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Cet article est issu du dossier «Sommet Chine-Afrique, les 3 et 4 septembre à Pékin»

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Diplomatie

Burkina – Alpha Barry : « Le rétablissement des relations avec la Chine n’aura pas d’impact sur nos rapports avec la France »

Alpha Barry, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, et Wang Yi, son homologue chinois, à Pékin, le 26 mai. © Thomas Peter/AP/SIPA

Roch Marc Christian Kaboré, le président du Burkina Faso est arrivé jeudi 30 août à Pékin pour sa première visite d'État en Chine, pour participer au sommet Chine-Afrique. Alpha Barry, ministre burkinabè des Affaires étrangères explique à Jeune Afrique les attentes du Burkina, qui a renoué des relations diplomatiques avec la Chine en mai dernier.

Roch Kaboré a atterri à Pékin jeudi 30 août. C’est la première visite d’un chef d’État burkinabè en Chine depuis 28 ans. Le 26 mai dernier, le Burkina Faso, l’un des deux derniers pays du continent, avec le Swaziland, qui reconnaissait encore Taïwan, venait de céder à l’offensive de la Chine continentale. Le Burkina se rend à cette rencontre fort de certaines garanties. Le pays s’est assuré au préalable que la Chine reprendrait à son compte les dix-sept projets d’envergure dans lesquels Taïwan intervenait, dans des secteurs tels que l’agriculture, l’éducation ou la santé.

« Nous avons déjà discuté des accords généraux et de quelques accords de dons pour les quatre derniers mois de l’année », explique Alpha Barry, ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso. Des dons qui « représentent plus de trois fois la moyenne des dons annuels que le Burkina recevait jusque-là avec son ancien partenaire ».

Outre cette visite, une forte délégation de membres du gouvernement et d’hommes d’affaires du pays prendront part au forum de la coopération sino-africaine qui se tient actuellement à Pékin du 3 au 4 septembre. Projets régionaux, impact sur les relations avec la France, attentes du Burkina…, Alpha Barry revient dans cette interview sur cette nouvelle relation avec la Chine.

Jeune Afrique : Le Burkina participe au sommet sino-africain à Pékin, quelques mois après avoir renoué ses relations avec la Chine, qu’attendez de cette rencontre ?

Alpha Barry :  Les deux rendez-vous auxquels nous allons prendre part sont assez nouveaux pour nous. Nous y allons pour découvrir et voire comment nous pouvons nous intégrer dans les grandes questions qui concernent l’Afrique et qui sont prises en charge par la Chine.

Il y a comme une sorte de ruée d’hommes et de femmes d’affaires burkinabè qui vont à l’assaut de la Chine

Au niveau bilatéral, en plus des différents accords sur lesquels nous avons échangé, nous voulons avoir des résultats concrets avant la fin de l’année dans des domaines tels que l’énergie, les télécommunications, la défense et la sécurité. Nous espérons également signer un mémorandum sur l’agriculture. C’est l’un des secteurs prioritaires pour nous dans la coopération avec la Chine.

Quels sont les entrepreneurs qui font partis de la délégation ?Y a-t-il des secteurs spécifiquement représentés ?

Il n’y a pas de secteur définis. Le Burkina aura probablement la plus forte délégation au forum, composée de plus d’une cinquantaine d’hommes et de femmes d’affaires. La relation économique n’a jamais été rompue entre nos deux pays, mais les échanges peuvent désormais se faire dans un cadre plus structuré et avec l’accompagnement diplomatique. C’est pour cela qu’il y a comme une sorte de ruée d’hommes et de femmes d’affaires burkinabè qui vont à l’assaut de la Chine.

On observe également cette dynamique dans l’autre sens. Depuis trois mois nous constatons l’intérêt des entreprises chinoises pour le Burkina. Nous voulons aboutir à des investissements dans le domaine public, mais réalisés par des entreprises sous forme de prêts ou d’accords commerciaux.

Dans un contexte où la Chine resserre de plus en plus ses crédits, qu’elle est votre stratégie pour négocier des financements ?

Ce qui est important dans la relation avec la Chine c’est d’abord l’amitié. Elle est la base de cette relation économique. Nous allons échanger en fonction des besoins prioritaires des Burkinabè et des possibilités qu’offre la République populaire de Chine. Les entreprises chinoises s’intéressent également à tous les domaines économiques du Burkina.

Nous discutons, et nous aboutirons assez rapidement à des partenariats plus solides. Cela passera également par l’installation de la nouvelle ambassade du Burkina Faso à Pékin, prévue le 2 septembre.


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Le Burkina fera-t-il désormais partie de projets régionaux financés ou réalisés par la Chine ?

Nous sommes déjà en discussion avec les entreprises chinoises qui y travaillent. La reprise officielle des relations entre nos deux pays devrait faciliter les projets d’autoroute ouest africain qui partirait de la Côte d’Ivoire, les différents projets de chemin de fer ou encore l’interconnexion en électricité dans la sous-région.

Il est parfois reproché aux infrastructures réalisées par la Chine une piètre qualité. Comment comptez-vous contrôler les futurs projets de coopération ?

Je ne crois pas que les infrastructures réalisées par la Chine soient de mauvaise qualité. Bien au contraire ! Si les sociétés chinoises sont aujourd’hui parmi les numéro un mondiaux, cela suppose qu’elles font du bon travail. Avant même le rétablissement des relations diplomatiques avec la Chine, des entreprises publiques chinoises travaillaient déjà au Burkina.

Mais si la nécessité de contrôle se fait sentir, nous le feront. Lorsqu’on emprunte de l’argent qui doit être remboursé par le contribuable Burkinabè, nous devons avoir la garantie que le travail est bien fait.

Le fait de renouer avec la Chine ne va-t-il pas avoir un impact sur vos relations économiques et diplomatiques avec la France ?

Non, pas du tout. Il n’y a pas de raison que cela ait un impact sur les relations avec un autre pays. Le Burkina est le 53e pays africain à être en relation avec la Chine populaire. Si la France n’a pas de problème avec les autres pays, il n’y a pas de raison que cela soit différent avec le Burkina.

La semaine dernière le Burkina a signé un accord bilatéral sur le plan de la sécurité avec la Russie. Vous renforcez vos relations avec la Chine. Cela pourrait être perçu comme un retour à vos partenaires traditionnels…

Le Burkina est un pays qui a des ressources limitées et qui a donc besoin de nouer les meilleurs partenariats lui permettant de faire face aux attentes de la population. C’est pour cela que nous avons des relations privilégiées avec tous les pays, que ce soit la Russie, les États-unis, la France ou la Chine… Et la France est notre premier partenaire en terme d’aide publique au développement. C’est aussi le premier bailleur du Plan national de développement économique et social (PNDES) que nous avons mis en place depuis 2016.

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