Politique

Remaniement au Maroc – Saïd Saâdi : « Le PPS est le maillon faible de la majorité »

Nabil Benabdallah, secrétaire général du Parti progrès et socialisme (PPS), en mai 2015. © Capture d'écran YouTube

La récente suppression du secrétariat d'État chargé de l'Eau a provoqué une crise inédite entre le PJD et le PPS, son principal allié. Ce dernier ne risque pourtant pas de quitter le gouvernement, selon Saïd Saâdi, ex-secrétaire d'État et ancien cadre de la formation, qui s'en explique à Jeune Afrique.

Le Parti du progrès et du socialisme (PPS), Saïd Saâdi l’a intégré très jeune, avant de s’en retirer dès les premières « dérives » de sa ligne « progressiste », comme l’indiquait l’ancien secrétaire d’État chargé de la Protection sociale, de la Famille et de l’Enfance.

Quatre ans après sa démission de la formation dirigée par le secrétaire général Nabil Benabdellah, il revient sur les dernières tensions entre son ancien clan et le Parti de la justice et du développement (PJD), actuellement à la tête de la coalition gouvernementale. La dernière remonte notamment au 20 août, lorsque le secrétariat d’État chargé de l’Eau, conduit par Charafat Afilal du PPS, a été supprimé par le chef du gouvernement.


>>> A LIRE – Maroc : gloire et décadence du Parti du progrès et du socialisme


Une alliance politique « contre-nature avec la droite religieuse », comme l’a toujours qualifiée Saïd Saâdi, dont le court mandat avait été marqué par la présentation du fameux plan d’intégration de la femme, à l’origine de la réforme de la Moudawana. Entretien.

Jeune Afrique : Avec la suppression, le 20 août dernier, du secrétariat d’État chargé de l’Eau, le PJD a en quelque sorte trahi le PPS. Était-ce prévisible ?

Saïd Saâdi : En tout cas, c’est l’aveu d’échec d’une stratégie d’alliance contre-nature, entre deux partis aux idéologies et aux lignes politiques totalement opposées. Il y a eu un changement brusque en 2011, quand le PPS a fait le pari d’une alliance nouvelle en dehors de la Koutla [coalition formée par le PPS, l’Istiqlal et l’Union socialiste des forces populaires (USFP), dans l’opposition jusqu’au gouvernement d’alternance en 1998, ndlr], ainsi que de la gauche et du camp démocratique et progressiste. Cette alliance était surtout basée sur la sympathie personnelle qui existait entre Nabil Benabdellah et Abdelilah Benkirane. Elle a été fortement soutenue par le groupe parlementaire du PPS, qui ne voulait pas que le parti rejoigne l’opposition.

C’est aussi la preuve que l’architecture du gouvernement n’a pas été bien réalisée, avec la création d’un secrétariat d’État dans le seul but de satisfaire tel ou tel parti. Tout cela explique la crise actuelle.

Le PPS ne parle pas du tout de rompre une alliance ou de sortir du gouvernement

Ces dissensions peuvent-elles pousser le PPS à quitter le gouvernement ?

À mon sens, cela ne devrait pas remettre en cause la présence du PPS au gouvernement. Le parti n’a rien à y gagner. Et il n’a pas les moyens de rallier l’opposition, puisqu’il n’a plus de militants. Le PPS est devenu une formation de notables qui défendent leurs intérêts. Les parlementaires y ont de plus en plus de poids, avec une base sociale qui a complètement changé ces dernières années.

Dans son communiqué publié quelques jours après l’annonce du gouvernement, le PPS indique d’ailleurs qu’il convoquera le comité central en session extraordinaire [le 22 septembre, ndlr], afin de préciser ses positions sur un certain nombre de questions. Il ne parle pas du tout de rompre une alliance ou de sortir du gouvernement.


>>> A LIRE – Maroc : une nouvelle charte pour éviter les bisbilles au sein du gouvernement


Ces parlementaires ont des intérêts locaux à défendre. Ils ont donc besoin d’une représentation au sein de l’exécutif

Les douze députés du PPS sont-ils si influents au sein de la formation ?

Ce sont les parlementaires qui ont bouleversé le rapport de force au sein du comité central du PPS, à partir de 2010. Cela s’est accentué après le congrès de 2014. Le secrétaire général, Nabil Benabdellah, s’est allié avec eux pour assurer son élection et le renouvellement de son mandat. Il ne pourra pas les laisser tomber, surtout qu’ils sont représentés au sein du bureau politique. Aujourd’hui, ces parlementaires ont des intérêts locaux à défendre. Ils ont donc besoin d’une représentation au sein de l’exécutif, et cela passe par des portefeuilles ministériels. Ils ne peuvent pas faire autrement.

Dans ces conditions, le comité central du 22 septembre servira-t-il à quelque chose ?

Le choix de la date n’est pas fortuit. Convoquer le comité central après l’éviction de Charafat Afilal laisse suffisamment de temps pour que les choses se calment, et prépare l’opinion à ce qu’il va ressortir de ce conclave. À mon avis, on va juste taper un peu sur la table, et l’alliance va reprendre son cours.

Le PPS possède désormais deux ambassadeurs en Jordanie, ce qui est une grande première

Selon vous, le PPS peut-il continuer d’encaisser ces différents affronts afin de sauver sa place dans la majorité gouvernementale ?

Le PPS est le maillon faible de cette coalition. Cela dit, le débarquement de Charafat Afilal doit être à moitié perçu comme une atteinte. Le soir même, il a été compensé par un nouveau poste d’ambassadeur, avec la nomination de Khalid Naciri en Jordanie. Le PPS possède désormais deux ambassadeurs, ce qui est une grande première.

Déjà 250 000 inscrits !
NEWSLETTER

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte