Sécurité

Est de la RDC : jours agités à Beni entre attaques rebelles et Ebola

Des policiers montent la garde dans un centre de lutte contre Ebola à Beni le 10 août 2018. © Al-hadji Kudra Maliro/AP/SIPA

Le compte à rebours pour les élections se poursuit à Beni dans l'est de la République démocratique du Congo, entre des attaques rebelles et Ebola, un condensé des difficultés pour l'organisation en temps et en heure des scrutins du 23 décembre 2018, loin des joutes politiciennes de Kinshasa.

Lundi soir, attaque des rebelles ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF) ; mardi, nouveau foyer de fièvre hémorragique en ville ; et presque chaque jour, très officielle séance de « sensibilisation » des électeurs à la machine à voter de toutes les polémiques.

Une semaine presque « normale » à Beni, ville commerciale comptant près d’un million d’habitants, enclavée dans le Nord-Kivu à 2.000 km de la capitale dans un écrin de verdure équatoriale au pied de la chaîne du Rwenzori vers l’Ouganda.

Lundi à la nuit tombée, des tirs en rafale sont perceptibles en centre-ville. A 10 km au nord, sur la route vers l’aéroport de Mavivi, les forces de l’ADF attaquent le quartier de Ngadi. La Force de l’ONU au Congo (Monusco) est en alerte, avec l’armée congolaise. Fin août, ici même, l’armée a perdu plusieurs soldats dans une attaque attribuée aux ADF.

Créés en 1989 pour défendre les droits de musulmans s’estimant bafoués par le régime de Kampala, les membres des ADF ont été repoussés vers l’ouest par l’armée ougandaise et ils se sont installés dans l’est de la RDC, région riche en ressources naturelles et en proie à de nombreux conflits armés. Le massacre de plusieurs centaines de civils depuis 2014 et la mort d’une quinzaine de Casques bleus tanzaniens en décembre leur ont été attribués.

« Nous avons été attaqués (lundi) à 19h40. Les rebelles avaient enlevé à midi deux jeunes dans les champs, qu’ils ont utilisés comme pisteurs », raconte à l’AFP un habitant qui s’est caché toute la nuit comme ses voisins.

« Les rebelles étaient nombreux, accompagnés de femmes et d’enfants », poursuit cet employé en ville, qui a parlé avec les deux jeunes otages ressortis indemnes après l’attaque.

Les ADF ont placé trois barrages, dont deux sur la route. Des armes lourdes ont résonné toute la nuit. Ils ont détruit des boutiques et pillé deux salons de coiffure. La Monusco et l’armée sont intervenues de 20H00 jusqu’à 04h00 du matin, poursuit-il.

Dès le lendemain, la vie reprenait son cours à Ngadi, quartier de petites maisons éparses, vidé de ses habitants ces derniers mois.

« Nous faire du mal »

En journée, les blindés de la Monusco patrouillent pour sécuriser l’axe Beni-aéroport, entre les palmiers et la brousse verdoyante, que les humanitaires ont la consigne de ne plus emprunter après 16H00.

Les ONG ont débarqué en nombre à l’aéroport de Beni-Mavivi depuis début août pour faire face à l’épidémie d’Ebola.

Des nouveaux cas suspects, et des résistances des habitants au traitement et aux enterrements sécurisés : les autorités ont lancé une opération de sensibilisation sur le thème : Ebola c’est la guerre, comme les ADF.

À Beni comme partout en RDC, la commission électorale nationale indépendante (Céni) poursuit aussi sa « sensibilisation » à l’usage de la « machine à voter », comme ce mercredi au beau milieu d’un garage, entre les voitures et les camions en réparation.

Les futurs électeurs choisissent leur candidat en touchant l’écran tactile, à tour de rôle et sans mesure d’hygiène particulière.

« Des dispositions sont en train d’être prises en rapport avec l’épidémie », avance l’agent électoral, Jean-Blaise Kamundu. « Ebola n’existe pas », lance un participant. « Ebola, c’est le nom d’une rivière », ajoute sarcastique un autre.

« Malgré l’insécurité, nous faisons le travail », poursuit l’agent électoral en réponse à la question sur la menace des ADF en dehors du centre-ville. « Nous avons fait l’enrôlement des électeurs. Nous avons réussi à suivre les électeurs là où ils se sont retranchés à cause de l’insécurité ».

Une vingtaine d’hommes découvrent enfin la « machine à voter » qui suscite le rejet de l’opposition et les inquiétudes du Conseil de sécurité de l’ONU.

« C’est la machine à voler, ce n’est pas la machine à voter ! Pendant l’élection de 2006 et 2011, il n’y avait pas de machine. Donc il y a quelque chose qui est préparé, pour nous faire du mal », proteste Patrick Kambale, 35 ans, mécanicien et partisan de l’opposant Jean-Pierre Bemba.

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