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Cet article est issu du dossier «Présidentielle à Madagascar : 36 prétendants pour le palais d'Iavoloha»

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Politique

Madagascar : à quelques semaines de la présidentielle, Rajoelina se raconte dans un livre

Andry Rajoelina, lors de l'annonce de sa candidature à la présidentielle, le 1er août 2018. © DR

Dans son ouvrage « Par amour de la patrie », publié mi-septembre aux éditions Michel Lafon, l'ex-président de la Transition (2009-2014) et actuel leader de l’opposition malgache livre sa version de l'histoire récente de la Grande Île.

Sur près de 250 pages, Andry Rajoelina a pris la plume pour évoquer, à la première personne, son enfance à Antsirabe (centre) puis à Antananarivo, jusqu’à ces derniers mois et sa décision de briguer la fonction suprême de son pays. Rajoelina en profite surtout pour analyser les événements qui ont jalonné les années 2000, lorsqu’il occupait la mairie de la capitale – avant de devenir président de la Haute autorité de la transition malgache, entre 2009 et 2014.

C’est également l’occasion pour lui de régler quelques comptes avec les anciens chefs d’État Marc Ravalomanana et Hery Rajaonarimampianina, qu’il s’apprête à affronter à nouveau lors de l’élection présidentielle des 7 novembre et 19 décembre prochains.


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De Marc Ravalomanana, il dessine le portrait d’un homme arrogant, borné et méprisant

Du premier, il dessine le portrait d’un homme arrogant, borné et méprisant, assoiffé de pouvoir et « sourd face à la contestation » que lui-même animait en 2002 – un épisode qui s’est soldé par la mort de 47 personnes, le 7 février 2009, devant les grilles du palais d’Ambohitsorohitra. « Je ne pensais pas qu’un dirigeant puisse donner l’ordre de faire tirer sur son peuple », s’indigne Andry Rajoelina.

« Le sauveur » du peuple malgache

Il revient ensuite en détail sur le « régime de terreur », mis en place les mois suivants par Marc Ravalomanana, et durant lesquels lui-même et sa famille ont plusieurs fois été pris pour cibles. Il raconte alors ses craintes d’enlèvement ou d’arrestation arbitraire par un régime « aux abois ». Jusqu’à cette fameuse nuit du 3 mars où, alors que son domicile d’Ambatobe est attaqué par l’armée, il n’a d’autre choix que de s’enfuir dans un entrepôt voisin pour y passer la nuit, avant de trouver refuge à l’Ambassade de France.

Je n’ai pas mené cette lutte pour partir et laisser mes partisans sans leader

Tout était même prêt pour qu’il quitte le pays à destination de Paris. Une option qu’il refuse alors. « Je n’ai pas mené cette lutte pour partir et laisser mes partisans sans leader », aurait répondu Andry Rajoelina à Marie-Claire Girardin, alors chargée d’affaires française.

Quelques jours plus tard, Marc Ravalomanana démissionne et s’exile en Afrique du Sud, tandis qu’Andry Rajoelina accepte, « au nom de la continuité de l’État », de prendre la tête de la Haute autorité de la transition que lui confie le directoire militaire aux manettes du pays.


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Rajoelina veut ainsi tordre le cou aux accusations de « putschiste », qui continuent encore de lui être lancées, plus de quinze après les faits. Lui se voit comme « le sauveur, le libérateur du peuple malgache », rejetant sur Marc Ravalomanana la responsabilité « d’être sorti de la Constitution en donnant le pouvoir aux militaires plutôt qu’au président du Sénat », comme le prévoyaient les textes. Ce qui vaudra au jeune président de la Transition et à son pays, la mise à l’index par la communauté internationale pendant de longues années.

La « trahison » de Hery Rajaonarimampianina

Les mots sont encore plus cruels à l’égard de Hery Rajaonarimampianina, à la hauteur de la trahison entre les deux hommes lors des élections présidentielles de 2013. Empêché de se présenter par la communauté internationale, Andry Rajoelina se décide alors à soutenir son ancien ministre des Finances, « malgré son manque d’enthousiasme à l’idée de se lancer dans cette bataille », se rappelle celui qui était encore chef de l’État.

Rajaonarimampianina se serait engagé à lui laisser le champ libre en 2018

Au fils des pages, Andry Rajoelina décrit un homme indécis, « gêné » par sa popularité et qui, selon lui, se serait engagé dans un document à lui « laisser le champ libre en 2018 ». Andry « TGV » regrette vite d’apporter son appui « à ce candidat qui ne donne pas grand-chose ». Le malentendu ne fera que se creuser, jusqu’à leur rupture totale, quelques mois seulement après la prestation de serment d’Hery Rajaonarimampianina, en janvier 2014.


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Le nouvel homme fort ne nommera jamais le Premier ministre issu de son parti, le Mapar – contrairement à ce qui était prévu, selon Andry Rajoelina, dans l’accord politique passé entre les deux hommes avant les scrutins, attendant juin 2018 et l’injonction de la Haute cour constitutionnelle (HCC) pour respecter sa parole donnée. « Écœuré », Andry Rajoelina se retire de la vie politique malgache dès mai 2014, pour s’établir en France.

Rajoelina de nouveau « en mission »

Andry Nirina Rajoelina ne retrouvera la Grande Île qu’en mars 2018. « Pas un seul jour n’est passé sans que je pense à Madagascar », confie ce fervent croyant, qui n’hésite jamais à parsemer ses discours et ses textes de citations extraites de la Bible.

« On m’a demandé de sauver le pays », insiste celui qui se considère « en mission ». C’est ce qui a motivé sa candidature aux élections à venir, dans lesquelles il se lance armé de son « Initiative pour l’émergence de Madagascar » (IEM), un programme qu’il a élaboré ces dernières années pour lui servir de bréviaire de campagne.

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