Société

Botswana : polémique sur la mort de dizaines d’éléphants

Un parc naturel au Zimbabwe © Flickr/Michael Sprague/CC

Une centaine d'éléphants ont été retrouvés morts ces dernières semaines au Botswana, victimes d'une vague meurtrière de braconnage, a affirmé mardi 4 septembre EWB, une ONG indépendante. Une déclaration vivement démentie par le gouvernement, qui accuse l'ONG de tromperie.

L’organisation Eléphants sans frontières (EWB) a affirmé avoir recensé 90 carcasses de pachydermes lors d’un recensement aérien conduit récemment avec le ministère botswanais de la Faune sauvage et des Parcs nationaux. « Nous avons commencé notre recensement le 10 juillet et nous avons déjà dénombré 90 carcasses d’éléphants », a expliqué mardi 4 septembre Mike Chase, le responsable de l’ONG. « Nous retrouvons chaque jour plus d’éléphants morts », a-t-il ajouté.

La plupart des animaux ont été tués par « des balles de gros calibre », selon Mike Chase, près de points d’eau de la célèbre réserve du delta de l’Okavango, dans le nord de Botswana. « Il s’agit du plus grave épisode de braconnage en Afrique dont j’ai jamais été informé », a souligné le défenseur de la faune.

Un bilan démenti par le gouvernement. « Ces statistiques sont fausses et trompeuses », a-t-il vivement dénoncé sur son compte Twitter, « il n’y a jamais eu ces derniers mois ou récemment 87 ou 90 éléphants tués en un seul incident où que ce soit au Botswana ».

Selon les autorités, EWB n’a dénombré que 53 carcasses d’éléphants lors de son recensement, dont « une majorité n’ont pas été victimes de braconnage mais plutôt morts de cause naturelle ou de conflits entre l’homme et la faune ».

Les « rangers » désarmés par le président Masisi

Ainsi que s’est plu à le souligner le patron d’Éléphants sans frontières, ces tueries interviennent quelques semaines après la décision controversée des autorités de désarmer ses « rangers » spécialisés dans la lutte anti-braconnage. Jusqu’au mois de mai, ces derniers étaient ainsi lourdement armés et autorisés à tirer sur les braconniers. Mais en mai dernier, le gouvernement du nouveau président Mokgweetsi Masisi, en place depuis le mois précédent, a ordonné le désarmement de ces unités.

Dans sa riposte, le gouvernement a catégoriquement nié tout lien « malencontreux » entre le désarmement de ses « rangers » et une éventuelle recrudescence des activités de braconnage. « Le retrait des armes (…) n’a créé aucun vide dans nos opérations », a-t-il affirmé, précisant que la décision avait été prise « en conformité avec la loi qui interdit (au ministère) de posséder ces armes » et que des mesures de substitution seraient prises.

Un sanctuaire très prisé des amateurs de safaris haut-de-gamme

Le Botswana abrite la plus grande population africaine d’éléphants en liberté, évaluée à encore 135 000 animaux en 2015. La richesse de sa faune en a fait un sanctuaire très prisé des amateurs de safaris haut-de-gamme et un des pôles de développement de son économie, qu’il protège grâce à un arsenal antibraconnage jusque-là considéré comme exemplaire.

30 000 éléphants victimes chaque année

Selon Mike Chase, les auteurs de cette vague de braconnage viennent de pays voisins comme l’Angola et la Zambie. « Là-bas, ils ont tué tant d’éléphants qu’ils ont presque disparu », a-t-il noté. « Les braconniers viennent donc maintenant au Botswana ».

« Nous avons été épargnés par les braconniers pendant longtemps, nous réalisons maintenant à quel point ils sont sophistiqués », a concédé le ministre Khama. « Malheureusement, nous apprenons parfois nos leçons de la pire façon », a-t-il ajouté.

Le Fonds international pour le bien-être animal (IFAW) s’est dit choqué par l’ampleur du massacre. « Jusque-là, les troupeaux d’éléphants étaient largement laissés en paix au Botswana », a relevé son vice-président, Jason Bell, « mais désormais ils sont dans la ligne de mire des braconniers ».

L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) estime que le très rémunérateur trafic de l’ivoire a fait dégringoler le nombre des éléphants de 415 000 à 111 000 au cours de la dernière décennie en Afrique. Ses études révèlent qu’environ 30 000 pachydermes sont victimes chaque année du braconnage.

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