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Elections

Franklin Afanwi Ndifor, ce candidat évangéliste qui veut « délivrer le Cameroun »

Franklin Afanwi Ndifor, leader du Mouvement citoyen national du Cameroun (MCNC). © Capture écran/YouTube/AfriqueReplayTV

Ancien ingénieur informatique devenu pasteur charismatique, ce protestant évangéliste veut désormais conquérir la présidence de la République le 7 octobre, avec pour objectif de « délivrer le Cameroun ». Portrait.

Totalement inconnu du grand public lors de l’annonce des candidatures retenues pour la présidentielle camerounaise, Franklin Afanwi Ndifor, leader du Mouvement citoyen national du Cameroun (MCNC), attise la curiosité. Ce pasteur de 39 ans, qualifié par les médias d’« invité surprise de la présidentielle », assume son statut. Considérant sa faible notoriété comme « un atout », il promet de faire une campagne « originale », dans un format « que les Camerounais n’ont jamais vu et dont ils se souviendront ».


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C’est au siège de son église, située au quartier Bonabéri, dans la banlieue de Douala, que nous avons rencontré ce politicien atypique. Sur plusieurs hectares de terrain jouxtant les eaux marécageuses de la sortie Ouest de la capitale économique du Cameroun, les bâtiments du Kingship International Ministries ont fière allure. Un empire religieux « bâti par [s]es soins » il y a huit ans. « Ici, nous avons une salle de culte de 5 000 places, un réfectoire, une vingtaine de chambres pour les visiteurs. […] Nous envisageons cependant de démolir tout cela pour reconstruire un temple bien plus grand dans un futur proche », indique à Jeune Afrique l’un des « fils spirituels » du pasteur, qui s’improvise guide.

Vocation religieuse

C’est au milieu des années 2000 que Franklin Afanwi Ndifor se découvre une vocation de religieux. Peu de temps après avoir achevé des études en informatique et en télécommunication, il se lance dans des prêches auprès des pasteurs de Douala. Il prétend avoir reçu « un appel de Dieu », ce qui le pousse à créer, en août 2010, le Kingship International Ministries : une église prospère qui compterait à ce jour plusieurs milliers de fidèles et des représentations dans différentes villes du pays, notamment à Yaoundé et Bamenda.

À l’image de son célèbre homologue nigérian Temitope Balogun Joshua (T. B. Joshua), le pasteur camerounais possède sa propre chaîne de télévision et envisage d’internationaliser son action. Des ambitions qui passent aussi par la présidence du Cameroun, une fonction qui lui permettra de « transmettre la bonne nouvelle à l’ensemble du pays ».

Je viens de la communauté de la vérité

Engagement politique

Franklin Afanwi Ndifor se défend cependant de tout engagement politique au sens traditionnel. « Je ne suis pas un politicien, je viens de la communauté de la vérité », explique-t-il à JA. Son parti, créé en mai 2018, doit sa naissance à un autre « appel divin ». « Le Seigneur m’a confié une mission : délivrer le Cameroun. Et pour le faire à l’échelle nationale, quoi de plus approprié que de passer par le sommet du pays ? », justifie-t-il aujourd’hui.

Bien qu’il estime que « tout pouvoir vient de Dieu », Franklin Afanwi Ndifor pense que Paul Biya, candidat à sa propre succession, n’est plus habilité à diriger le Cameroun. « Il a certes reçu son pouvoir de Dieu, mais sa mission a été interrompue lorsqu’il a ouvert la porte au démon. Vous vous imaginez, dans notre pays, que le président reçoive les dirigeants des sectes ouvertement ! Il est temps de faire partir les ténèbres et de faire régner la vérité », affirme le candidat, qui confie avoir demandé plusieurs audiences au président Paul Biya, en vain.

Équipe de campagne

Pour conquérir la magistrature suprême, Franklin Afanwi Ndifor s’est entouré de ses fidèles les plus engagés. Une équipe d’anonymes, pour la plupart, mais avec à sa tête Jean Monthe Nkouobite, un ancien député du Social Democratic Front (SDF, opposition). Il y a également greffé un habitué des plateaux de télévision du pays, le journaliste Sam Séverin Ango, désormais en charge de sa communication.

Son programme comprend des projets jadis développées par l’ancien député Jean Monthe Nkouobite, notamment en ce qui concerne l’éducation. « Nous avons un accord de gouvernement qui se résume en trois points : une école efficace pour former les ressources humaines nécessaires au développement du pays ; un système de santé performant, accessible à tous, et enfin la sécurité dans le secteur du travail », explique-t-il. Des sujets pourtant relégués au second plan dans son discours, puisque la priorité de Franklin Ndifor est surtout « le retour de la vérité dans la gestion du pays ».

Un concept à propos duquel il se montre très peu disert, contrairement à ses adeptes : « C’est le mensonge qui est à l’origine de tous les problèmes du Cameroun, et il faut qu’on en sorte. […] Ce n’est pas normal que des gens défilent avec des armes le 20 mai [jour de la fête nationale, ndlr]. Nous voulons la paix. Une fois au pouvoir, ce jour sera dédié à la délivrance nationale. Nous allons prier pour les ministres et aussi pour le pays. Et rassurez-vous, notre armée sera plus forte qu’elle ne l’a jamais été », révèle l’une des membres de son équipe de campagne.

Franklin Afanwi Ndifor a très peu de chance face au candidat du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir) et à côté des sept autres candidats de l’opposition. Il n’a cependant aucun doute quant à sa victoire. Ses supporters y croient d’avantage, promettant « une surprise » au soir du 7 octobre.

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