Entreprises & marchés

Libye-Tunisie : les cinq obstacles qui empêchent une reprise des échanges économiques

Le Premier ministre libyen, Fayez Sarraj, et le ministre tunisien des Affaires étrangères, Khemaies Jhinaoui, en mars 2016 à Tunis. © Hassene Dridi/AP/SIPA

Réuni à l'occasion d'un forum d'affaires Tunisie-Libye organisé 27 et 28 septembre par le Tunisia-Africa Business Council (TABC), les hommes d'affaires tunisiens se préparent à la reconquête du marché libyen, alors que les exportations à destination de ce pays ont été divisées par trois entre 2009 et 2017. Mais les difficultés pour les entreprises sont nombreuses.

Au premier semestre 2018, le montant des exportations tunisiennes en Libye ont atteint 900 millions de dinars (275 millions d’euros), soit près de 29% de plus que sur toute l’année 2017. Une progression encourageante, mais les acteurs économiques continuent de voir le verre à moitié vide.

Ce montant pourrait « être multiplié par 1,5 et même doubler », selon Bassem Loukil, président du Tunisia-Africa Business Council (TABC) qui organisait le 27 et 28 septembre à Tunis un forum économique consacré aux relations entre les deux pays. Pour rappel, en 2009, les exportations culminaient à 2 milliards de dollars (1,72 milliard d’euros).

• Frontière terrestre cadenassée

Le principal poste frontière, Ras el-Jdir, a été fermé pendant deux mois cette année, réduisant à néant l’avantage de la proximité géographique. « Et quand les barrières sont ouvertes, les bandes de mafieux tunisiens obligent mes chauffeurs à payer des milliers de dinars pour ne pas se faire confisquer la marchandise », s’indigne un exportateur qui préfère garder l’anonymat pour ne pas attirer les représailles des milices qui sévissent dans l’ouest du pays.

La TABC milite pour l’ouverture de nouveaux points de passage, autre que Ras el-Jdir et Dehiba, situé plus au sud, qui rallonge les délais pour rejoindre Tripoli et dont la sécurité est encore moins assurée que Ras Jadir.

• Absence de voie maritime et aérienne

Cadre d’une société d’engins de BTP qui tient également à rester anonyme, Ahmed décrit une situation logistique devenue ubuesque : « Lorsque nous sommes payés via des lettres de crédits, la loi libyenne nous oblige à exporter par bateau. Comme il n’y a plus de ligne maritime entre nos deux pays, on doit passer par les ports turcs ! ».

Passer par les airs se révèle à peine plus aisé, car Tunisair n’a toujours pas repris ses vols depuis ou vers la Libye depuis 2015. Seules les compagnies aériennes libyennes opèrent depuis Tunis.

• Transactions financières ralenties

Côté monétaire – outre le taux de change volatile du dinar libyen dont le taux du marché noir (6,1 dinars libyens pour 1 euro) se substitue très souvent au taux officiel (1,61 dinar libyen pour 1 euro) même dans les transactions légales – les Tunisiens font face à un défi de taille : seule la Banque tuniso-libyenne (BTL) peut confirmer les lettres de crédits de Libye. Or les capacités de l’établissement financier sont très limitées avec un résultat net déficitaire de 3,2 millions de dinars en 2017 (1 million d’euros).

• Déficit de confiance

Selim Lemkacher, directeur général adjoint des cafés Bondin, rêverait d’exporter son or noir aux Libyens, gros consommateurs de caféine. « Je suis présent au forum pour trouver un distributeur local pour notre café mais il faut être certain de sa probité ».

Pas évident, quand la capitale et sa région sont sous la coupe de groupes armés dont le lien avec le gouvernement d’union nationale de Tripoli est de plus en plus tenu.

• Frilosité politique

Les entrepreneurs sont d’autant moins enclins à se risquer en Libye que le pouvoir politique y est réticent. Jusqu’ici, le ministère tunisien des Affaires étrangères préconisait aux investisseurs d’attendre la stabilité politique pour installer ou reprendre leurs activités en Libye.

La disparition depuis plus de quatre ans de deux journalistes tunisiens en Libye et la multiplication des enlèvements d’hommes d’affaires libyens ou étrangers à Tripoli incitent Tunis à la prudence. « Il y en a assez de cet argument de la stabilité. Si nous ne sommes pas présents maintenant, les contrats iront à ceux qui sont restés [les Turcs, les Chinois et les Italiens principalement] quand la calme reviendra », martèle pourtant Bassem Loukil.

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