Politique

Mali – Ras Bath : « Nous n’irons pas aux législatives car elles ne seront pas transparentes »

Mohamed Youssouf Bathily, alias Ras Bath, sur le plateau de TV5 Monde le 18 juillet 2017. © TV5 Monde/YouTube

Le CDR du militant contestataire et homme de radio malien Ras Bath a annoncé mardi 11 septembre la fin de son « accord politique » avec l'opposant Soumaïla Cissé, qu'il avait soutenu lors de la présidentielle. Il revient pour Jeune Afrique sur les raisons de cette décision.

Mohamed Youssouf Bathily, dit Ras Bath, met un terme à son « accord politique » avec Soumaïla Cissé. Il l’a annoncé mardi 11 septembre, lors d’une conférence de presse à Bamako. Ras Bath avait soutenu le chef de file de l’opposition malienne pendant la campagne présidentielle, qui refuse toujours de reconnaître sa défaite face à IBK et continue d’organiser des manifestations pour dénoncer « la fraude » lors du scrutin.

Ras Bath a également déclaré que son mouvement ne participera pas aux élections législatives, dont le premier tour est prévue le 28 octobre. La présentation de candidats issus des rangs du CDR aux législatives était pourtant l’une des conditions de la participation du mouvement aux côtés de Soumaïla Cissé.

Ras Bath, revient pour JA sur les raisons qui ont motivé cette décision.

Jeune Afrique : Comment expliquez-vous cette décision de ne pas prendre part aux législatives ?

Ras Bath : Nous avons décidé de ne pas aller aux élections législatives car elles ne seront pas transparentes, parce qu’elles seront organisée dans les même conditions que lors de la présidentielle. Premièrement, nous refusons de participer à des élections tant qu’elles seront organisées par le ministre de l’Administration territoriale, Mohamed Ag Erlaf, qui a été reconduit dimanche dans ses fonctions dans le nouveau gouvernement. Il a perdu toute crédibilité en battant campagne pour IBK alors qu’il avait un devoir de réserve. Le conflit d’intérêt et le risque de fraude est très élevé.

Ensuite, la confusion autour du fichier électoral n’a toujours pas été clarifiée. Tant que nous n’avons pas la certitude que le fichier utilisé est celui reconnu et accepté par tous, nous n’irons pas aux législatives.

Troisièmement, il y a la question du Nord et du Centre qui demeurent sous le contrôle de bandits armés. L’État leur a confié la sécurisation du scrutin et on se rend compte que c’est surtout dans ces zones qu’il y a eu des bourrages d’urnes. Soit l’État se dote de capacités de garantir la sécurité, soit on sursoit à la tenue de l’élection législative dans ces zones jusqu’à l’amélioration des conditions, comme cela fut le cas pour les municipales.

La dernière raison, c’est qu’il faudrait que l’on sache le nombre de cercles que compteront les nouvelles régions de Ménaka et Taoudénit. Selon la loi malienne, chaque cercle a droit à une représentation à l’Assemblée.

La direction générale aux élections a assuré que le fichier électoral audité est bien celui qui a servi à l’impression des cartes d’électeurs, des listes électorales… Vous ne croyez pas à cette affirmation ? 

Même l’imprimerie de France et l’OIF [Organisation internationale de la francophonie, ndlr] ont reconnu que le fichier qui a été mis en ligne, et qui contenait des doublons était différent du fichier audité. Le ministère de l’Administration territoriale a reconnu qu’il s’agissait d’une erreur technique, qui a abouti à multiplier le nombre de bureaux et de villages. Ils se sont engagés à la corriger. Mais il était impossible par la suite de vérifier la version mise en ligne.

Au niveau du CDR, certains militants avaient jusqu’à trois cartes d’électeurs. Cela signifie que le fichier sur la base duquel le scrutin a eu lieu contient les mêmes anomalies que celles que les candidats avaient signalé.

