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Derby sous haute surveillance

| Écrit par Zoé Lamazou

Dispositif sécuritaire exceptionnel – et efficace – pour l’affrontement fratricide entre l’Espérance et le Club africain, le 20 janvier, à Tunis.

En ce début janvier, le grand Tunis est en émoi. Du côté des banlieues sud, les plus populaires, on se prépare à une véritable bataille rangée. Les forces de l’ordre sont mobilisées, les voies d’accès à la cité de Radès bloquées. La tension montera jusque dans la matinée du 20, lorsque les supporteurs de l’Espérance sportive de Tunis (EST) et du Club africain commenceront d’affluer vers le Stade olympique…
Quelques semaines auparavant, à une dizaine de kilomètres de là, la police a neutralisé à l’issue de sanglants affrontements un groupe de salafistes djihadistes qui s’apprêtaient à commettre des attentats (voir J.A. n° 2401 et n° 2402). Ce n’est pourtant pas cet événement dramatique qui fait la une des journaux, mais bien le derby entre les deux grands clubs de football de la capitale, qu’une farouche rivalité oppose depuis des décennies. Reste que, dans ce contexte lourd de menaces, la perspective de voir des foules de supporteurs chauffés à blanc prendre possession de la rue a de quoi susciter l’inquiétude des autorités. Et justifier la mise en place d’un dispositif sécuritaire exceptionnel.
Aux abords de la Cité olympique, des cars de police ont pris position à tous les carrefours. Face au stade, en bordure du quartier Noubou, réputé difficile, une centaine de policiers en rangs serrés forment un infranchissable barrage. Plus loin, des membres des forces de sécurité appartenant à quatre corps différents surveillent l’arrivée des spectateurs. Ils sont postés de mètre en mètre jusqu’aux travées du stade, où des policiers en civil prennent le relais.
Le match a attiré en masse les jeunes des quartiers populaires. Les autorités redoutent qu’ils ne profitent de l’occasion pour exprimer des passions sans rapport avec le foot. Il fut un temps où se revendiquer des « sang et or » de l’EST ou des « rouge et blanc » des « clubistes » revenait à afficher une position sociale. L’Espérance, c’était le club du quartier populaire de Bab Souika, fief du Néo-Destour de feu le président Habib Bourguiba. Le Club africain était celui du quartier de Bab Jedid, repaire des « vieux turbans » du Destour. Sans doute en reste-t-il quelque chose dans les esprits. Dans les gradins et dans les rues, on continue d’entendre les « espérantistes » scander le fameux « Taraji ya dawla », « Espérance, tu es État », allusion, bien sûr, à l’État bourguibien : le Combattant suprême avait fait de l’EST « son » club. Mais, bien sûr, d’autres héros sont apparus, d’autres slogans ont remplacé les anciens. Dans le virage sang et or, on crie « Virage’na Hezbollah ! », qu’il est sans doute inutile de traduire, ou « Rouma ! », curieux phénomène d’identification à l’AS Roma, dont les couleurs sont, il est vrai, à peu près les mêmes. En face, la foule « clubiste » choisit l’Olympique de Marseille et gronde un vibrant « Chantez, Marseillais, on va gagner ! » Comprenne qui pourra.
Pour la première fois depuis ?dix ans, le Club africain l’a emporté (1-0) sur l’EST et conforte sa première place dans le championnat tunisien. À la sortie du stade, les barrages routiers sont toujours en place et le resteront plusieurs heures durant. Le service de transports en commun étant interrompu depuis le matin, les supporteurs prennent à pied le chemin du retour vers leurs lointaines banlieues, parfois distantes d’une dizaine de kilomètres. Cette longue marche suffira à absorber leur trop-plein d’énergie. En tout cas, on ne signalera aucun incident majeur.

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