Politique

Les vrais défis du RCD

Par - Chedli Klibi <br>Sénateur et membre du comité ce
Mis à jour le 28 juillet 2008 à 13:51

Pour cerner les contours du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) – qui se veut le digne héritier du Néo-Destour, le parti qui a conquis l’indépendance et organisé la société et l’État tunisiens -, il n’est pas sans intérêt de faire une série de parallèles entre les deux démarches. L’objectif est d’en faire ressortir, en premier lieu, les grandes convergences et, notamment, leur volonté commune de rassembler le peuple autour d’un noyau dur, servant d’élément ?moteur.
Comme le Néo-Destour fondé par Bourguiba en rupture avec le Destour, le RCD organisé par Ben Ali se veut un creuset où viennent se fondre des éléments au départ différents, mais qui finissent par se retrouver sur une même plate-forme d’idées, de valeurs et de projets.
Dans les deux rassemblements, le rôle de la base est fondamental, mais celui du leader, qui conduit, oriente et impulse les grandes actions, reste essentiel, permanent.
L’un et l’autre ont atteint l’ambition nationale qui les anime, dans la mesure où ils prennent en compte les aspirations spécifiques de leurs différentes composantes, tant sociales que régionales, mais aussi les exigences des élites qu’ils veulent gagner.

Dans les deux démarches, on retrouve également, au centre des projets envisagés, la mise en route de grandes orientations socio-économiques et la défense de certaines valeurs culturelles, avec pour souci constant de rester en harmonie avec la marche des affaires régionales et internationales. Si les discours des deux partis connaissent des nuances non négligeables, ils jouent un rôle central pour orienter, expliquer et persuader.
Le Néo-Destour et le RCD sont, enfin, de grosses machines où l’individu a sa place, mais où la masse représente, à la fois, une force agissante et un ultime recours. Voilà pour les confluences.
Ce qui distingue le parti de Ben Ali est toutefois d’une importance capitale. Les projets d’avenir, les décisions qui engagent à long terme, les choix cruciaux – aussi bien, du reste, pour le parti que pour l’État – sont élaborés de manière duale : le leader ouvre des horizons, tandis que des comités d’étude ajustent le tir périodiquement et retouchent les méthodes, tout cela sous la houlette du chef de l’État. Il en résulte un va-et-vient continu entre l’idée et le réel, grâce auquel le système peut corriger des options prises hâtivement, revoir des décisions conjoncturelles et éviter des retours en arrière dramatiques.

Cette discipline vaut au RCD de jouir d’une large confiance dans les différentes couches sociales tunisiennes. Ben Ali a compris une chose : il faut faire rêver le peuple, donner simultanément aux masses et aux intellectuels l’espoir d’un avenir qu’on pensait impossible à atteindre. Cette politique, qui a connu son heure de gloire sous Bourguiba, a une portée sociale très forte. Le président a, en effet, donné à la Tunisie la perspective de rejoindre, dans un horizon relativement proche, le niveau de développement des pays européens.
Au cours du prochain congrès, ce sujet sera l’un de ceux qui seront au cÂÂÂur des débats. Car il s’agit d’un véritable défi proposé au pays, qui implique un certain nombre de conditions, dont la première est de ne pas changer de cavalier au milieu du gué. Les performances de la Tunisie, tant dans les domaines économiques que sociaux et culturels, la mettent en bonne position pour le relever. Mais il faut maintenir, et même accélérer, le rythme du développement, élever la productivité du travail et, surtout – après que presque 100 % des enfants ont été scolarisés -, améliorer rapidement la qualité des divers enseignements. Une administration de qualité et des organisations sociales dynamiques sont de vrais atouts pour gagner un tel pari.