Politique

Maroc : décès de l’ancien Premier ministre Mohamed Karim Lamrani

Mohamed Karim Lamrani, ancien Premier ministre marocain, est mort à l'âge de 99 ans. © MAP

Le discret homme d'affaires, appelé à plusieurs reprises par Hassan II au poste de Premier ministre dans des moments sensibles, est décédé dans la nuit du 19 au 20 septembre à l'âge de 99 ans.

Ce n’est pas qu’un puissant homme d’affaires qui s’est éteint dans la nuit du 19 au 20 septembre, c’est aussi un symbole : Mohamed Karim Lamrani, PDG du groupe Safari et ex-directeur de l’Office chérifien des phosphates (OCP) a été Premier ministre à trois reprises et dirigé six gouvernements dans les années 1970, 1980 et 1990.

Il incarne un capitalisme marocain volontaire, politisé et patriote

Ce natif de Fès, issu d’une famille de notable, est appelé à diriger son premier gouvernement dans la foulée de la tentative de putsch de 1971. Il est déjà passé par le ministère de l’Économie et des finances. Il a aussi dirigé l’OCP – où il a fréquenté la figure du marxisme marocain Abraham Serfaty – et incarne alors un capitalisme marocain volontaire, politisé et patriote.

« À l’OCP, il va remplacer petit à petit les Français encore présents, déplacer les locaux de Rabat à Casablanca et instituer un management pensé dans et pour le privé. Il a changé le visage de l’entreprise », souligne un ancien haut commis de l’État marocain.

« Les syndicalistes le respectaient »

Lamrani fait vite ses preuves. Il côtoie la bourgeoise nationale, tout en restant proche de personnalités politiques de premier plan, notamment Abderrahim Bouabid, un des plus grands noms de la gauche sociale-démocrate. « Il était un véritable ami du général Mohamed Oufkir », rappelle notre source, qui précise que Mohamed Karim Lamrani « a flirté avec le mouvement national, et notamment sa frange de gauche. Les syndicalistes le respectaient. »

C’est aussi ce style et ce savoir-faire que Hassan II vient chercher en 1971, dans le contexte sensible du coup d’État manqué de Skhirat. Lamrani devient dès lors le meilleur atout du monarque. Ce qu’il a fait à l’OCP, il est chargé de le faire à une échelle plus vaste :  rationaliser le processus de décision pour relancer l’économie.


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Homme d’affaires discret, il incarne aussi le niveau élevé de concentration du capital marocain. Dès les années 1960, Lamrani devient administrateur de plusieurs entreprises et étend ses activités dans de nombreux secteurs. Son groupe, né notamment à la faveur de la « marocanisation » de l’économie, a longtemps été l’un des plus gros du pays. Dans les années 1980, on estime qu’il pèse plus de 100 millions de dirhams.

Allers-retours entre la politique et les affaires

En 1983, Lamrani est de nouveau rappelé par le roi. Sa mission, cette fois, est de négocier puis mettre en oeuvre le programme d’ajustement structurel (PAS). En clair, assumer la politique d’austérité et assurer la liaison entre le Palais royal, les institutions internationales et les syndicats. Il inaugure alors cette particularité marocaine, qui voit de grands patrons multiplier les allers-retours entre le public et le privé, la politique et les affaires.

Son prestige et son entregent lui permettent aussi de rallier des personnalités marquantes. En 1992, Hassan II fait à nouveau appel à lui, alors que le royaume fait face à une situation financière catastrophique. Lamrani parie sur un gouvernement de technocrates et appelle des personnalités comme Mohamed Hassad, Abdeslam Ahizoune, ou Driss Jettou, actuel président la Cour des comptes, à qui il offre son premier portefeuille ministériel au Commerce et à l’Industrie en 1993.

Lorsqu’il quitte la politique, au milieu des années 1990, c’est pour mieux se consacrer aux activités de sa société de participation Safari, basée à Casablanca, présente dans la concession automobile, les engins agricoles, la métallurgie ou encore le textile. Aujourd’hui, sa fille, Saïda Karim Lamrani, vice-présidente du groupe, est l’une des femmes d’affaires les plus puissantes du royaume. Son père lui avait confié très tôt d’importantes missions.

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