Diplomatie

António Guterres : « Pas de demi-mesures pour le maintien de la paix »

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António Guterres est le secrétaire général de l'Organisation des Nations unies depuis octobre 2016.

Un casque bleu jordanien dans le Nord-Kivu en 2012. © Marc Hofer/AP/SIPA

Les opérations de maintien de la paix des Nations unies sont un exemple concret de multilatéralisme en action, affirme le secrétaire général des Nations unies. Elles sont la démonstration que la communauté internationale peut résoudre certains des problèmes les plus complexes en combinant créativité et pragmatisme.

Depuis le déploiement des premiers Casques bleus en 1948, le maintien de la paix a permis de faire face aux menaces à la paix et à la sécurité communes aux pays du monde et de partager ce fardeau sous le drapeau de l’ONU. Au cours des 70 dernières années, plus d’un million de soldats de la paix – hommes et femmes, soldats, policiers et civils de tous les continents – ont répondu à un large éventail de conflits, et le maintien de la paix s’adapte constamment à ces exigences.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a déployé plus de 70 opérations afin d’assister au maintien de cessez-le-feu entre pays, de mettre fin aux guerres civiles prolongées, de protéger les personnes vulnérables et sauver des vies, de renforcer la primauté du droit, de créer de nouvelles institutions de sécurité et d’aider de nouveaux pays, comme le Timor-Leste, à voir le jour.

En 2017, nos soldats de la paix ont été attaqués plus de 300 fois – quasiment une fois par jour

Mais le maintien de la paix est une entreprise très dangereuse. Des dizaines de milliers de Casques bleus sont déployés aujourd’hui là où la paix se fait rare. L’année dernière, 61 d’entre eux ont perdu la vie dans des actes hostiles et nos soldats de la paix ont été attaqués plus de 300 fois – quasiment une fois par jour.

Au Mali et en République centrafricaine, j’ai moi-même constaté le travail de taille accompli chaque jour par les Casques bleus, non seulement pour maintenir la paix, mais aussi pour soutenir l’aide humanitaire et protéger les civils. J’ai également déposé bien trop de gerbes pour les Casques bleus tombés au service de la paix.

Les Casques bleus patrouillent à Buniyampuli, dans l'est de la RDC. © Flickr/Monusco

Les attentes en matière de maintien de la paix dépassent largement l’appui et les ressources

Nous avons adopté de nouvelles mesures afin de faire face à l’augmentation du nombre de victimes et j’ai ordonné la conduite d’examens stratégiques indépendants de chaque opération de maintien de la paix. Mais il est clair pour moi que nous n’avons aucune chance de réussir sans le soutien clair et sans ambiguïté de la communauté internationale. Les attentes en matière de maintien de la paix dépassent largement l’appui et les ressources.


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Oui, nous avons besoin de plus d’hélicoptères, de véhicules anti-mines et de lunettes de vision nocturne, et nous avons besoin de policiers et de civils dotés de compétences spécialisées pour nous aider à instaurer une paix durable. Mais nous avons également besoin que les États membres des Nations unies nous envoient du personnel équipé et formé de manière adéquate et avec l’état d’esprit nécessaire pour utiliser efficacement ces capacités. Et surtout, nous avons besoin de leur engagement politique soutenu, facteur essentiel du succès à long terme de nos opérations de maintien de la paix.

Action pour le maintien de la paix

Tel est le contexte de l’initiative Action pour le maintien de la paix, lancée en mars. Elle vise à demander à tous les États membres des Nations Unies et aux autres partenaires de revitaliser leur engagement envers le maintien de la paix des Nations unies afin que nous puissions continuer à l’améliorer ensemble. Nous avons eu des discussions approfondies et franches pour identifier les domaines dans lesquels des efforts supplémentaires sont nécessaires et nous avons créé une Déclaration d’engagements communs sur les opérations de maintien de la paix de l’ONU.

La déclaration représente un agenda clair et urgent pour le maintien de la paix. En signant la déclaration, les gouvernements démontrent leur engagement à faire progresser les solutions politiques aux conflits, à renforcer la protection des personnes vulnérables dont nous sommes responsables et à améliorer la sécurité de nos Casques bleus. Nous devons maintenant traduire ces engagements en un soutien pratique sur le terrain.

Le secrétaire général des Nations unies, au camp de Bangassou, en Centrafrique, le 25 octobre, avant la cérémonie en l’honneur des Casques bleus marocains et cambodgiens de la Minusca tués dans une embuscade en mai. © Eskinder Debebe/UN Photo

Les cas inacceptables d’exploitation et d’abus sexuels ont terni la réputation du maintien de la paix des Nations unies

La déclaration nous appelle tous à améliorer nos opérations, à accroître la participation des femmes dans tous les domaines du maintien de la paix, à renforcer les partenariats avec les gouvernements et à prendre des mesures pour veiller à ce que notre personnel se conforme aux normes de conduite et de discipline les plus élevées.

Les cas inacceptables d’exploitation et d’abus sexuels ont terni la réputation du maintien de la paix des Nations unies et je suis déterminé à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour prévenir et mettre fin à ce fléau. Nous devons nous conformer aux normes les plus élevées de performance et de conduite. À ce jour, 141 pays et trois organisations internationales et régionales ont pris ces engagements, signalant un consensus autour d’un appui renouvelé au maintien de la paix des Nations unies.


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Parmi ces pays figurent ceux qui décident des mandats de maintien de la paix au Conseil de sécurité et ceux qui apportent leur contribution aux femmes et aux hommes qui servent sous le drapeau de l’ONU ; ceux qui financent des missions de maintien de la paix ; et les gouvernements des pays où des missions de maintien de la paix sont déployées.

Encadrés par l'ONU, les civils sud-soudanais se déplacent d'un camp à l'autre (2017). © Ben Curtis/AP/SIPA

Nous ne pouvons pas abandonner les millions de personnes qui dépendent de nous

Des représentants de ces pays et organisations se réunissent en marge de l’Assemblée générale des Nations unies cette semaine pour exprimer leur engagement en faveur du maintien de la paix, célébrer ses nombreuses réalisations, discuter des défis auxquels nous sommes confrontés et renouveler leur soutien.

Mais le vrai test se fera sur le terrain dans nos missions à travers le monde. Une paix réelle et durable ne se construit pas par hasard. Il est difficile et parfois coûteux d’aider à replacer les pays en conflit sur la voie de la stabilité, mais cela coute bien moins cher que la guerre, dans tous les sens du terme.

Pour notre part, nous sommes déterminés à ce que le maintien de la paix des Nations unies réponde aux attentes des millions de personnes que nous servons et qui dépendent de nous. Le coût de l’échec est inacceptable. Nous ne pouvons pas les abandonner.

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