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Présidentielle au Cameroun : le septentrion sera-t-il le juge de paix de l’élection ?

Une femme inscrivant son empreinte digitale sur son vote lors de l'élection présidentielle à Yaoundé, au Cameroun, le 9 octobre 2011. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Avec plus de deux millions d’électeurs potentiels, les régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord sont au cœur des stratégies et des convoitises des candidats à la présidentielle du 7 octobre. Chronique d’une campagne où chacun espère se montrer plus « nordiste » que le concurrent.

En 35 ans de règne, Paul Biya a appris à se faire rare. Samedi 29 septembre, il tiendra son premier (et seul ?) meeting dans le cadre de la campagne pour la présidentielle, à Maroua, chef-lieu de la région de l’Extrême-Nord. Candidat à sa propre succession, le chef de l’État y vantera son bilan, ses réalisations et y martèlera son slogan : « La force de l’expérience ». Difficile en effet de trouver plus expérimenté.

Pourquoi Maroua ? Paul Biya est en enfant du Sud, né à Mvomeka’a. Il n’a pourtant choisi ni Sangmélima, à une cinquantaine de kilomètres de son lieu de naissance, ni Ebolowa, la capitale régionale, ni même Yaoundé, siège de son pouvoir depuis tant d’années. Pour lancer sa campagne, le président a préféré l’Extrême-Nord. Tout sauf un hasard.

Biya et ses lieutenants

Alors que le Sud est acquis au président, l’Est est divisé et moins peuplé, tandis que le Nord-Ouest et le Sud-Ouest sont paralysés par la crise anglophone au point que la bonne tenue de la présidentielle y est menacée. Dans l’Ouest, Maurice Kamto semble avoir pris une longueur d’avance, tandis que le Littoral se divise Joshua Osih (Social Democratic Front), Akere Muna (NOW) et Cabral Libii, qui vient d’y faire une démonstration de force à Douala.

Outre le Centre, où une foire d’empoigne s’annonce, c’est donc surtout le septentrion (Nord, Extrême-Nord, Adamaoua), qui reste à conquérir. Or, il représente le plus important réservoir de voix du pays (2,3 millions d’électeurs, sur 6,6 millions d’inscrits). Et chacun veut y faire sa place. Paul Biya, qui y débutera sa campagne, y compte sur ses lieutenants et soutiens pour rassembler ses troupes : Cavayé Yeguié Djibril, président de l’Assemblée nationale et député du Mayo-Sava (Nord), Bello Bouba Maigari, ministre du Tourisme natif du Nord et président de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès, et Issa Tchiroma Bakary.

En mémoire d’Ahidjo

Tchiroma, ministre de la Communication natif de Garoua (Nord) est un habitué de ce type de mission. Paul Biya a même un temps espéré, sans succès, l’utiliser pour contrer l’influence de l’enfant de Garoua, Marafa Hamidou Yaya. L’ancien secrétaire général de la présidence, toujours en détention à la prison de Kondengui, dispose toujours sur ses terres d’une influence non négligeable. S’il ne s’est pas exprimé officiellement depuis sa cellule, il compte toujours influer sur le choix des électeurs.

Le 21 septembre, le président camerounais a en outre reçu le soutien, fortement médiatisée, de la fille d’Ahmadou Ahidjo, Aminatou. Présidente du conseil d’administration du Palais des congrès et vice-présidente du Conseil national de la communication, elle n’a pas manqué d’évoquer la mémoire de son père, l’ancien et premier président de la République camerounaise, né à… Garoua (Nord). « Mon père avait compris très tôt que Son Excellence, le président de la République Paul Biya était l’homme qu’il fallait pour le Cameroun », a-t-elle écrit dans le quotidien Cameroon Tribune.

Kamto et Muna, ces conquérants

Mais Paul Biya n’est pas le seul à rassembler ses atouts pour conquérir le septentrion. Maurice Kamto et le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) ont sillonné les trois régions et de nombreux militants et cadres du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir) ont d’ores et déjà fait défection pour les rejoindre. L’ancien ministre délégué à la Justice ne compte pas s’en contenter : après avoir enchaîné une série de treize meetings dans l’Extrême-Nord entre le 11 et le 18 juillet, il sera une nouvelle fois en campagne à Ngaoundéré (Adamaoua) le 25 septembre, puis à Garoua (26 et 27 septembre) et Maroua (27 et 28 septembre).

Il n’y croisera pas, à quelques jours près, Akere Muna. Ce dernier espère néanmoins, lui aussi, faire le plein dans le septentrion, où il sera en tournée lors de la première semaine du mois d’octobre, comme il l’avait déjà fait en mars. S’il est natif du Nord-Ouest, l’ancien bâtonnier ne cesse de marteler que Ngaoundéré est désormais sa capitale politique, en tant que ville qui a vu naître le Front populaire pour le développement (FPD, dont il a obtenu l’investiture).

En mémoire d’Ahidjo (bis)

Les troupes de Muna sont convaincues d’avoir marqué des points dans le septentrion, notamment au détriment de Joshua Osih. Le candidat du Social Democratic Front (SDF) n’a en effet mis en branle la machine de son parti que plus tardivement que ses concurrents directs. Mais il a lui aussi pris la route du nord et a fait étape à Maroua et Garoua, en juillet, espérant combler son retard.

Cabral Libii s’apprête quant à lui également à faire le voyage. Prenant exemple sur son aîné Paul Biya, il a cependant d’ores et déjà préparé le terrain et tenté de récupérer une partie de la mémoire des Ahidjo. Le benjamin de la présidentielle a ainsi pris le soin de faire un détour par Dakar, pour s’y recueillir sur la tombe d’Ahmadou Ahidjo, dont il s’est engagé à rapatrier la dépouille au Cameroun.

Sera-ce suffisant pour mobilier les électeurs du septentrion ? Garga Haman Adji, autre candidat, originaire lui-même de l’Extrême-Nord, en doute. Il n’a pas manqué de moquer l’initiative, qu’il a qualifiée de « pathétique ». Lui-même espère sans doute rafler une partie de la mise. En 2011, il s’était classé troisième de la présidentielle, avec 3,21% des voix.

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