Politique

Tunisie : le parti de Mehdi Jomâa gonfle ses rangs

Mehdi Jomâa, en octobre 2015, à Paris, en France. © Michel Euler/AP/SIPA

Les lignes continuent de bouger dans le champ politique tunisien : les membres du parti Tounes Awalan ont fusionné le 12 septembre avec Al Badil Ettounsi. La formation de l'ex-Premier ministre Mehdi Jomâa ambitionne de lutter contre l'éparpillement politique en gonflant ses rangs.

Le jeu de chaises musicales entamé ces derniers jours se poursuit au sein de la classe politique tunisienne. Après le retour de Ridha Belhaj – leur ex-leader – dans les rangs de Nidaa Tounes, les membres du parti Tounes Awalan (La Tunisie d’abord) ont rejoint le mercredi 12 septembre Al Badil Ettounsi (L’Alternative tunisienne).

Il aura fallu quatre mois de discussions pour bâtir cette fusion, assure l’ancien chef de gouvernement et fondateur (en mars 2017) d’Al Badil Ettounsi, Mehdi Jomâa. Le parti conservera son nom mais refond sa direction en intégrant les nouveaux venus. Dans un contexte mouvant, cette alliance résistera-t-elle aux circonstances ?

La politique autrement ?

Les deux formations partagent le même rejet de la coalition au pouvoir et de son bilan (Tounes Awalan avait d’ailleurs été fondé par des dissidents de Nidaa Tounes en juillet 2017). Alors que les règlements de comptes politiques paralysent en partie le pays, leurs membres promettent de dépasser les intérêts partisans et de se réunir autour d’une « vision ».

« Il n’est plus question de continuer à gérer le pays comme on l’a géré dans les années 1960 et 1970 », tranche Mehdi Jomâa. Souhaitant sortir des « questions identitaires », il promet de s’atteler aux problèmes économiques, sociaux et aux déséquilibres régionaux. Pour les juguler il encouragerait la libre entreprise tout en assurant le rôle solidaire et régulateur de l’État.

« Depuis le départ, notre parti évite les clivages idéologiques qui sont loin des préoccupations des Tunisiens », renchérit Mohamed Ali Toumi, porte-parole d’Al Badil Ettounsi. Le parti formé à l’origine autour d’un think tank compte donc faire de la politique autrement et mettre en avant ses chercheurs qui continuent de sonder les réalités du terrain.

Il aspire enfin à s’inscrire dans la durée et à créer un pont entre les générations. Rappelant que ses équipes ne viennent pas nécessairement du champ politique, Mehdi Jomâa compte d’ailleurs se démarquer grâce à des personnalités « très engagées qui n’ont pas été jusqu’à présent au premier rang et comprennent les difficultés du pays ».

Il est absolument nécessaire de rassembler », indique Mehdi Jomâa

Appel au rassemblement

Dénonçant « l’état d’éparpillement » de la classe politique, les nouveaux alliés cherchent désormais ensemble à attirer d’autres déçus.

« Il est absolument nécessaire de rassembler, cette annonce est un signal fort donné à l’ensemble des acteurs avec qui on a des discussions depuis quelques temps », veut croire Mehdi Jomâa. Des contacts auraient déjà été pris avec d’autres partis.

En attendant un éventuel élargissement, Al Badil Ettounsi se fait une place à l’Assemblée en gagnant deux députés qui siégeaient jusqu’à présent sous la houlette de Tounes Awalan : Khemaïs Ksila et Naceur Chouikh.

S’il prétend pour l’instant n’être que « candidat au service du pays », Mehdi Jomâa espère que le parti s’étoffera d’ici les élections législatives et présidentielle prévues en 2019.

« Nous sommes dans la construction de l’alternative qui va s’engager dans le combat électoral », affirme de son côté Mohamed Ennour, membre du bureau politique.

Les dernières élections municipales boudées par les Tunisiens témoignent d’un désintérêt, voire d’une désillusion, des citoyens vis-à-vis de la classe politique. Dans ce contexte,  » le seul salut c’est de donner un message d’unité aux électeurs pour reconquérir leur confiance », poursuit-il.

Déjà 250 000 inscrits !
NEWSLETTER

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Fermer

Je me connecte