Diplomatie

Algérie – États-Unis : la diplomatie par le sport

Des jeunes basketteuses algériennes bénéficiant du programme sportif organisé en collaboration avec l’ambassade des États-Unis, au complexe olympique Mohamed Boudiaf à Alger. © Zahra Rahmouni pour JA

La jeunesse algérienne intéresse les États-Unis. Ces dernières années, plusieurs programmes sportifs et culturels ont été organisés par l’ambassade des États-Unis en Algérie, ou en collaboration avec celle-ci. Une stratégie d’influence ?

Au complexe olympique Mohamed Boudiaf à Alger, de jeunes basketteuses déploient tout leur talent pour impressionner les professionnels américains et algériens qui encadrent le camp de basket auquel elles participent du 12 au 16 août. Les jeunes filles venues de plusieurs wilayas du pays font parties de la centaine de sportifs sélectionnés par l’association « A Bucket and A Dream », fondée par Mounir Benzegala, Mehdi Cheriet et Hichem Benayad-Cherif, trois basketteurs professionnels algériens. À la clé de ce programme sportif inédit : la possibilité de partir aux États-Unis dans le cadre de bourses d’études.

Deux basketteurs algériens sont déjà attendus en Arizona et au Texas dès le début de l’année scolaire, révèle d’ailleurs Hichem Benayad-Cherif. « Plus jeunes, nous avons tous les trois bénéficié d’une bourse d’étude pour jouer aux États-Unis. On s’est dit qu’il serait bien d’aider les jeunes Algériens à avoir la même opportunité. Nous avons initié ce programme pour les faire évoluer dans le basket et dans les études. C’est une chose positive pour eux et on remercie l’ambassade des États-Unis en Algérie pour nous avoir aidé à organiser ce camp et pour l’avoir subventionné », explique le sportif.

« L’ambassade travaille avec le département d’État américain et avec ses différents bureaux qui ont des budgets spécialement destinés aux activités sportives et culturelles », indique Fatma Zohra Souidi, chargée des Affaires publiques à l’ambassade des États-Unis à Alger. Pour ce camp de basket, la représentation américaine a aussi fait venir Jim Cleamons, dix fois champion NBA en tant que joueur et entraîneur et Candice Wiggins, une ex-championne WNBA, la ligue féminine.

Ils sont présents partout, dans la culture, le sport… C’est une stratégie », confie une journaliste

Une stratégie d’influence ?

« Ils sont présents partout, dans la culture, le sport… C’est une stratégie », confie une journaliste habituée à couvrir les événements de l’ambassade, qui a souhaité garder l’anonymat. Ces dernières années, de nombreux programmes ont vu le jour, dont une majorité faits en direction de la jeunesse.

Contactée par Jeune Afrique, l’ambassade n’a pas souhaité répondre à nos multiples sollicitations. En janvier dernier, lors d’un discours à l’Institut Diplomatique et des Relations Internationales, l’ambassadeur américain en Algérie, John P. Desrocher, affirmait que l’expansion des relations entre les deux sociétés grâce à de nouveaux échanges universitaires constituait une priorité. « L’ambassade des États-Unis offre différentes opportunités aux étudiants et aux chercheurs universitaires pour visiter notre pays (…) Nous soutenons également l’apprentissage de la langue anglaise pour les étudiants dans tout le pays », ajoutait-il.

« Il y a plusieurs programmes pour les jeunes, comme celui-ci avec le basket ou encore l’Access Program, qui permet un enseignement de l’anglais gratuit pour les jeunes défavorisés », précise Fatma Zohra Souidi. Lancé en 2004 par le département d’Etat américain, ce programme couvre 85 pays avec plus de 95 000 élèves concernés.

On apprend aux jeunes Algériens comment ils peuvent améliorer leur pays et leur société », raconte Omar, 16 ans

En Algérie, il est mené en coordination avec l’ONG américaine World Learning et concerne une vingtaine d’écoles locales dont plusieurs se situent dans le sud du pays, à Ouargla et El Oued notamment. L’objectif est de permettre à des jeunes d’en connaître plus sur la langue anglaise et les valeurs américaines mais aussi de lutter contre la radicalisation.

Durant la période estivale, des jeunes partent également aux États-Unis dans le cadre du « Algerian youth leadership program ». Un camp d’été, durant lequel « on apprend aux jeunes Algériens comment ils peuvent améliorer leur pays et leur société », raconte Omar, 16 ans, qui fait partie de la vingtaine de jeunes à avoir passé 30 jours entre Reno (Nevada) et Washington DC en 2017, après une sélection poussée.

Les services culturels américains ont longtemps été fermés en Algérie », souligne un sociologue

Rattraper le retard

Depuis le lancement de l’Access Program en 2004, plus de 1 200 Algériens âgés de 13 à 20 ans ont pu bénéficier de cours d’anglais. S’ils sont gratuits, il n’en est pas de même pour ceux dispensés dans les écoles privées du pays.

Raison pour laquelle l’ambassade des États-Unis collabore régulièrement avec ces structures privées. Cet été marque ainsi la onzième édition du programme « El Amel Project », organisé par l’école de langues Berlitz. Un projet qui s’étale sur les mois de juillet et août, six semaines durant lesquelles les jeunes participants pourront améliorer leur anglais et « préparer leurs dossiers d’inscription aux universités américaines ». Le nombre de candidatures est d’ailleurs en constante augmentation, se félicite Tahar Yahiaoui, directeur de Berlitz Algérie et membre de la Chambre américaine de commerce en Algérie.

Il y a un retard accumulé par les Algériens dans l’apprentissage de l’anglais

Selon le sociologue Nacer Djabi, l’intérêt pour l’anglais et les séjours en Angleterre ou aux États-Unis est très important. « Les familles algériennes font un effort extraordinaire en termes de transport et d’argent pour permettre à leurs enfants d’apprendre l’anglais et de bénéficier de ces programmes », explique-t-il. « Les services culturels américains ont longtemps été fermés. Les Algériens, contrairement aux Marocains, Tunisiens et Égyptiens, n’ont pas profité des possibilités que les Américains donnent dans l’apprentissage de la langue, dans l’accès aux programmes de formation et de séjours. Il y a un retard accumulé par les Algériens dans l’apprentissage de cette langue », souligne le sociologue, qui estime également que les programmes restent peu nombreux.

200 Algériens étudieraient aux États-Unis, un chiffre infime comparé aux milliers de Tunisiens et de Marocains inscrits

Actuellement, 200 Algériens étudieraient aux États-Unis, un chiffre infime comparé aux milliers de Tunisiens et de Marocains inscrits dans les universités américaines, affirme également une source à l’ambassade. Cet état de fait motiverait la représentation américaine à intensifier le travail mené avec les organisations locales pour repérer plus de jeunes, sportifs ou non, afin de leur faire bénéficier de bourses d’étude.

Nous privilégions la « people-to-people diplomacy », indique la même source. « Nous croyons aux individus et au fait que chaque personne puisse véhiculer un message positif de son pays, que ce soit un Algérien aux États-Unis ou un Américain en Algérie »,

La diplomatie menacée de coupes budgétaires ?

Seule ombre au tableau ? Les coupes budgétaires qui menacent le département d’État américain. Pour le budget 2019, la Maison Blanche envisageait de réduire de près de 30% les fonds alloués aux Affaires étrangères. En mars, le Sénat américain adoptait finalement une loi qui les réduit de 9%.

À l’ambassade américaine, on reste confiants face aux possibles baisses budgétaires voulues par l’administration Trump. « Même si elles venaient à passer, nous maintiendrons les programmes les plus importants », assure-t-on.

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