Société

Décès d’Antoine Sfeir, spécialiste du monde arabe

Antoine Sfeir, en février 2007 à Paris. © REUTERS/Benoit Tessier

Le journaliste et politologue franco-libanais Antoine Sfeir, spécialiste du monde arabe et musulman, est décédé dans la nuit de dimanche à lundi à l'âge de 70 ans, ont annoncé les Cahiers de l'Orient, revue qu'il avait fondée.

« Antoine Sfeir était un passeur entre deux mondes, l’Orient et l’Occident. Il avait de l’islam, dans ses multiples visages et dans son histoire, une connaissance profonde et chaleureuse. Il aimait décrypter et transmettre. Et il était un ami », a réagi sur les réseaux sociaux le président du Mouvement démocrate français (MoDem), François Bayrou.

Conférencier, auteur de nombreux ouvrages, il a longtemps été « consultant d’Europe 1 pour le Moyen-Orient », ont rappelé des journalistes de la station, émus par sa disparition.

Du Liban à la France, en passant par la Tunisie

Né en 1948 à Beyrouth, Antoine Sfeir a été co-responsable du service étranger au quotidien francophone libanais L’Orient-Le Jour, jusqu’à son enlèvement en 1976, en pleine guerre civile au Liban, par des milices palestiniennes qui l’ont torturé pendant une semaine. Une expérience qu’il évoquera plus tard et dont il gardera toute sa vie des séquelles.

Il sera par la suite journaliste aux quotidien et hebdomadaire catholiques La Croix et Pèlerin, avant de créer au milieu des années 1980 la revue trimestrielle Les Cahiers de l’Orient.

Auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur le monde arabe et l’islam, il sera accusé de complaisance envers le régime de Ben Ali, avec le livre Tunisie, terre de paradoxes, publié en 2006 et exhumé au moment du printemps arabe.

Consultant engagé

Avec son dernier opus, L’Islam contre l’Islam: L’interminable guerre des sunnites et des chiites (2012), il a remporté le Prix Livre et droits de l’homme à Nancy. Antoine Sfeir a multiplié au fil des ans les collaborations et interventions dans les médias. Il était notamment un invité régulier d’Yves Calvi pour son émission « C’est dans l’air ».

Il avait dépeint Tariq Ramadan comme un « spécialiste du double langage »

En 2003, il avait dépeint l’islamologue suisse Tariq Ramadan comme un « spécialiste du double langage », dont l’influence sur la jeunesse serait plus dangereuse que celle des islamistes violents, ce qui lui vaudra une plainte en diffamation. Il a finalement été relaxé.

En 2005, il avait lancé, avec Jean-Michel Quillardet, ancien grand maître du Grand Orient de France, l’Observatoire de la laïcité, qui se voulait « un groupe d’étude et de prospective, afin de renforcer le principe de laïcité comme constitutif de la République et de la démocratie ». Chevalier de la Légion d’honneur, Antoine Sfeir présidait depuis 2014 l’ILERI (Institut libre d’étude des relations internationales).

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