Culture

Prix Nobel alternatif de Littérature : Maryse Condé parmi les finalistes

Maryse Condé chez elle à Paris, en 2015. © Jacques Torregano pour JA.

L’écrivaine guadeloupéenne se dit très étonnée d'avoir été sélectionnée par cette institution éphémère, édifiée par des intellectuels suédois.

Pas de Prix Nobel de Littérature cette année. Mais Maryse Condé, écrivaine guadeloupéenne dont l’œuvre dessine avec brio les contours du monde noir, peut encore espérer une consécration d’envergure internationale. Ceci dit, elle sera d’un tout autre genre.

Et pour cause, l’académie suédoise, entachée par un scandale sexuel depuis novembre 2017, ayant provoqué la défection de dix de ses sages sur dix-huit ainsi que le report du Prix Nobel à l’année 2019, a vu la création d’une Nouvelle Académie par des intellectuels suédois. Ces derniers ont mis sur pied le Prix Nobel alternatif de Littérature. « La Nouvelle Académie a été fondée afin de garantir qu’un prix littéraire international soit bien décerné en 2018, mais aussi rappeler que la littérature ne va pas sans démocratie, ouverture, bienveillance et respect », peut-on lire sur le site de l’institution alternative.


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Elle n’a eu de cesse de démontrer comment le colonialisme a transformé le monde

Les libraires suédois ont ainsi été invités à soumettre le nom d’auteurs qui mériteraient, selon eux, de remporter ce Graal 2.0 avant le 8 juillet. Résultat des courses : quarante-sept auteurs ont été sélectionnés avant que ce panel ne soit soumis aux votes des internautes du monde entier entre le 10 juillet et le 14 août derniers. Et l’écrivaine guadeloupéenne Maryse Condé, fait partie des quatre derniers auteurs en lice (citons le Japonais Haruki Murakami, la Vietnamienne Kim Thuy et le Britannique Neil Gaiman).

« À mes frères et soeurs de Guadeloupe »

« Maryse Condé est l’une des plus importantes auteures francophones. Son œuvre a eu une influence significative dans les Caraïbes et sur le continent africain. Elle n’a eu de cesse de démontrer comment le colonialisme a transformé le monde, et comment ceux qui en ont souffert s’attelle à se réapproprier leur héritage », rappelle la Nouvelle Académie qui sera dissoute en décembre après qu’un jury composé d’experts (professeurs de littérature, éditeurs, etc.) statue le 12 octobre prochain.

« Je suis très heureuse de compter parmi les finalistes mais toute de même très étonnée », réagit Maryse Condé auprès de Jeune Afrique. « En France, je n’ai jamais eu le sentiment que l’on écoutait vraiment ce que j’avais à dire. Je suis habituée à être un peu marginalisée. Aussi, cela m’étonne que ce soit un pays tel que la Suède, un pays voisin de la France, qui estime que ce que je dis et ce que je suis est important. Si je remporte ce prix, je ne manquerai pas de remercier le peuple qui m’a toujours soutenu. Je parle de mes frères et sœurs de Guadeloupe. »

Jacques Torregano pour JA

Mon esprit reste au milieu des préoccupations du monde. Je suis à la fois recluse et présente

De Moi, Tituba, sorcière noire de Salem à l’épopée Ségou, de La Vie Scélérate à La Migration des Cœurs, Maryse Condé est définitivement l’une des écrivaines majeures de la littérature des Caraïbes et d’Afrique. Et que dire des différents témoignages de son existence que sont Victoire, les saveurs et les mots, La Vie Sans Fards ou Mets et Merveilles. La romancière de 81 ans y dépeint son existence au gré d’une écriture limpide et terriblement franche. Son dernier roman, Le Fabuleux et Triste Destin d’Ivan et Ivana, paru l’an dernier, rappelait que celle qui ne veut plus écrire garde un œil sur l’actualité. « Mon esprit reste au milieu des préoccupations du monde. Je suis à la fois recluse et présente », confiait-elle alors à JA, à l’occasion de la parution de ce dernier roman.

Si, depuis ses débuts en littérature, à l’âge de 40 ans, l’ancienne professeure de français à l’Université Columbia a remporté de nombreux prix (Prix de l’Académie française pour La Vie Scélérate, Prix Carbet de la Caraïbe pour Desirada, Grand Prix du Roman métis pour En attendant la montée des eaux, pour n’en citer qu’une infime partie), on ne peut que lui souhaiter de remporter cette énième consécration, amplement méritée.

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