Politique

Tunisie : la Coalition nationale, le groupe pro-Chahed qui bouleverse l’équilibre parlementaire

Youssef Chahed, chef du gouvernement tunisien, devant l'Assemblée des représentants du peuple. © Hassene Dridi/AP/SIPA

Huit députés issus de Nidaa Tounes ont rejoint le 7 septembre leurs 33 collègues ayant récemment fondé un nouveau groupe parlementaire, baptisé la Coalition nationale. Une manœuvre permettant à Youssef Chahed d'avancer ses pions.

Depuis plusieurs mois, on prête au chef du gouvernement tunisien Youssef Chahed des vues sur Carthage et l’élection présidentielle de 2019. Même s’il ne s’est jamais prononcé sur le sujet, la création le lundi 27 août d’un nouveau groupe parlementaire, la Coalition nationale, tend à lui apporter un soutien à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), préfigurant la création d’un parti. En recevant les huit derniers députés qui ont rejoint cette nouvelle force – dont Moncef Sellami, Ahmed Saïdi, Issam Matoussi, Lamia Dridi, Jalel Ghdiri, Mohamed Rached et Maroua Bouazzi – Chahed confirme être à la manœuvre.

« Depuis plusieurs semaines, un conseiller du chef du gouvernement était mis en copie des échanges entre députés », confie à Jeune Afrique un élu de gauche. Les membres de la coalition affirment ne porter aucune casquette, mais peinent à convaincre. « Leur déni est agaçant », remarque un ancien de Nidaa Tounes. Du côté de Machrou Tounes, on dénonce l’opportunisme d’élus tentés par un portefeuille ministériel.

Une revanche personnelle ?

L’ambition n’est pas le seul moteur de Chahed. À couteaux tirés avec le président de la République, il semble vouloir prendre également une revanche personnelle sur Béji Caïd Essebsi, qui a voulu l’écarter avec les accords de Carthage II.


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L’opération semble également dirigée vers Hafedh Caïd Essebsi, fils du président et directeur exécutif de Nidaa Tounes auquel Zohra Driss, députée transfuge de Nidaa Tounes, reproche « de s’accaparer tous les pouvoirs et de n’accorder aucune considération aux structures et dirigeants du parti ».

La formation, faute notamment d’avoir tenu son congrès, bat de l’aile. Beaucoup oublient néanmoins que Youssef Chahed, avec le congrès de Sousse en 2016, avait contribué à porter Hafedh Caïd Essebsi à sa direction.

Chahed bientôt exclu de Nidaa Tounes ?

La manœuvre intensifie les tensions politiques et focalise toute l’attention sur les aspirations de Youssef Chahed, au détriment d’une sortie de crise et d’un impact sur les affaires du pays. Pour alimenter ce groupe, Chahed a ponctionné des élus dans sa famille politique d’origine, Nidaa Tounes, et incorporé les dissidents de Machrou Tounes – 40 députés au total. De quoi bouleverser les équilibres politiques : de première force à l’Assemblée, Nidaa Tounes se trouve reléguée en troisième position, faisant le jeu d’Ennahdha (69 sièges).


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L’effondrement du parti qui a remporté les élections inquiète d’autant plus que Chahed a eu l’appui d’Ennahdha pour son maintien à la Kasbah, et qu’il pourrait rendre la pareille en nouant une alliance parlementaire avec le mouvement de Rached Ghannouchi. Ils auraient ainsi une influence sur des décisions majeures, comme l’examen du projet élaboré par la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (Colibe), la désignation des membres de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) et de la Cour constitutionnelle, programmés pour la rentrée parlementaire du 1er octobre.

La bataille est engagée non pas sur un plan idéologique, mais uniquement dans des perspectives électorales. Principales victimes : les petits partis, mis à mal par cette énième recomposition du paysage politique tunisien. Rien n’est cependant définitif.

En effet, aussi bien Youssef Chahed que les anciens élus de Nidaa jouent sur l’ambiguïté. Le chef du gouvernement est toujours membre de Nidaa Tounes et les députés concernés ont démissionné du groupe parlementaire, mais pas du parti. Ils risquent d’être rappelés à l’ordre par la direction, qui envisage d’ailleurs d’exclure Youssef Chahed de ses rangs. À moins que ce dernier n’opère une OPA sur Nidaa Tounes, afin de bénéficier d’une structure déjà constituée. La démarche peut toutefois être entravée par l’ARP, dont le règlement intérieur mentionne un délai de cinq jours entre la démission d’un groupe parlementaire et l’intégration d’un autre.

Youssef Chahed a profité des vacances parlementaires pour avancer ses pions. Il s’est révélé stratège – vraisemblablement assisté par de nouveaux conseillers. Mais faire du neuf avec du vieux suffira-t-il pour s’emparer du pouvoir ?

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