Vous estimez que le processus électoral n’a pas été transparent, tout en prenant acte de l’élection d’IBK. N’est-ce pas contradictoire ?

Pas du tout ! Prendre acte signifie que je respecte la décision, tout en me réservant le droit de contester légalement son bien fondé. C’est à dire que nous sommes des républicains. La Cour constitutionnelle a proclamé les résultats définitifs de l’élection du président de la République. À partir de ce moment, cette décision s’impose à tous légalement. En prenant acte, nous nous réservons le droit de contester les conditions qui ont produit les résultats.

Nous nous joignons donc aux actions juridiques lancées par plusieurs candidats, dont Soumaïla Cissé, contre les membres de la Cour constitutionnelle pour forfaiture devant la Cour suprême et la Cour de justice de la Cedeao.

Certains vous accusent de retourner votre veste. Que leur répondez-vous ? 

Retourner sa veste, à mon sens, veut dire s’engager à faire quelque chose et ne pas s’y tenir. Nous avions un accord politique avec un candidat pour une échéance électorale. Celle-ci a légalement pris fin avec la publication des résultats. Je ne suis pas d’accord avec l’élection d’IBK qui est entachée d’irrégularités et de bourrage d’urnes. Mais nous avons l’obligation de respecter la décision de la Cour constitutionnelle. C’est en ne la respectant pas que nous retournons notre veste. Le CDR, c’est le Collectif pour la défense de la République et un républicain a des moyens d’action et des recours.

Retourner sa veste, ce serait ne pas reconnaître le président, ni les institutions qui ont participé au processus électoral et décider d’installer de force celui pour lequel j’ai voté. Je ne suis pas d’accord avec cette démarche !

Votre soutien a-t-il permis de ramener des voix à Soumaïla Cissé ? 

Nous avons contribué à la hauteur de notre capacité, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. C’est pour cela que nous avons remercié tous les militants du CDR pour leur engagement à sensibiliser en faveur de notre candidat et à veiller au bon déroulement des opérations dans leurs zones de résidence.

Au deuxième tour, notamment, nous avons mis en place une brigade anti-fraude. Les militants se sont volontairement mobilisés avec des téléphones pour filmer tout regroupement devant les bureaux de vote de gens qui voulaient acheter des voix. Nous avons également voté et fait voter pour notre candidat.

Une mobilisation qui n’a cependant pas été à la hauteur de vos attentes…

L’ attente n’était pas uniquement l’élection du président. Nous avons contribué à la transparence du scrutin et à la sensibilisation des citoyens. C’était une première expérience pour nous et nous avons beaucoup appris. En contact avec l’URD, nous avons appris au niveau organisationnel, notamment comment améliorer le fonctionnement des structures de base, la communication, etc.

Nous avons également appris que l’administration ne pourra jamais être gage de transparence dans les élections. Il faudrait revenir à l’esprit de la Ceni, lors de sa création :  une structure indépendante, autonome et exclusivement chargée d’organiser les élections. Cela se fait dans plusieurs pays Africains. Il est urgent aujourd’hui de réformer le système et les organes en charge de l’organisation des élections au Mali.

Quelles sont vos relations aujourd’hui avec Soumaïla Cissé ?

Elles sont professionnelles et idéologiques. J’ai été très heureux et fier de le découvrir durant cette période. Il a des valeurs humanistes très élevées un sens du respect et de l’ouverture.
Nous avons des intérêts communs qui vont nous amener à travailler ensemble et avoir un cadre d’échange.

Le président de la République a par exemple promis à la France et aux rebelles l’application de l’accord de paix signé en 2015. Mais certains points de l’accord, tel que la création du Sénat, ne peuvent être appliqués sans une réforme de la Constitution.

C’est ce rapport que nous avons avec Soumaïla et tous les partis politiques, comme c’était le cas il y a un an et demi lors de la contestation contre le projet de réforme constitutionnelle ou de la lutte contre la vie chère.

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