Économie

Syphax Airlines bat de l’aile à la Bourse de Tunis

Un an et demi après son introduction sur la place financière, la compagnie aérienne tunisienne Syphax Airlines chute en piqué. Christian Blanc, son nouveau PDG, la fera-t-il redécoller ?

Mis à jour le 7 octobre 2014 à 16:18

Christian Blanc, ex-patron d’Air France, a remplacé le fondateur du transporteur Syphax Airlines, Mohamed Frikha. © Jacques Brinon/AP/SIPA

Avril 2013. Syphax Airlines, la jeune compagnie aérienne, entre à la Bourse de Tunis. Le prix de l’action est alors fixé à 10 dinars tunisiens (4,70 euros), et l’opération, pilotée par MAC SA et Tunisie Valeurs, souscrite trois fois et demie.

Septembre 2014. Le titre ne vaut plus que 4,75 dinars. En près d’un an et demi, il a perdu plus de la moitié de sa valeur initiale et représente la plus forte baisse parmi les récentes introductions sur la place tunisienne. Kais Kriaa, analyste chez l’intermédiaire boursier Alpha Mena, parle de « déroute » et affirme que la valeur continuera à baisser. Comment en est-on arrivé là ?

Début 2011, au lendemain de la révolution, Mohamed Frikha, déjà PDG de Telnet Holding (logiciels et haute technologie) décide d’investir dans le transport aérien. Il crée Syphax Airlines avec un capital de 10 millions de dinars. Au printemps 2012, les premiers vols sont assurés par deux Airbus A319. C’est quelques mois plus tard que la compagnie, pleine d’ambition, ouvre son capital à de nouveaux actionnaires. Au passage, elle lève 25 millions de dinars pour financer son développement, qui prévoyait des liaisons intercontinentales.

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Rumeurs

Mais les promesses ont été difficiles à tenir, « notamment les liaisons long-courriers », reconnaît Lilia Kammoun, analyste chez Tunisie Valeurs. La ligne Tunis-Montréal ne fonctionne que depuis avril et, déjà, des rumeurs évoquent sa fermeture.

Dans un récent communiqué, Syphax a expliqué que la ligne reste ouverte, mais que le calendrier sera adapté et que des accords commerciaux avec d’autres transporteurs sont en négociation.

Syphax souhaitant se concentrer sur la desserte de l’Arabie saoudite en période de hajj (le pèlerinage à La Mecque, en octobre), les long-courriers annoncés vers la Chine pour début 2015 pourraient aussi décoller avec du retard.

Et pour ne rien arranger, la situation sur le marché national et régional n’est guère plus brillante, plombée par le recul du tourisme et la dépréciation du dinar. L’explosive situation libyenne a également obligé la compagnie à interrompre ses vols vers et depuis cette destination. Estimées à 7,5 millions de dinars dans le business plan, les pertes de Syphax Airlines ont finalement atteint 11 millions.

Tunisie Syphax AirlinesPour Kais Kriaa d’Alpha Mena, il est clair qu’ »au départ la compagnie ne s’est pas dotée des moyens nécessaires pour réaliser ses objectifs » et que « le prix de l’action a été surévalué ». Mais sa consoeur Lilia Kammoun tient à relativiser les difficultés rencontrées par le transporteur : « Beaucoup de sociétés introduites en 2014 ont vu leur valeur baisser durant le deuxième semestre ; Syphax a aussi subi cette chute. »

Elle recommande aux détenteurs du titre de ne surtout pas vendre, compte tenu de la faiblesse du cours. De plus, « la majeure partie des pertes a déjà été subie, estime-t-elle. C’est une jeune compagnie avec beaucoup de potentiel. Dans l’industrie, on prévoit en général trois années de pertes au démarrage ».

Chez d’autres intermédiaires, la vigilance est de rigueur. « Le nouveau business plan de la compagnie a revu ses ambitions à la baisse. Nous conseillons de conserver les titres, mais attendons des réalisations concrètes », explique Haifa Belghith d’Amen Invest. D’après lui, l’engagement en politique de Mohamed Frikha pourrait être mal perçu par le marché. Le patron est en effet tête de liste du parti islamiste Ennahdha à Sfax 2, sa région d’origine, pour les élections législatives. Et candidat indépendant à la présidentielle, en novembre. Ses récentes démissions de Telnet et de Syphax, pour mieux se consacrer à ses engagements politiques, pourraient ne pas suffire.

Désormais, tous les analystes soutiennent l’hypothèse d’ »une nouvelle augmentation de capital de Syphax Airlines et la recherche d’un partenaire stratégique ou financier »

Le sort des deux sociétés semble d’ailleurs lié. « Syphax tire le titre Telnet vers le bas alors que cette dernière société vit une véritable success-story. Le marché n’arrive pas à faire la différence entre les deux entreprises », note Kais Kriaa. Leurs actions affichent aujourd’hui presque la même valeur, alors que les actions de Telnet Holding tournaient autour de 7 dinars lors de l’entrée en Bourse de la compagnie aérienne.

Sursaut

Pour Lilia Kammoun, l’arrivée d’un nouveau PDG à la tête de Syphax est plutôt une bonne nouvelle pour la compagnie. Le 11 septembre, la désignation de Christian Blanc, ancien patron d’Air France, a provoqué un léger sursaut du titre Syphax. « C’est l’occasion d’installer une vraie équipe, une vraie structure managériale. Avant, elles reposaient essentiellement sur la personne de Mohamed Frikha », explique l’analyste.

Pour redonner de la vigueur à Syphax, il est urgent de trouver plus de financements pour poursuivre l’activité, soutenir sa croissance et continuer à investir. Désormais, tous les analystes soutiennent l’hypothèse d’ »une nouvelle augmentation de capital et la recherche d’un partenaire stratégique ou financier ». Mais pour Kais Kriaa, « l’arrivée d’un nouveau partenaire ne laissera pas forcément le pouvoir décisionnaire à Mohamed Frikha ».