civiques de Karim Wade et mène des élections transparentes. Seul l’avenir nous dira si la candidature de Madické Niang va dans le sens de notre projet présidentiel.

L’adversaire n’est pas dans nos rangs : l’adversaire, c’est Macky Sall !

Madické Niang sera-t-il exclu pour « indiscipline majeure », comme l’envisage Abdoulaye Wade dans son communiqué ?

Le PDS ne s’est pas encore prononcé sur l’exclusion de Madické Niang. En tant que secrétaire général du parti, Abdoulaye Wade a la responsabilité de tenir un discours ferme afin de rassurer nos militants. Mon rôle, en tant que cadre du parti, est d’essayer d’endiguer tout risque de crise inutile parmi nous. Je pense qu’il ne faut pas foncer, tel un taureau, sur une cible illusoire. Dans sa réponse, Abdoulaye Wade a rappelé certaines règles immuables du parti. Mais j’estime qu’il n’est pas toujours souhaitable de les appliquer avec rigueur. Nous ne souhaitons pas de divisions supplémentaires, et j’œuvrerai au rassemblement. L’adversaire n’est pas dans nos rangs : l’adversaire, c’est Macky Sall !

Pour autant, Madické Niang ne restera pas le chef de file des députés du PDS ?

C’est ce qui a été annoncé. Abdoulaye Wade demande au PDS de se réunir afin que le groupe parlementaire soit dirigé par une autre personne que Madické Niang. Mais il restera un député du parti.

Estimez-vous que Madické Niang doit renoncer à sa candidature ?

La relation entre Abdoulaye Wade et Madické Niang ne se résume pas à la politique. Ce dernier a toujours eu un rôle important auprès du président Wade. Mais il arrive des moments où les relations personnelles cèdent la place à une réalité politique.

Madické Niang a pris une décision personnelle. Son erreur est peut-être d’avoir porté ce combat en s’auto-désignant comme le « plan B » qu’il appelait de ses vœux. Si le débat avait été posé démocratiquement dans le parti, nous aurions pu éviter ce rapport de force et trouver une solution.

Un tel débat peut-il avoir lieu dès lors qu’Abdoulaye Wade rejette systématiquement toute alternative à la candidature de son fils ?

Abdoulaye Wade n’impose pas son fils. C’est le bureau politique qui a décidé de cette candidature. En 2015, Madické Niang, Habib Sy, Aïda Ndiongue et d’autres envisageaient des candidatures alternatives, mais ils se sont finalement désistés. Karim Wade a remporté cette primaire au sein du parti car il n’y avait pas photo entre lui et les autres, en matière de représentativité.

Le PDS est une arme, et j’estime qu’il survivra à Abdoulaye Wade

Cette position immuable ne risque-t-elle pas de conduire le PDS à l’implosion, s’il aborde la présidentielle sans candidat ?

Abdoulaye Wade ne reviendra pas aux affaires. Il est donc légitime que certains parmi nous manifestent leur ambition d’exercer le pouvoir au nom du PDS. L’ambition de ceux qui appartiennent encore au parti parce qu’ils ont cru en son idéal démocratique, défini en 1974 par Abdoulaye Wade, est de sauvegarder cet héritage – et je pense que Madické Niang en fait partie.

Le PDS est une arme, et j’estime qu’il survivra à Abdoulaye Wade. L’âme du parti va au-delà des individualités. Aujourd’hui, le rôle de ses cadres est d’annihiler le risque d’une crise majeure en valorisant le rassemblement. J’ai une confiance filiale envers Abdoulaye Wade et de très bonnes relations avec Madické Niang. Je me dois d’éviter toute posture va-t-en-guerre.

Nous verrons après décembre si le PDS est obligé de considérer d’autres candidatures, comme celle de Madické Niang

S’il faut choisir demain entre la participation du PDS et la loyauté à Karim Wade, que fera le parti ?

La politique est une science inexacte. On ne sait pas ce qui peut arriver d’ici décembre, date limite du dépôt des candidatures. Nous verrons par la suite si le PDS est obligé de considérer d’autres candidatures, comme celle de Madické Niang, mais je ne le crois pas.

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