Politique économique

Côte d’Ivoire : la BAD met le cap sur l’agriculture

Un paysan sénoufo part vendre se poulets au marché de la sous-préfecture de Karakoro. Côte d'Ivoire, 2015. © Philippe Guionie/Myop pour J.A

Dans le rapport qu'elle a publié le 27 septembre sur sa stratégie pour la Côte d’Ivoire (2018-2022), la Banque africaine de développement (BAD) semble décidée à à renforcer son soutien à l’agriculture, jusque-là loin derrière les infrastructures et l'énergie, qui restent ses secteurs de prédilection.

Le constat que fait la Banque est le même que celui formulé dans toutes les analyses de ce pays : la croissance y est forte – soit de 8 % à 9 % l’an depuis 2012 – et robuste – puisqu’elle ne faiblit pas malgré les tensions politiques ou sécuritaires et les fluctuations des cours des matières premières.

Malheureusement le taux de pauvreté n’y baisse guère, puisqu’il a reculé seulement de 48,5 % en 2008 à 46,3 % en 2015. La croissance n’y est pas assez « inclusive » c’est-à-dire partagée. Bien que le rapport continue de privilégier les infrastructures (56,3 % des engagements de la BAD) et l’énergie (28,8 %) que la Banque soutient majoritairement dans ses 23 projets en cours, il souhaite que le monde rural en général et l’agriculture en particulier soit plus présents dans ses actions.

Effet catalyseur

Alors que l’agriculture et la pisciculture pèsent 23,7 % dans le produit intérieur brut ivoirien (2016), ce secteur ne reçoit que 11,8 % des financements de la BAD. Certes, les nouvelles routes et les grands progrès dans l’électrification profitent aussi au monde rural dont les productions sont mieux acheminées et dont le niveau de vie est amélioré.

Mais la diversification de l’économie ivoirienne et sa résilience aux chocs venus de l’extérieur (moindre demande de produits d’exportation et/ou chute de leurs prix) supposent de mieux épauler le secteur agricole qui « est le principal employeur du pays, mais [qui] compte le plus grand nombre de pauvres », écrivent les auteurs. Ils poursuivent : « Priorité doit être donné aux infrastructures rurales qui peuvent avoir un effet catalyseur sur le développement des chaînes de valeur agro-industrielles et qui peuvent ainsi attirer le secteur privé vers la transformation des produits agricoles ».

32,4 % des financements en suspens

Les obstacles que la Banque souhaite contribuer à supprimer pour libérer « l’immense potentiel agricole » de la Côte d’Ivoire sont nombreux : problèmes fonciers, absence de mécanisation, financements peu performants, relations médiocres entre les différents acteurs de la chaîne agricole, pertes de récolte en raison de l’isolement des zones de production, vieillissement des exploitants. Ces problèmes demandent à être traités en cohérence avec le Plan national de développement (PND 2016-2020) gouvernemental.

On notera que le rapport de la BAD reconnaît qu’en mai 2018, 32,4 % de ses financements étaient en suspens pour des raisons variées. Car l’argent ne suffit pas : encore faut-il remédier au manque d’équipes d’accompagnement du projet, aux modifications intempestives de celui-ci, à la faible capacité des entreprises locales et des consultants à le mener à bien, à l’incompréhension des règles de la Banque, au phasage approximatif des opérations, au retard des autorités compétentes à communiquer leur approbation, au retard dans le déblocage des fonds par les autres bailleurs, à une coordination insuffisante…

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