Politique

Yoweri Kaguta Museveni

Président de l'Ouganda

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point. Après une série de rumeurs et de fuites, la vice-présidence ougandaise l’a confirmé le 20 juillet : Yoweri Museveni sera candidat à sa propre succession lors de la prochaine élection présidentielle prévue en 2011. À Kampala comme dans le reste du pays, l’information ne devrait guère surprendre. Âgé de 64 ans, l’homme fort de l’Ouganda paraît aujourd’hui indéboulonnable. Doté d’un remarquable sens politique et rompu aux manoeuvres les plus retorses, voilà vingt-deux ans qu’il s’emploie à consolider son propre pouvoir en surfant sur les confortables acquis de ses premières années à la tête de l’État : la sécurité, la paix et la stabilité économique. Quitte à revenir sur ses promesses et à froisser ses alliés d’hier.
Ancien élève de l’université de Dar es-Salaam, où il a étudié l’économie et les sciences politiques, Museveni a été formé à la guérilla par le Front de libération du Mozambique (Frelimo) avant de combattre les dictatures successives des sanguinaires Idi Amin Dada et Milton Obote. Arrivé au pouvoir en janvier 1986, il a sorti son pays d’un invivable climat de soupçon et de terreur. Le système politique du « Mouvement », censé mettre fin aux dérives ethniques des années passées, a en réalité permis de réduire à néant les partis d’opposition. Cette remise en cause du multipartisme n’a alors guère ému un Occident plus préoccupé par les guerres au Rwanda, au Soudan et en République démocratique du Congo.

Ancien marxiste fort opportunément converti au libéralisme, le président ougandais a suivi à la lettre les recommandations du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale et a réussi à séduire les États-Unis en apparaissant comme un « bon élève » dans la région troublée des Grands Lacs. L’illusion a duré un temps – prolongée par de bons résultats économiques. Et, en dépit des exactions de l’armée ougandaise en RD Congo, l’aide n’a cessé de couler à flots pendant des années, jusqu’à représenter plus de 50 % du budget ougandais.
En 1996, un an après la promulgation d’une nouvelle Constitution, Museveni est reconduit avec 75 % des votes, devenant ainsi le premier président élu de l’histoire de l’Ouganda. Communicateur hors pair, talentueux orateur maniant l’anglais, le luganda, le runyankole et le swahili et usant avec habileté des comparaisons imagées et populaires, le fils d’éleveur originaire de Ntungamo (Ouest) l’emporte de nouveau cinq ans plus tard sur son ancien médecin, Kizza Besigye, pour ce qui devait être son ultime mandat.
Dopé par ses succès et conforté par le souvenir exécrable que les Ougandais gardent des années Amin Dada – Obote, Museveni est alors très populaire dans l’ensemble du pays. Sauf, peut-être, dans le Nord, où sévit l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) de Joseph Kony, financée par le Soudan en retour du soutien accordé par l’Ouganda à l’Armée de libération des peuples du Soudan (SPLA) de John Garang.
Mauvaise habitude fréquente sur le continent : en 2005, Museveni fait adopter par le Parlement une loi qui supprime le verrou de la limitation des mandats. Selon lui, cette limitation n’est qu’un « veau d’or » invoqué par « ceux qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas » pour « détourner les chefs de leurs objectifs ». Afin de mieux faire passer la pilule auprès des Ougandais comme des bailleurs de fonds, M7, comme on le surnomme parfois, renonce, après référendum, au système du « Mouvement » et autorise la tenue d’élections multipartites. Celles-ci seront entachées de fraude et marquées par une véritable cabale destinée à affaiblir l’unique opposant susceptible de menacer le président sortant, Kizza Besigye.
Le 23 février 2006, Museveni est réélu dans un fauteuil avec 59,3 % des voix (contre 37,4 % pour son rival). La Cour suprême d’Ouganda reconnaît que l’élection a été entachée par des actes de violence, d’intimidation et de fraude, mais, par quatre voix contre trois, elle valide le résultat. Le président a devant lui cinq ans pour préparer l’élection de 2011. Il n’empêche : malgré l’amitié que lui porte George W. Bush, son image internationale en ressort ternie, et nombreux sont les bailleurs de fonds (Norvège, Irlande, Pays-Bas) qui annoncent la réduction de leur soutien financier.
« Dès 2006, il se murmurait déjà que le président commençait à préparer l’élection suivante, confie un diplomate. Mais les manÂÂÂÂÂuvres de 2005 ont généré un mouvement de refus, sinon de colère. Le bilan passé ne suffit plus à contrebalancer l’usure. » Il faut dire que les dérives autoritaires commencent à peser lourd sur les réussites indéniables – un taux de croissance continu supérieur à 5 %, une forte scolarisation.

En dépit des critiques, Museveni continue de croire qu’il est le seul à pouvoir présider aux destinées de son pays, et rien ne semble indiquer qu’il pourrait, dans les années à venir, se choisir un dauphin. Au contraire : il s’emploie à faire taire les dissidences au sein de son parti et s’attaque à tous ceux qui pourraient menacer son pouvoir. Quand éclate la crise au Kenya, il blâme « la faiblesse du pouvoir politique et les divisions ethniques », sous-entendant que, sans lui, l’Ouganda irait à vau-l’eau.
Moins soucieux qu’autrefois de préserver son image de bon élève, il ne manque pas une occasion de fustiger les « donneurs de leçons » occidentaux. Le 26 juin, lors du sommet des chefs d’État de la Communauté d’Afrique de l’Est à Kigali, il s’en est violemment pris aux bailleurs de fonds qui « construisent deux sortes de routes, celles de type Tiers Monde » et celles de type "européen » », les premières durant quinze ans et les secondes cinquante ans. Le 21 juillet, lors d’une rencontre avec le premier vice-président du Soudan Salva Kiir, il s’est élevé contre les accusations de la Cour pénale internationale (CPI) visant le président Omar el-Béchir – alors même que les deux pays étaient autrefois à couteaux tirés.
Désormais solidaire de ses pairs, celui en qui les Américains voyaient un chantre de la renaissance africaine semble être devenu un autocrate comme les autres. « Le problème de l’Afrique en général et de l’Ouganda en particulier, ce n’est pas les peuples, mais les dirigeants qui veulent rester trop longtemps au pouvoir », disait-il en 1986.

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