Politique économique

Commerce : la Cnuced dénonce « les illusions du libre-échange »

Mukhisa Kituyi, secréytaire gfénéral de la Cnuced, en 2016 à Genève. © Salvatore Di Nolfi/AP/SIPA

La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement s'inquiète d'une économie mondiale « sous tension » et met en garde contre « l’impuissance à corriger les inégalités et les déséquilibres créés par l’hypermondialisation ».

On savait que la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) était la plus « à gauche » des filiales de l’ONU. Son rapport sur le commerce et le développement publié le 26 septembre et sous-titré « Pouvoir, plateformes et l’illusion du libre-échange » confirme son orientation anti-libérale et décrit l’évolution des économies les moins développées de façon très pessimiste.

Son directeur général, Mukhisa Kituyi donne le ton dès son avant-propos : « L’économie mondiale est de nouveau sous tension. À court terme, ce sont les hausses de droit de douane et l’instabilité des flux financiers qui inquiètent, mais derrière ces menaces pour la stabilité mondiale, il y a plus largement l’impuissance – depuis 2008 – à corriger les inégalités et les déséquilibres créés par l’hypermondialisation ».

Les outils du développement détournés

Et les foucades de Donald Trump n’expliquent pas à elles seules la montée actuelle des risques. Pour la Cnuced, tous les outils du développement ont été détournés par cette hypermondialisation menée tambour battant et sous l’égide d’un ultra-libéralisme triomphant, alors que le commerce aurait pu être le moyen pour les pays en retard d’accélérer leur croissance.

Sur dix dollars d’exportations, six vont au 1% des entreprises les plus grandes du monde

Les auteurs du rapport critiquent « les illusions du libre-échange » qui ont permis à quelques multinationales de s’approprier les bénéfices de ces échanges internationaux. Sur dix dollars d’exportations, six vont au 1% des entreprises les plus grandes du monde.


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Même chose pour le numérique, merveilleux levier pour accroître la productivité et effacer les barrières géographiques des pays pauvres. Il est à craindre qu’il soit détourné par les géants du Net à leur seul profit, en imposant leurs règles et leur formidable stock de données à des gouvernements peu outillés pour résister aux mastodontes comme Amazon, Apple ou Alibaba.

Infrastructures et quête de rentes

Quant aux infrastructures (barrages, lignes à haute tension, ports, aéroports, routes, écoles, hôpitaux) qui devraient être choisis en fonction de l’intérêt collectif, elles sont de plus en plus prises en charge par des fonds privés, car l’argent public fait défaut. A titre d’exemple, l’Afrique devrait consacrer à ses infrastructures 5,9% de son produit intérieur brut (PIB) entre 2016 et 2040 ; or, ses dépenses en la matière se limitent actuellement à 4,3% de son PIB. Le risque est que des comportements de recherche de rentes choisissent des projets profitables, mais moins efficaces pour le développement.

En Afrique et en Amérique latine, l’hypermondialisation a accru les inégalités en affaiblissant les pouvoirs des États et les revenus des habitants

« Commerce, numérique et infrastructures ne sont que chimères, compte tenu de la structure du marché », commente Rachid Bouhia, économiste à la Cnuced. « Tout le monde fait semblant de découvrir les dommages de cet état de fait. Les chaînes de valeur n’ont pas tiré la croissance de l’Afrique ou de l’Amérique latine. L’hypermondialisation y a accru les inégalités en affaiblissant les pouvoirs des États et les revenus des habitants. On s’étonne aujourd’hui que l’investissement baisse au moment où la capitalisation boursière monte, que le pouvoir d’achat stagne et que l’endettement progresse dangereusement. En fait, depuis la crise de 2008, rien n’a été résolu ».

Nécessité de réguler

Que faire pour parvenir à une croissance durable et partagée et pour éviter par exemple que les pays africains deviennent – au mieux – de simples bases industrielles d’assemblage grâce à une main d’œuvre mal payée ? « Il faut remettre en question le libéralisme comme a su le faire la Chine en dégageant plus d’espace politique pour les gouvernements, mais aussi réguler le système financier où persistent actifs toxiques et finance de l’ombre et accélérer les intégrations régionales pour obtenir des marchés de taille suffisante », répond Rachid Bouhia.

Il est à craindre que le rapport 2019 de la Cnuced soit, une fois de plus, obligé de crier « casse-cou » à une communauté internationale qui tarde à maîtriser les appétits de ses puissances financières…

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