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Cet article est issu du dossier «Sénégal : Karim et Khalifa, même combat»

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Politique

Sénégal : revers judiciaires pour Khalifa Sall et Karim Wade, qui visent toujours la présidentielle

Karim Wade, fils de l'ex-président sénégalais, à Paris le 16 janvier 2008 © Vincent Fournier/JA

Khalifa Sall et Karim Wade, deux des principaux opposants au président sénégalais Macky Sall, ont vu leur espoir de se présenter à la présidentielle de février 2019 contrarié par deux décisions de justice rendues jeudi 30 août.

D’abord, ce fut Khalifa Sall. Dans la matinée, la cour d’appel de la capitale sénégalaise a confirmé sa condamnation à cinq ans de prison ferme dans l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar. Puis, en début de soirée, la Cour suprême a rejeté le pourvoi de Karim Wade contre sa radiation des listes électorales, préalable indispensable à une candidature. Ces deux décisions réduisent la possibilité, pour ces deux ténors de l’opposition, de se présenter à la présidentielle de 2019.

Khalifa Sall ne désarme pas

C’est en l’absence de Khalifa Sall et de ses avocats, qui ont déserté le prétoire depuis le 26 juillet pour dénoncer une « justice expéditive » destinée à « rendre inéligible [le maire de Dakar] » que le jugement de la cour d’appel a été prononcé. Les magistrats ont également condamné le maire de Dakar et trois de ses sept coaccusés à verser « solidairement » la somme de 1,8 milliard de francs CFA (environ 2,75 millions d’euros) à l’État du Sénégal.


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« Nous ne sommes pas surpris. J’ai cessé de croire depuis longtemps en cette justice. Khalifa Sall n’y croyait pas, raison pour laquelle il n’a pas comparu. La décision rendue n’est pas une décision de justice mais une décision politique », a commenté l’un de ses avocats, Me Ciré Clédor Ly.

La confirmation de la peine constitue un sérieux revers pour cet homme politique populaire de 62 ans, considéré comme l’un des rares adversaires à pouvoir menacer dans les urnes le président sortant Macky Sall, qui briguera un second mandat en février 2019.

Leur stratégie, c’est d’éliminer des candidats à la présidentielle

Mais dès l’annonce de l’arrêt, ses proches ont souligné que la course à la présidentielle n’était pas encore perdue pour Khalifa Sall, qui compte saisir la Cour suprême. Il « conserve encore sa chance d’être candidat et d’être éligible », a insisté devant la presse Me Ciré Clédor Ly. Khalifa Sall n’est « pas privé » de son droit à concourir « tant qu’une condamnation définitive n’a pas été prononcée », a également indiqué une membre de son entourage.

« Leur stratégie c’est d’éliminer des candidats à la présidentielle », dont Khalifa Sall, a de son côté indiqué l’élu dakarois Bamba Fall. « C’est un combat politique, nous allons l’engager ».

Khalifa Sall, en détention depuis mars 2017, avait été condamné en première instance pour « escroquerie portant sur des fonds publics » et « faux en écriture », pour le détournement d’environ 2,5 millions d’euros prélevés entre 2011 et 2015 sur les caisses de la Ville de Dakar. Maire depuis 2009, ce dissident du Parti socialiste (PS), un parti rallié à la majorité présidentielle, affirme que les poursuites judiciaires à son encontre visent à l’empêcher de se présenter à la présidentielle – ce que démentent les responsables de la majorité.

Incompétente

Autre candidat déclaré, autre revers judiciaire. Pour Karim Wade, cette fois. « Pourvoi rejeté », a laconiquement déclaré le président de la Cour suprême en rendant son arrêt, quelques heures plus tard. La haute juridiction s’est déclarée incompétente pour statuer sur le rejet de l’inscription sur les listes électorales du fils de l’ex-président Abdoulaye Wade.

Ancien ministre de 2009 à 2012, Karim Wade avait vu son inscription – effectuée à l’ambassade du Sénégal au Koweït – rejetée, le 2 juillet, par le ministère de l’Intérieur, qui a invoqué des dispositions du Code électoral privant de leurs droits civiques toute personne condamnée à plus de cinq ans de prison. Or Karim Wade a été condamné en 2015 à six ans de prison ferme et à plus de 210 millions d’euros d’amende pour « enrichissement illicite ». Une décision confirmée en cassation en août 2015.

Nous avons d’autres recours mais nous n’allons pas les dévoiler ici

Le candidat déclaré du Parti démocratique sénégalais (PDS, opposition) à la présidentielle de 2019, qui vit à Doha, au Qatar, après avoir bénéficié d’une grâce présidentielle en juin 2016, a alors saisi le tribunal départemental de Dakar.

Ce dernier a rejeté son recours le 23 juillet, estimant qu’il « n’était pas compétent ». Selon le jugement, que Jeune Afrique a pu consulter, Karim Wade aurait plutôt dû saisir la représentation diplomatique du Sénégal au Koweït. Cette requête pour son inscription sur les listes électorales « ne pouvait qu’être déclarée irrecevable », avait déclaré à l’époque la Direction générale des élections (DGE).

Selon le député Madické Niang (PDS), qui est aussi l’un des avocats de Karim Wade, l’arrêt de la Cour suprême n’exclut cependant pas définitivement son client  de la course à la présidentielle. « Nous avons d’autres recours mais nous n’allons pas les dévoiler ici », a-t-il affirmé, ajoutant que « ce qui s’est passé aujourd’hui montre que le système judiciaire est du côté du pouvoir ».

Une centaine de prétendants ont manifesté leur intention de se présenter au prochain scrutin présidentiel mais aucun n’a le même niveau de notoriété ou de popularité de Khalifa Sall ou Karim Wade.

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