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Tout beau, tout bio

La styliste Dasha Nicoué a fait de la récupération des déchets plastique l’axe de son action en faveur de l’environnement. Défilé à l’appui.

Par - Cécile Sow Guèye, correspondante à Dakar
Mis à jour le 30 mai 2007 à 13:04

Que deviendront les créateurs de mode lorsque la nature ne leur fournira plus de matière ? Cette question, Dasha Nicoué, styliste sénégalaise d’origine béninoise, ne se la pose plus parce qu’elle connaît la réponse. Si le coton, la soie, le raphia, le jute étaient amenés à disparaître, elle et beaucoup de ses condisciples n’auraient plus grandchose à se mettre sous les ciseaux.
Voilà une raison pour elle de se mettre au service de l’environnement. Une parmi tant d’autres, car, en réalité, Dasha s’est toujours demandé ce qu’elle pouvait faire « pour être utile à la société ». « Je constatais que des défilés étaient organisés au profit de la lutte contre le paludisme, le sida, la drépanocytose Mais il n’y avait rien pour l’environnement, surtout en Afrique. »
En 2001, Dasha s’était fait remarquer en présentant sa collection Africa Signs dans la réserve animalière de Bandia (à 65 kilomètres de Dakar), au milieu d’une forêt de baobabs. Et puis un jour, elle s’est dit : « Dasha, il faut faire quelque chose pour sensibiliser les gens, notre survie et celle de tous les êtres vivants en dépendent. » Elle a alors organisé en 2005 un défilé sur les rives du lac Rose, menacé de disparition.
C’est comme ça que Biotop, événement créé autour du concept d’« éco-fashion », est né. Lors de la deuxième édition, qui s’est tenue les 12 et 13 mai dernier dans les jardins de l’hôtel Méridien-Président à Dakar, les visiteurs ont assisté à des défilés de mode et ont pu échanger avec les exposants qui présentaient différents produits issus de la récupération de déchets plastique. Dasha Nicoué a en effet eu l’idée de recycler les sacs qui constituent l’essentiel des déchets plastique dans de nombreux pays africains et d’en faire des choses utiles. Pour montrer ce qui peut être créé à partir de ce matériau, Dasha a invité Grace Dotou (Bénin) et Philippe Yoda (Burkina Faso), qui se sont tous les deux spécialisés dans le recyclage de ce type de déchets. Grace Dotou confectionne des sacs et des accessoires à partir de plastique tissé alors que Philippe Yoda réalise entre autres des dalles.
Plusieurs stylistes sensibles aux questions environnementales ou créant des modèles avec du plastique, comme Massiamy Diaby Ouattara (Côte d’Ivoire), étaient également présents. Afin d’impliquer les plus jeunes, Dasha a exposé parallèlement des dessins réalisés par des élèves sur le thème « Ne plastiquons pas nos enfants », slogan du Biotop 2007.
À l’issue de cet te deuxième édition, Dasha a en partie atteint ses objectifs. Si le message a circulé, en revanche, elle n’a pas pu réunir suffisamment de fonds pour concrétiser son projet de construction d’usine de recyclage de déchets plastique. Malgré le soutien de la première dame du Sénégal Viviane Wade et du World Wide Fund for Nature (WWF), elle constate qu’il reste encore beaucoup à faire pour que la protection de la nature soulève des foules au Sénégal.
Dasha sait que la route est longue, mais elle garde l’espoir que les Africains « ne plastiqueront pas leur avenir ». En attendant la troisième édition de Biotop, en 2009, elle compte mettre sur pied l’« Association Biotop pour l’entraide et la sauvegarde de l’environnement ». Elle compte en envoyer les futurs membres faire du porte-à-porte pour expliquer « le péril plastique ». Comme un projet ne suffit pas à épuiser les batteries de l’énergique Dasha, elle envisage en outre d’ouvrir des boutiques fonctionnant sur le mode du commerce équitable pour y exposer des produits plastique recyclé.

Voir sur le site Internet : www.bio-top.net