Tourisme

Tunisie – Selma Elloumi Rekik : « L’arrivée de touristes russes n’était pas qu’un phénomène passager »

Le tourisme repart à la hausse en Tunisie en 2018, avec le retour des touristes européens et un marché russe. © Paul Schemm/AP/SIPA

La ministre tunisienne du Tourisme, Selma Elloumi Rekik, se réjouit d'une hausse d’environ 17,5 % de la fréquentation durant l'été 2018 comparé à la saison précédente. Elle dresse pour Jeune Afrique le tout premier bilan de cette saison touristique.

Après les attaques contre le musée du Bardo à Tunis et sur une plage touristique près de Sousse en 2015, les professionnels tunisiens du tourisme faisaient grise mine. Mais ces années semblent révolues.

La ministre tunisienne du Tourisme, Selma Elloumi Rekik, femme d’affaires affiliée au parti du président Nidaa Tounes, présente en 2018 un bilan saisonnier bien plus réjouissant que ces dernières années. De quoi, selon elle, s’engager enfin sur des réformes concrètes.

Jeune Afrique : La saison touristique 2018 se termine. Êtes-vous satisfaite des résultats enregistrés par la Tunisie ?

Selma Elloumi Rekik : Nous avons observé une reprise des marchés traditionnels, parmi lesquels le marché français, très important pour la Tunisie. Nous remarquons aussi que la croissance du marché russe se maintient : ce n’était pas un phénomène passager comme le prétendaient certains, mais une vraie tendance que nous pouvons capter et encourager. Quant à nos voisins algériens, ils continuent à venir en Tunisie. Au 20 août, nous avons donc comptabilisé plus de cinq millions d’entrées, ce qui représente une augmentation d’environ 17,5 % comparé à l’année précédente. Nous tablons donc sur une année 2018 à huit millions d’arrivées.


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L’amélioration du climat sécuritaire a-t-elle beaucoup joué dans ce bilan touristique ?

Elle joue bien sûr énormément. Au-delà des arrivées de touristes, la sécurité est nécessaire pour l’investissement. Depuis la stabilisation de la situation sécuritaire, des grandes enseignes étrangères réouvrent de nouvelles unités à un rythme soutenu. Un nouvel hôtel Mövenpick a ouvert, ainsi qu’un nouveau Four Seasons. Le groupe AccorHotels, des investisseurs allemands et d’autres sont en Tunisie pour des projets.

Avancez-vous sur la diversification de l’offre ?

En 2017, nous avons légiféré sur les gîtes ruraux, pour sortir le logement alternatif du flou juridique. Cette année, les chambres d’hôtes et les gîtes ruraux ont connu un réel succès. Nous aimerions voir des investissements se diriger vers le tourisme écologique, le tourisme culturel et le tourisme sportif, qui attirent tant les étrangers que les Tunisiens.

Pour cela, nous devons notamment travailler avec les tour-opérateurs, mais aussi avec d’autres départements et secteurs. Valoriser le patrimoine, par exemple, n’est pas une mission dévolue à mon seul ministère. Mais les ruines antiques – la Tunisie est un des pays les mieux pourvus en la matière par rapport à sa taille et la concentration de vestiges y est très importante – sont bien sûr un argument important pour le tourisme culturel et national.

Tunisair rencontre en ce moment des difficultés techniques, c’est vrai

La compagnie Tunisair a été critiquée pour sa gestion de la saison estivale…

La compagnie nationale est un élément essentiel de la réussite d’une saison. Elle est partie intégrante de la stratégie nationale en matière de tourisme. Les touristes chinois sont toujours plus nombreux, mais c’est bien l’ouverture de vols directs qui nous permettra de fidéliser une clientèle. Des lignes doivent ouvrir en 2019. À ce niveau, la compagnie travaille avec nous, participe aux Assises du tourisme avec les autres acteurs… Maintenant, elle rencontre en ce moment des difficultés techniques, c’est vrai. Nous sommes appelés sur beaucoup de fronts à la fois… Mais nous avançons.

Quels sont les prochains dossiers auxquels vous comptez vous attaquer ?

Beaucoup de chantiers sont ouverts. Nous essayons de voir comment assurer à de grands établissements une fréquentation hors-saison, en plus du tourisme d’affaires. Il y a des discussions à ce sujet : nous pourrions par exemple faire davantage pour le tourisme médical ou pour l’accueil des retraités…

La formation est également un chantier qui ne doit pas être fermé. Nous accueillons une nouvelle clientèle russe, nous devons former à l’accueil des Russes.

Le modèle tunisien concernant le tourisme est maintenant celui d’un investissement à 100% privé mais avec un État qui guide

Des fonds d’investissement étrangers seraient intéressés par des biens immobiliers ou des entreprises hôtelières. C’est un sujet discuté ?

Nous discutons bien sûr de cette opportunité. Nous voulons que le secteur reste bien encadré. Nous verrons donc bientôt comment assurer de la souplesse aux investisseurs, tout en continuant à structurer le marché. Le modèle tunisien concernant le tourisme est maintenant celui d’un investissement à 100% privé mais avec un État qui guide, indique, pense des stratégies et les déploie.

Le tourisme est important pour l’économie nationale, mais aussi pour le bien-être des Tunisiens. Avec la reprise, le secteur va redevenir un important pourvoyeur d’emplois, notamment pour les jeunes et les femmes, très présents.

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