Politique

Suspension de France 2 au Gabon : la HAC accuse la chaîne d’« acharnement » et de « Gabon Bashing »

Le président gabonnais Ali Bongo Ondimba au sommet Union africaine-Union européenne le 29 novembre 2017 à Abidjan, en Côte d'Ivoire. © Diomande Ble Blonde/AP/SIPA

Raphaël Ntoutoume Nkoghe, le président de la Haute autorité gabonaise de la communication, qui a sanctionné France 2 après la rediffusion d'un documentaire, explique à Jeune Afrique les raisons qui ont motivé la suspension de la diffusion de la chaîne publique française au Gabon, qu'il accuse « d'acharnement ».

D’un an de suspension de tous les bouquets diffusés au Gabon, la sanction infligée à France 2 a finalement été réduite à trois mois. En dépit de cet ajustement, intervenu le 27 août dernier, Raphaël Ntoutoume Nkoghe, le président de la Haute autorité gabonaise de la Communication (HAC), justifie la peine infligée à la chaîne française pour avoir rediffusé un documentaire très critique envers le président Ali Bongo Ondimba.

Dans les réponses écrites qu’il a données à Jeune Afrique, le régulateur de la communication répond aux détracteurs qui l’accusent de défendre les intérêts personnels du président gabonais, tout en minimisant les menaces pesant sur la liberté de la presse au Gabon.

Jeune Afrique : Pourquoi avez-vous eu la main aussi lourde contre France 2 pour avoir rediffusé un documentaire ?

Raphaël Ntoutoume Nkoghe : Ce n’est  pas un documentaire, tant il est à charge. Ce film relève davantage du pamphlet que du travail journalistique. Il s’inscrit dans une veine tristement classique : le « Gabon Bashing ». Certains médias hexagonaux ne peuvent, semble-t-il, couvrir notre pays qu’en le couvrant d’opprobre. Il est dommage qu’ils s’échinent à voir la réalité telle qu’ils voudraient qu’elle soit plutôt que telle qu’elle est. Heureusement, on parle de médias marginaux. Ils tentent d’occuper une niche médiatique qui se réduit peu à peu. Ce faisant, ils passent à côté des nombreuses dynamiques et des évolutions profondes que connaît notre pays.

On peut clairement parler d’acharnement de la part de France 2

Que reprochez-vous exactement à ce reportage ?

Le film est émaillé d’approximations et repose sur des témoignages qui sont tout sauf neutres. Sous couvert de dénoncer la Françafrique, on donne la parole à l’un des personnages qui l’a le mieux incarnée [RObert Bourgi, ndlr]. En termes de sérieux et de rigueur, sans doute eût-il été possible de faire mieux.


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Il ne s’agissait pourtant que d’une rediffusion…

On peut s’interroger sur les motivations de ceux qui ont décidé non seulement de reprogrammer ce documentaire et de le faire, qui plus est, à la veille de la fête nationale. En l’espèce, on peut clairement parler d’acharnement de la part de France 2, qui ne se contente pas d’une rediffusion mais de deux en l’espace de quelques jours à peine. La première est intervenue le 16 août, une seconde est prévue le 31 août. Rares sont les pays à avoir fait l’objet d’un tel traitement…

Pourquoi n’avoir pas sanctionné la chaîne dès la première diffusion ?

Il se trouve qu’à l’époque, le régulateur qu’était le Conseil national de la communication n’était pas juridiquement outillé pour agir. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui avec la HAC.

Si nous étions au service des intérêts du chef de l’État, nous aurions déjà fermé tous les journaux et plusieurs télévisions

Selon Reporters sans frontières, cette sanction est un « signal inquiétant ». La liberté de la presse est-elle menacée au Gabon ?

Régulièrement, le CSA prend des sanctions à l’encontre des télévisions et radios françaises sans que personne ne trouve à redire. Certains mois, ces sanctions peuvent excéder la dizaine. Je ne crois pas avoir très souvent entendu de protestation de RSF à ce sujet.

Par ailleurs, la HAC est en train de mener un travail de fond très concret en faveur de la liberté d’expression. C’est grâce à nos efforts que l’ordonnance portant création et organisation de la HAC va bientôt être amendée afin que, dans l’échelle des sanctions prévues, on réintroduise la mise en demeure comme premier palier, au lieu de l’interdiction directe de parution comme c’est le cas actuellement.

C’est toujours grâce à la HAC que la publicité institutionnelle va être élargie à l’ensemble des organes de presse privée. Ce qui leur permettra de sortir de la précarité dans laquelle ils se trouvent.

Faut-il s’attendre à une HAC qui ait la main plus lourde que le défunt CNC ?

Il n’y a pas de « main lourde » ou de « main légère ». Nous avons conscience que ces sanctions peuvent parfois être perçues comme lourdes mais c’est ce que prévoit la loi. Tout comme la loi prévoit aussi des voies de recours – et même un recours gracieux en révision de la sanction prononcée. C’est dans ce cadre, toujours conformément à la loi, que nous avons été amenés soit à annuler la sanction, soit à la réduire, comme cela vient d’être fait concernant France 2.

La HAC est-elle un défenseur des intérêts du président Ali Bongo Ondimba ?

La HAC est une institution indépendante chargée de la régulation du secteur de la communication. Telle est notre mission. Depuis notre prise de fonctions, nous n’avons jamais été saisis par le président de la République. Si nous étions au service de ses intérêts, nous aurions déjà fermé tous les journaux et plusieurs télévisions, au regard du contenu de leur production quotidienne. Je sais que c’est un fait difficile à accepter pour certains mais les médias au Gabon sont libres, beaucoup plus libres que dans certains pays qu’on pourrait qualifier de « donneurs de leçons ».

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