Politique

Choléra en Algérie : le premier limogeage à Blida suscite l’espoir des habitants

Un agent de santé à l'hôpital Boufarik de Blida, le 26 août 2018. © CHINE NOUVELLE/SIPA

Le wali de Blida, Mostefa Layadi, n’aura pas résisté longtemps à la polémique sur la mauvaise gestion de la crise du choléra. Il a été limogé le 3 septembre par Abdelaziz Bouteflika. Cette première sanction politique suscite l'espoir des habitants qui se plaignaient des conditions délétères dans plusieurs villes de la wilaya.

Le limogeage du wali de Blida, Mostefa Layadi, qui n’intervient pas dans le cadre d’un remaniement dans le corps des walis, laisse penser que les premières sanctions liées à l’affaire du choléra sont en train de tomber. L’épidémie, dont les premiers signes remontent au 7 août dernier, n’a été rendue publique par les autorités que le 23 août. Elle a pris une dimension internationale le mercredi 5 septembre, avec la prise en charge à l’aéroport de Perpignan de près de 150 passagers en provenance d’Oran, en raison d’une suspicion de contamination sur un enfant de 8 ans présent à bord.

Scènes de liesse

Selon la chaîne de télévision privée Ennahar, le président de la République aurait démis de ses fonctions le wali de Blida pour « négligence et manque de respect aux citoyens ». Dès l’annonce de son limogeage, des habitants de la collectivité sont sortis dans la rue pour fêter la nouvelle. Depuis plusieurs mois, ces derniers se plaignaient de la mauvaise gestion de la wilaya.

« Lorsque Abdelkader Bouazghi, ancien wali de Blida, a été nommé ministre de l’Agriculture [en mai 2017, ndlr], la wilaya est restée près de trois mois sans wali. Une fois que Mostefa Layadi est arrivé, il s’est absenté plusieurs mois à cause de problèmes de santé », avance Reda, un habitant de Blida. Avant de poursuivre : « Avec la crise économique, beaucoup de projets ont été gelés. Le wali précédent a fait participer les industriels locaux à la construction de jardins publics ou encore du kiosque de la ville. »

Au plus fort de l’épidémie, 173 hospitalisations ont été recensées à Alger, Bouira, Tipaza, Médéa, Ain Defla et Blida, où deux personnes sont décédées.

Depuis des années, les Blidéens appellent à l’aide pour résoudre la crise de l’eau

Mauvaise gestion locale

Si la situation est désormais « maîtrisée », comme l’a assuré le 4 septembre Mokhtar Hasbellaoui, le ministre de la Santé, certains riverains affirment ne pas être étonnés de la propagation de maladies telles que le choléra. Ils pointent du doigt le problème de l’accès à l’eau. « Depuis des années, les Blidéens appellent à l’aide pour résoudre la crise de l’eau. Parfois, nous n’y avons accès que tous les quatre jours, donc beaucoup de personnes se tournent vers les sources d’eau naturelles de la région. C’est ce que fait ma famille », raconte Hakim, 28 ans. Ce natif de Blida estime que la population est frustrée par le manque de propreté et d’action des autorités locales. Il parle d’un ancien wali « invisible ». Son limogeage est donc perçu comme une suite logique.

« Après l’annonce de l’épidémie par l’Institut Pasteur, nous nous sommes sentis humiliés. On s’attendait à des mesures, mais on a été surpris par les conseils des responsables », affirme Reda. La réaction du désormais ex-wali, lors d’une visite à l’hôpital de Boufarik le 26 août, n’a pas arrangé les choses. Alors qu’il s’entretenait avec une femme, suspectée d’être atteinte du choléra et confinée dernière une grille, celui-ci a ordonné aux soignants de ne pas ouvrir les portes. Visiblement paniqué, il s’est tenu à bonne distance des malades.

Les rivières de la wilaya de Blida sont dans un état de pollution extrême », soulève un militant écologiste

Pollution des rivières et saleté des villes

« Les oueds (rivières) de la wilaya de Blida sont dans un état de pollution extrême, qui est aussi dû aux produits phytosanitaires des exploitations agricoles. Il n’y a aucune station d’épuration à ces endroits », constate Amar Adjili. Ce militant écologiste, qui organise des campagnes de nettoyage à travers le territoire algérien, poste régulièrement des images sur les réseaux sociaux pour alerter la population et les autorités. Dans sa dernière vidéo, le mauvais état d’une rivière à El Affroun, une commune de la wilaya de Blida, est plus que perceptible. Cette petite ville est d’ailleurs limitrophe de Ahmar El Aïn, où se trouve la source identifiée initialement par les autorités comme étant l’une des causes du choléra. L’origine de l’apparition du vibrion aurait été identifié dans une source d’eau de la rivière Beni Azza, séparant les communes de Blida et d’Ouled Yaïch, selon une communication du ministère algérien de la Santé du 5 septembre.

« La situation est très alarmante car ces eaux proviennent des montagnes. Aujourd’hui, il n’y a plus de vie et cela demandera de longues années pour dépolluer ces lieux. Nos responsables sont d’un laxisme total », s’insurge Amar Adjili. Pour lui, rencontrer un wali relève de l’impossible.

Vous ne vous imaginez pas dans quelles conditions vivent certaines personnes », s’insurge le militant

Dans l’agglomération même de Blida, le constat est similaire. Les saletés s’accumulent dans les rues et aux abords des marchés. « Vous ne vous imaginez pas dans quelles conditions vivent certaines personnes dans des quartiers de la ville ou près de l’oued Sidi El Kebir », explique Hakim.

Les projets inachevés par les responsables locaux ont également engendré une tension au sein de la population. « Nous avons une gare routière anarchique qui est en chantier depuis 2009. Elle n’a toujours pas été inaugurée. Il y a aussi un problème de saleté dans les rues, les transports et dans les bidonvilles de la wilaya », indique Reda.

En attendant la levée du dispositif de veille sanitaire, qui restera en vigueur jusqu’à l’extinction de l’épidémie selon le ministère de la Santé, les habitants comptent rester vigilants.

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