Football

Football : la Ligue des champions africaine, une compétition rarement rentable…

Les joueurs du TP Mazembe à Osaka, le 16 décembre 2015. © Eugene Hoshiko/AP/SIPA

En Europe, la Ligue des champions est une véritable source de revenus pour les clubs. En Afrique, il faut aller le plus loin possible pour espérer gagner un peu d’argent. Exemples et chiffres à l’appui avec le TP Mazembe (RDC), éliminé en quarts de finale, et l’Espérance Tunis, qui est engagée en demies.

Les dotations de l’Union des associations européennes de football (UEFA) pour la Total Ligue des champions de la CAF 2018-2019 (Total a signé un contrat de huit ans avec l’instance en 2016 ) ont de quoi donner le tournis. Les équipes qualifiées pour la phase de groupes ont déjà empoché près de 15,2 millions d’euros. Chaque victoire rapporte 2,7 millions d’euros et un match nul 900 000 euros.

Puis les sommes augmentent en fonction du parcours réalisé : 9,5 millions d’euros en cas de qualification pour les huitièmes, 10,5 millions d’euros pour les quarts, 12 millions d’euros pour les demies et 15 millions d’euros pour ceux qui atteignent la finale. Et le vainqueur repart avec un chèque supplémentaire de 4 millions d’euros.

En Afrique, la CAF n’a évidemment pas les moyens de se montrer généreuse, sur un continent où les droits de télévision ne représentent pas grand-chose. Mais l’instance a revu à la hausse ses dotations en 2017. Ainsi, le vainqueur touche 2,17 millions d’euros et le finaliste 1,08 million d’euros. Les équipes éliminées en demi-finales se consolent avec 695 000 €. Et les sommes, qui englobent les droits de télévision, sont ensuite dégressives : 564 000 euros pour une sortie de route prématurée en quarts, et 477 000 euros pour les formations éliminées à l’issue de la phase de groupes.


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La CAF a augmenté les dotations en 2017

Les clubs africains, qui considéreront toujours que les dotations ne sont pas suffisantes, devront attendre un peu avant d’aller frapper à la porte d’Ahmad Ahmad, le président malgache de la CAF, pour demander une rallonge. « Ce n’est pas la tendance. Les sommes distribuées viennent ont été augmentées : avant, le vainqueur devait se contenter de 1,3 million d’euros et le finaliste de 870 000 euros », confirme Farouk Kattou, le secrétaire général de l’Espérance sportive de Tunis.

Si nous sommes éliminés à ce stade, on ne gagnera pas d’argent. Pire, on en perdra

Le club tunisien, qui a perdu en Angola sa demi-finale aller face à au club Primeiro de Agosto (0-1 le 2 octobre, retour le 23 octobre), a fait ses comptes. « Si nous sommes éliminés à ce stade, on ne gagnera pas d’argent. Pire, on en perdra. » Le dirigeant tunisois a déjà sorti sa calculette et le constat est implacable : les charges sont supérieures aux recettes. L’Espérance, depuis le début de la compétition, s’est déplacé au Kenya, en Mauritanie, en Égypte, en Ouganda, au Botswana et donc en Angola, ainsi qu’à Sousse pour y affronter l’Étoile du Sahel en quarts de finale, un voyage évidemment très coûteux.

« Comme les liaisons aériennes sont très compliquées en Afrique et que les lignes directes sont rares, il faut parfois passer par Dubaï ou Istanbul. Quand nous le pouvons, nous affrétons un vol privé, qui revient en moyenne à 130 000 euros. Ajoutez sur place les frais d’hébergement et de restauration pour la délégation, ce qui représente entre 45 000 et 50 000 euros par déplacement. »


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Faibles recettes aux guichets tunisiens

Quand elle reçoit, l’Espérance doit aussi dépenser de l’argent. D’abord pour louer le stade de Radès, qui appartient à la Cité nationale sportive (CNS), pour environ 9 000 euros. À cela viennent se greffer les moyens déployés pour la sécurité, ainsi que la prise en charge du voyage et de l’hébergement des officiels, et bien évidemment les primes des matches pour les joueurs et le staff technique.

On peut espérer gagner 150 000 euros par match

« Voilà pour les dépenses. Au niveau des recettes, il y a donc la dotation de la CAF, ainsi que les recettes aux guichets », poursuit Farouk Kattou. Le stade de Radès peut accueillir 60 000 personnes. Mais pour des raisons de sécurité, l’Espérance ne peut accueillir que 30 000 spectateurs au maximum, avec un prix moyen de 5 euros. « On peut donc espérer gagner 150 000 euros par match. Pour le match retour contre les Angolais, nous avons demandé à pouvoir accueillir 40 000 personnes. Nous attendons la réponse. »

L’Espérance, qui affiche un budget annuel de 8,5 millions d’euros, n’attire pas de sponsors supplémentaires pour la Ligue des champions. « Nous avons des partenariats annuels, qui englobent les compétitions nationales et internationales », ajoute Kattou.

Le TP Mazembe va perdre de l’argent

Plus au sud, le TP Mazembe, dont le budget est un peu supérieur à celui de l’Espérance (8,8 millions d’euros), a quant à lui été éliminé en quarts de finale par Primeiro de Agosto (0-0, 1-1) et a reçu 564 000 euros. « Comme nous sommes propriétaires de notre stade à Lubumbashi (20 000 places), et qu’il est presque toujours plein, cela nous a rapporté au total 100 000 euros par match, sachant que nous avons joué cinq fois chez nous », explique Salomon Idi Kalonda Della, le directeur financier du club congolais.

En moyenne, un voyage revient à 110 000 euros

L’État a également apporté une aide financière aux formations engagées sur la scène continentale pour couvrir en partie les frais de déplacement. « Selon les voyages, cela peut représenter environ 50 % de ces frais. Comme nous avons voyagé au Mozambique, deux fois en Algérie, au Maroc et en Angola, cela constitue une somme non négligeable, car parfois, nous devons réserver un avion privé, et cela revient à 45 000 euros, auxquels il faut ajouter les frais sur place (hébergement, restauration). En moyenne, un voyage revient à 110 000 euros. Il est également fréquent qu’on paye nous-mêmes pour que nos matches soient diffusés en RD Congo. On se déplace avec notre propre régie, ce qui coûte plusieurs dizaines de milliers d’euros. Enfin, il faut tenir compte des primes des joueurs et des dépenses engagées pour l’accueil des officiels, comme pour tous les clubs. »

Gwenn Dubourthoumieu pour JA

Le club congolais, qui compte plusieurs sponsors fidèles dont la brasserie Simba et la société minière Malta Forrest, dépend aussi de son président Moïse Katumbi, dont la fortune personnelle lui permet de couvrir une grosse partie des dépenses. « Pour gagner de l’argent, il faut remporter la Ligue des champions. Car cela permet ensuite de participer à la Coupe du monde des clubs, qui est assez rémunératrice », poursuit Salomon Idi Kalonda Della.

Les sommes distribuées par la FIFA sont en effet plutôt élevées : 4,34 millions d’euros pour le vainqueur, 3,47 millions d’euros pour le finaliste, puis 2,17 millions d’euros (3e place), 1,735 millions d’euros (4e), 1,3 million d’euros (5e), 868 000 euros (6e) et 434 000 euros (7e).

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