Politique

Côte d’Ivoire : un mois après l’amnistie, les exilés hésitent toujours à rentrer

Alassane Ouattara sur l'écran d'une télévision lors de son discours du 6 août 2018 lors duquel il a annonçé l'amnistie de 800 personnes poursuivies pour des faits commis pendant la crise post-électorale. © REUTERS/Thierry Gouegnon

Un mois après l’ordonnance d’amnistie prise par le président Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire, la plupart des personnes détenues suite aux événements de la crise postélectorale de novembre 2010 à avril 2011 ont été libérées. Quant aux exilés politiques, la majorité est encore hésitante.

Lundi 6 août, à la veille de la célébration de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara a annoncé avoir signé une ordonnance amnistiant quelques 800 personnes, majoritairement des proches de l’ancien président Laurent Gbagbo emprisonnées ou en exil. Il a précisé que cette décision ne s’étendait pas aux militaires poursuivis pour atteinte à la sûreté de l’Etat.

Près d’un mois après, jeudi 30 août, Simone Gbagbo, épouse de l’ex-chef de l’État détenu à la Cour pénale internationale (CPI) et figure de proue des personnalités amnistiées, reçoit à son domicile d’Abidjan, une délégation de la communauté bété dont est issue Laurent Gbagbo. Parmi les invités, plusieurs ex-détenus anonymes, qui, comme elle, ont bénéficié de la mesure d’amnistie.

Ces derniers ont été pris en charge par l’Association des femmes et familles des détenus d’opinion de Côte d’Ivoire (AFFDO-CI), avant d’intégrer pour certains des familles d’accueil et pour d’autres, leur localité d’origine. Désormais, ils cherchent à reconstruire une vie sociale interrompue par des années de détention.

Les libérés

Désirée Douaty, présidente de l’AFFDO-CI « fait l’heureux constat qu’en conséquence de la mesure d’amnistie, 267 personnes, injustement incarcérées depuis le 11 avril 2011, ont pu recouvrer leur liberté », depuis le 8 août, date des premières libérations. Au nombre de ceux-ci, Assoa Adou et Moïse Lida Kouassi, ex-ministres de Gbagbo, mais aussi Jean Gervais Tchéidé, porte-parole de Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS, plate-forme de l’opposition et soutien inconditionnel de Gbagbo).

De fait, 500 personnes bénéficiaient déjà de la liberté provisoire avant l’amnistie. Selon l’AFFDO, il reste 30 personnes en détention, dont des gendarmes, militaires et policiers emprisonnés à l’école de gendarmerie et à la Maison d’arrêt militaire d’Abidjan (Mama). Parmi ces derniers, il y a quatre ex-piliers sécuritaires du pouvoir de Laurent Gbagbo : le général Bruno Dogbo Blé, l’amiral Vagba Faussignaux, les commandants Jean-Noël Abéhi et Anselme Séka Yapo.

Le ministère de la Justice conteste les chiffres avancés par l’AFFDO et le Front populaire ivoirien (FPI d’Aboudramane Sangaré). Une source au sein de ce ministère déclare que plus aucun civil arrêté dans le cadre de la crise postélectorale, n’est resté en détention. « Nous savons d’où viennent ces chiffres. Il y a d’un côté 21 militaires pour lesquels le président de la République a clairement fait savoir qu’ils n’étaient pas concernés par l’amnistie, mais des ex-miliciens détenus au Liberia. Ces derniers sont au nombre sept. Malgré notre bonne volonté, nous ne pouvons pas agir sur la justice libérienne, qui les a jugés et condamnés », explique notre source.

Les exilés

Du côté des exilés, plusieurs sont revenus à Abidjan, après l’annonce présidentielle. Les premières à avoir foulé le sol ivoirien sont les filles du couple Gbagbo. Elles ont passé plusieurs jours aux côtés de leur mère. D’autres proches de Charles Blé Goudé ont aussi mis fin à leur exil.

Mais les « grands » exilés, à savoir les anciens ministres, directeurs généraux, officiers et magistrats qui ont fui la Côte d’Ivoire après la chute de Laurent Gbagbo, le 11 avril 2011, hésitent à rentrer. « Nous n’avons pas encore reçu de notification et attendons avec impatience des informations dans ce sens. Dès que nous aurons confirmation, nous prendrons toutes les dispositions logistiques pour retourner dans notre pays », confie Eric Kahé, ancien ministre de Laurent Gbagbo, en exil en France.

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte