Politique

Tunisie : Ennahdha, élections, Youssef Chahed… L’intervention de Béji Caïd Essebsi en cinq points

Le président tunisien Béji Caïd Essebsi, lors d'un discours à Tunis, en mai 2017. © Hassene Dridi/AP/SIPA

Le président Béji Caïd Essebsi a évoqué dans un entretien diffusé en direct le 24 septembre certains dossiers politiques qui agitent la Tunisie. Retour en cinq points.

Préparée par les médias, l’opinion publique était convaincue que le locataire de Carthage, comme l’y autorise la Constitution, allait user de l’article 99 de la Loi fondamentale pour contraindre le chef du gouvernement, Youssef Chahed, à demander la confiance de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP). Elle escomptait également que Béji Caïd Essebsi (BCE), fondateur de Nidaa Tounes, invite l’actuel directeur exécutif du parti, son fils Hafedh, à se démettre de ses fonctions. Rien de tout cela n’a été annoncé durant son intervention en direct du lundi 24 septembre sur la chaîne Elhiwar Ettounsi, qui a duré près d’une heure.

Ennahdha, élections, Constitution, Nidaa Tounes, Youssef Chahed : voici l’intervention du chef de l’État résumé en cinq points.


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  • Divorce acté avec Ennahdha

De sa propre initiative, Ennahdha a mis fin à son alliance avec Essebsi, établie depuis 2015. Une séparation qui va de soi, puisque le gouvernement d’union nationale qu’elle avait inspiré n’existe plus dans les faits. « J’ai fait partie de ceux qui ont défendu Ennahdha, et j’en ai payé le prix », a rappelé le président qui, par ce rapprochement, avait semblé revenir sur ses engagements électoraux.

  • Élections

Ceux qui suggèrent un report des élections législatives et présidentielle de 2019 n’auront pas gain de cause. Béji Caïd Essebsi a confirmé qu’elles se tiendront en décembre 2019, assénant que « c’est la démocratie », et faisant remarquer que la campagne électorale a commencé depuis deux ans.


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  • Constitution

Le président n’a pas non plus confirmé qu’il serait candidat au prochain scrutin présidentiel, mais il n’en a pas moins conseillé à son éventuel successeur d’amender la Constitution pour rééquilibrer les pouvoirs entre l’exécutif et la présidence.

Il envisage aussi de revoir la loi électorale qui, avec le système de scrutin au plus fort reste, empêche de dégager une majorité à l’Assemblée. Des points qu’il avait soulevés il y a plus d’un an, mais dont il ne lancera pas l’initiative.

  • Nidaa Tounes

Béji Caïd Essebsi a admis que le parti qui lui a assuré la victoire est mal en point. Mais « comme d’autres partis », a-t-il ajouté, soulignant que ceux qui l’ont quitté ne connaissent pas une meilleure situation.

Il a également rappelé que son fils Hafedh Caïd Essebsi avait été propulsé aux commandes de Nidaa Tounes « parce que tous les membres du bureau exécutif se sont retrouvés soit à l’Assemblée, soit au gouvernement, soit au cabinet présidentiel. Il ne restait plus personne. » Il a cependant précisé que les membres du parti auraient pu agir pour écarter le directeur exécutif, s’ils l’avaient souhaité.


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  • Youssef Chahed

Sans cacher sa désapprobation à l’égard du chef du gouvernement, qui avait un temps été présenté comme son fils spirituel, le président l’a invité à se présenter devant l’Assemblée afin qu’elle lui renouvelle sa confiance. En effet, depuis la désignation de Youssef Chahed, en août 2016, la donne a changé. Chahed n’est plus membre de Nidaa Tounes et bénéficie de l’appui d’un nouveau groupe parlementaire, la Coalition nationale.

Le chef du gouvernement suit son chemin, mais doit bien faire attention à son entourage

De plus, Nidaa Tounes, qui l’a porté à la tête de l’exécutif, est devenu minoritaire au Parlement. Un retournement de situation qui devrait contraindre Youssef Chahed à se présenter devant les élus. Cette fois, il est sûr de l’emporter, puisqu’il bénéficie de l’appui d’Ennahdha. « [Youssef Chahed] suit son chemin, mais doit bien faire attention à son entourage », a souligné le président.

Une remarque lui permettant également de rappeler un cumul d’erreurs de la part du chef de gouvernement, qui ont conduit à la situation délétère du pays, dont le président a énoncé les résultats économiques alarmants.


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Il a affirmé qu’il sortirait « par la grande porte »

Pendant une heure d’intervention, le chef de l’État a donc renvoyé la responsabilité aussi bien aux partis, à Ennahdha et au Parlement, rappelant qu’en politique « tout est une question de perception » et que « rien n’est définitif ». À sa manière, Béji Caïd Essebsi a ainsi soldé ses comptes avec chacun et a répondu aux questions qui secouent le pays.

Dans une atmosphère de fin de règne, il a signalé à ceux qui le pensaient fini que la partie est toujours en cours. Après avoir affirmé qu’il sortirait « par la grande porte », il a conclu par une phrase sibylline dans laquelle il a rappelé que, dans chaque famille, il faut savoir distinguer le bon grain de l’ivraie.

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