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Présidentielle au Cameroun : le vote impossible des déplacés de la crise anglophone

Une famille de déplacés originaires du Nord-Ouest, à Yaoundé. La crise a fait entre 180 000 et 200 000 déplacés internes. © REUTERS/Zohra Bensemra

Plus de 200 000 Camerounais ont fui les régions anglophones en crise pour se réfugier au Nigeria ou dans d’autres villes du pays. À la veille du scrutin présidentielle du 7 octobre, l’organe en charge des élections maintient qu’aucune disposition ne sera prise pour permettre à ces déplacés de voter.

Près de 6,6 millions de Camerounais sont appelés aux urnes dimanche 7 octobre pour le premier tour de la présidentielle. Parmi eux, plus de 978 000 sont inscrits dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, les deux régions anglophones du pays en proie depuis novembre 2016 à une crise socio-politique qui s’est muée en conflit armée.

Entre 180 000 et 200 000 déplacés internes

Prises au piège des combats qui opposent les forces de défense aux partisans de la sécession, les populations de ces zones ont choisi de migrer vers des lieux plus sûrs. Un phénomène qui s’est amplifié à l’approche de la présidentielle, Amnesty International évoquant une situation « de plus en plus désespérée ».


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Ces dernières semaines, des milliers de personnes ont ainsi rallié d’autres villes du pays. Depuis le début de la crise, les organisations internationales telles que l’OCHA, le bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU, dénombrent entre 180 000 et 200 000 déplacés internes. Le nombre de personnes tuées depuis le début de l’année se chiffre en centaines. Un bilan qui pourrait s’alourdir avec la prochaine présidentielle.

Les sécessionnistes ont annoncé qu’il y aurait des troubles le jour de l’élection, et je ne suis pas prêt à prendre le risque

Godlove Fru est l’un des ces milliers de déplacés. Parti de Bamenda le 17 septembre dernier, il vient de s’installer avec sa famille chez des proches à Biyem-assi, dans la banlieue de Yaoundé. Sans maison ni travail, il est tout de même déterminé à voter.

Mais ses premières démarches auprès d’Elecam, l’organe en charge de l’organisation du scrutin, ont très rapidement eu raison de son enthousiasme initial. « Ils m’ont demandé de rentrer voter à Bamenda », lâche-t-il, amer. « Je ne peux évidemment pas le faire. Je suis venu ici, à Yaoundé, à cause du climat de tensions qu’il y a là-bas. Les sécessionnistes ont annoncé qu’il y aurait des troubles le jour de l’élection, et je ne suis pas prêt à prendre le risque. »

Conséquence, Godlove ne votera certainement pas. Tout comme de nombreux électeurs qui se retrouvent dans la même situation que lui.


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Centres de votes

Pour Elecam, la participation des habitants des régions anglophones était l’une des questions les plus épineuses de l’organisation du scrutin. Les responsables de l’institution ont d’abord évoqué une délocalisation des bureaux de vote, avant d’annoncer finalement la création de centre de votes.

« Il s’agit d’un regroupement de plusieurs bureaux de vote en un lieu où la sécurité est assurée », explique à Jeune Afrique Enow Abraham Egbe, le président du conseil électoral d’Elecam. « Nous n’avons ni ajouté, ni retranché des bureaux de vote. Nous les avons juste rassemblé pour assurer la sécurité des différents acteurs qui y prendront part », ajoute-t-il.

Le dispositif mis en place par Elecam en zone anglophone ne garantit cependant pas le vote des déplacés de ces régions. Enow Abraham reconnait cette lacune, qu’il attribue à la volonté de l’institution « de respecter la loi ».

Pour rester dans le cadre de la loi, il n’y aura pas de vote des déplacés

« Il y aura élection dans tous les arrondissements du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et dans tout le pays. Les mesures sécuritaires ont été prises à cet effet. Mais pour rester dans le cadre de la loi, il n’y aura pas de vote des déplacés », explique-t-il.

« Nous avons demandé à ceux qui se sont déplacés de faire des transferts vers les bureaux situés à proximité de leurs nouveaux lieux de résidence. Mais ils ne pouvaient le faire que lorsque la loi le permettait, c’est-à-dire avant la convocation du corps électoral. Il y en a d’ailleurs qui l’ont fait », justifie le président du conseil électoral d’Elecam.

Et pour ceux, nombreux, qui, ne pourront pas se déplacer ? « Nous avons demandé aux différents états-majors de les transporter par route, pour les emmener vers les centres de vote », affirme-t-il.

« Apartheid électoral »

La situation est très largement décriée au sein de l’opposition, au sein de laquelle des voix s’élèvent pour dénoncer « la marginalisation des électeurs anglophones ». C’est notamment le cas du candidat du Social democratic front (SDF), Joshua Osih, qui « s’oppose et condamne » ce qu’il qualifie « d’apartheid électoral ».

« Le gouvernement, en complicité avec Elecam, est en train d’instituer un apartheid institutionnel dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Vous retrouvez 71 bureaux de vote réunis pour en former un seul. (…) C’est totalement illégal », s’insurge-t-il.


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Joint par téléphone, Bibou Nissack, porte-parole de Maurice Kamto, demande pour sa part « le respect des droits de tous les citoyens ». « Elecam doit s’assurer que tous les électeurs, qu’ils soient en zone anglophone ou ailleurs, puissent participer librement au scrutin et que l’élection soit libre et transparente ».

Bibou Nissack assure par ailleurs que le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) collecte en ce moment des informations sur le sujet et donnera sa position au cours d’une conférence de presse, vendredi 5 octobre.

 

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