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Start-up de la semaine : en Tunisie, Swiver facilite la vie des artisans et des gérants de TPE

Hichem Redoine et Azzam Soualmia, respectivement directeur général et fondateur de la start-up Swiver. © Swiver

La société Swiver propose une plateforme en ligne permettant d'avoir accès en quelques clics et en temps réel aux principales tâches de planification des entreprises. Un gain de temps qui permettrait d'inclure plus largement artisans et TPE dans le tissu économique de leur pays.

Gérer les paiements, le portefeuille client ou encore les achats aux fournisseurs. Ces tâches, indispensables, peuvent rapidement se transformer en cauchemar pour les artisans et les très petites entreprises (TPE). « Même le plus petit artisan doit avoir une comptabilité, rédiger des bons de commandes, des factures. La plateforme est un outil très intéressant pour eux et elle pourrait même inciter les plus récalcitrants à se déclarer auprès des services fiscaux », explique-t-on à la Compagnie d’assurance et de réassurance tuniso-européenne (Carte), qui s’est engagée en septembre à débourser près de 500 000 dinars (153 000 euros) pour la première levée de fonds de Swiver, une jeune pousse tunisienne, qui propose une solution intégrée en ligne adaptée à ces acteurs.

Créée en 2016, la start-up a, pour l’heure, convaincu 145 clients de souscrire à son offre payante. Une goutte d’eau si l’on compare au 70 000 TPE du pays mais les dirigeants de Carte sont optimistes quant à la rentabilité de leur investissement, estimant que « le marché est là ».

Si le service s’adapte si bien aux besoins des petits entrepreneurs, c’est parce qu’il vient de l’un d’entre eux. Le fondateur de Swiver, Azzam Soualmia, n’est ni un geek, ni un diplômé d’une grande école de commerce, mais un self-made-man atypique et touche-à-tout. Malaisie, Algérie, Dubaï : enfant, Azzam Soualmia a été trimbalé dans de nombreux pays au gré des déménagements de ses parents, commerçants dans le domaine de la pâtisserie.

Un logiciel intégrant les charges applicables en Tunisie

À 18 ans, en 2008, il revient s’installer en Tunisie avec pour tout bagage un bac, des expériences comme employé dans la restauration et une forte envie de travailler dans la vente. Il commence à travailler comme agent spécialisé dans les voyages organisés, puis se tourne vers la promotion immobilière, dans la région touristique de Sousse, à 150 km au sud de Tunis.

Sûr de son don pour la vente, il achète en leasing une bétonnière. Ses premiers bénéfices lui permettront de créer en 2013 un atelier de fabrication artisanale de charbon de bois (aujourd’hui aux mains de son frère). Ses clients sont les principales enseignes de distribution installées en Tunisie, Géant Casino, Monoprix et Magasin général, et il exporte même dans le Golfe et en Europe.

« À ce moment-là, avec toutes mes activités, j’ai commencé à perdre le nord entre les entrées et les sorties d’argent. J’ai cherché alors une solution ERP [Entreprise Ressource Planning, une solution de planification des ressources de l’entreprise], mais aucune ne tenait compte des standards tunisiens, et elles étaient chères et compliqués d’utilisation pour une petite entreprise », se souvient Azzam Soualmia. En 2015, un ami propose alors de lui fabriquer un logiciel sur-mesure selon ses critères, intégrant la TVA, les impôts et autres retenues à la source applicables en Tunisie. Bingo. L’entrepreneur d’alors 25 ans est persuadé du potentiel du produit et veut le commercialiser. Prudent, son ami préfère se retirer du projet.

Concentrer le marché

Pour passer à la phase suivante, Azzam Soualmia vend sa voiture et embauche un nouveau développeur, Khalil Hamdi, devenu depuis le directeur technique de Swiver, pour affiner la solution. La société voit le jour puis la plateforme est mise en ligne. Après seulement trois mois, 1 200 clients utilisent la version d’essai gratuite. Mais 45 à peine s’acquittent des 600 dinars annuels que coûte la version payante, ce que Azzam Soualmia vit comme un semi-échec. C’est pourtant à ce moment-là que B@Lab, programme d’incubation de la plus grande banque tunisienne, la Biat, repère la solution et contacte l’entrepreneur pour qu’il intègre son programme.

« Azzam a un parcours atypique que les outils traditionnels de financement ne prennent jamais au sérieux, estime Noomane Fehri, dirigeant de B@tLabs et ancien ministre des TIC. Moi, c’est ce côté excellent vendeur avec à peine le bac qui m’a attiré. Deux autres points m’ont aussi marqué : le fait que sa solution permette de ramener de l’économie informelle dans le circuit formel, et celui qui prouve qu’une start-up n’est pas qu’innovation. Il n’y a pas d’avancées technologiques dans Swiver. La nouveauté est dans le process qui crée les potentialités d’un nouveau marché. »

La solution n’est effectivement pas en soi innovante : de nombreuses compagnies internationales proposent des offres ERP. Seulement, celles-ci sont essentiellement tournées vers les PME. Surtout, elles sont inaccessibles en Tunisie et dans de nombreux pays africains du fait de l’impossibilité de payer en ligne en devises. Swiver se positionne donc comme un acteur quasi unique sur un marché à fort potentiel. C’est durant le programme de quatre mois de l’incubateur qu’Azzam Soualmia comprend qu’il faut qu’il concentre son marché sur les artisans et très petites entreprises, et non pas sur toutes les sociétés, comme il l’envisageait au départ.

5 000 clients d’ici deux ans

À B@labs , Azzam Soualmia fait la connaissance de Hichem Radoine, ancien de la prestigieuse école de commerce française HEC, fort de vingt ans d’expérience dans la comptabilité et le secteur des nouvelles technologie en France. Ce dernier devient le directeur général de Swiver. Azzam Soualmia a la sagesse d’« embaucher son patron », comme il s’en amuse aujourd’hui, pour le bien de son bébé.

Avec l’arrivée de B@Labs et de la Carte, la structure actionnariale de Swiver a été chamboulée. Le fondateur refuse de préciser le partage mais assure qu’il détient toujours la majorité des parts. Il ne se montrera pas plus bavard quant au chiffre d’affaires de sa société.

D’ici deux ans, la société compte avoir 5 000 clients dans son portefeuille en Tunisie mais aussi en Algérie et au Maroc. Une amélioration de la solution est en cours dans laquelle les clients pourront indiquer leur pays pour que soient pris en compte automatiquement les taux d’impôts et de taxes correspondant.

À la conquête de l’Afrique francophone

L’Afrique francophone est également ciblée dans un second temps. De neuf salariés actuellement, Swiver devrait passer à 18 en 2019, notamment en recrutant des profils marketing pour prospecter dans les pays africains. « Les besoins de planification d’un charpentier sont les mêmes à Tunis ou à Bamako. Il suffit d’avoir une connexion internet et un écran, mobile, tablette ou ordinateur, pour accéder à Swiver », assure Aymen Jedey, directeur de comptes au sein de la start-up.

En attendant un décollage international, les clients tunisiens sont les premiers atouts publicitaires de Swiver : « En un regard, j’ai une vision en temps réel des stocks, et en tant que société d’import-export, cette question est cruciale et des alertes pour les échéances de paiements à venir. Swiver nous fait gagner beaucoup de temps qui est utilisé à des tâches plus productives », se réjouit Noha Samoud, assistante administrative et financière à la société d’import-export I3C.

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