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De l’apartheid au burn-out : Elon Musk, le Sud-Africain qui rêvait d’envoyer des humains sur Mars

Elon Musk , directeur de Tesla Motors Inc. © Justin Prichard/AP/SIPA

Qu’arrive-t-il à Elon Musk ? Le natif d’Afrique du Sud a avoué, mi-août dans le New York Times, avoir vécu en 2018 « la plus douloureuse année de sa vie ». Au point que son management de Tesla, dont il est le PDG, commence à poser question.

Nous sommes le 7 août. Dans un tweet ayant surpris tout le monde, y compris dans les hautes sphères américaines, Elon Musk vient d’annoncer son projet de retirer Tesla, le constructeur de voitures électriques dont il est le PDG, de la bourse aux États-Unis. C’est la panique boursière. L’idée paraît folle et extrêmement coûteuse : pour conserver ses parts, Musk devrait débourser au bas mot quelque 50 milliards de dollars.

Les actionnaires de Tesla, qui tombent des nues, s’activent pour faire échouer le projet. Résultat : le 24 août, Elon Musk annonce son abandon. « Au vu des retours que j’ai reçus, il apparaît que plupart des actionnaires de Tesla estiment préférable que nous restions une société cotée », explique le milliardaire, également PDG du géant de l’astronautique SpaceX.

Si quelqu’un peut faire mieux que moi, tenez-moi au courant. Ils peuvent avoir le poste

Incendie éteint ? Pas vraiment. Depuis ce revirement, les questionnements se multiplient autour de l’attitude de Musk, déjà fragilisé par la révélation dans les médias d’investigations menées par le gendarme américain de la bourse, la Securities and Exchange Commission (SEC) sur Tesla.

Certains vont même jusqu’à évoquer une mise au vert du milliardaire américain, espérant lui trouver un remplaçant temporaire à la tête du constructeur automobile. Musk a pour le moment assuré au New York Times qu’il ne comptait pas abandonner ses fonctions. « Si quelqu’un peut faire mieux que moi, tenez-moi au courant. Ils peuvent avoir le poste », a-t-il ajouté. Qui  osera le prendre au mot ?

Le milliardaire a tout de l’incarnation du rêve américain. Dans la conquête spatiale et l’intelligence artificielle, il est sans doute l’un des seuls à pouvoir damer le pion aux Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), lancés dans une compétition sans merci, y compris en Afrique.

Space invader

Fils d’un ingénieur en astromécanique sud-africain et d’une mannequin et diététicienne d’origine canadienne, Elon Reeve Musk naît à Pretoria, le 28 juin 1971. En plein apartheid. Est-ce ce modèle cadenassé qui le poussera à vouloir sans cesse s’échapper ? À douze ans, alors que ses parents ont divorcé en 1980, Elon, qui vit avec son père, crée son premier jeu vidéo, Blastar, inspiré du célèbre Space Invaders développé cinq ans plus tôt au Japon.

Il en tirera 500 dollars, en revendant le code du programme à un magazine informatique sud-africain, PC and Office Technology. « Genius Boy », comme on le surnomme, lit beaucoup. C’est un passionné de bandes dessinées. Le blondinet, qui ira jusqu’à nommer un de ses fils Xavier en référence au professeur dans X-Men, est régulièrement le martyr de ses camarades de la Pretoria Boys High School, sans doute un peu trop traditionnelle pour lui.

À 16 ans, il tente d’ouvrir une salle d’arcade avec son frère Kimbal. Le projet avorte mais le jeune Musk ne manque pas d’idées. Il est persuadé, dès cette époque, que l’Amérique lui offrira la possibilité de les mettre en place. Il rêve de la Silicon Valley, où le monde de la technologie invente le futur à coups de processeurs.

Objectif Mars

En 1988, ayant obtenu la nationalité canadienne par sa mère, il quitte le foyer parental. Il souhaite avant tout échapper au service militaire du régime de l’apartheid. Direction Kingston, au Canada, avec son frère. Se finançant grâce à des petits boulots (son père a refusé de lui payer des études en dehors d’Afrique du Sud), il intègre l’université Queen’s avant, quatre ans plus tard, de partir pour les États-Unis.

À l’université de Pennsylvanie puis à Stanford, il étudie la physique, le commerce et, surtout, crée ses premières entreprises : Zip2 (éditeur de logiciel) et X.com (banque en ligne qui deviendra PayPal). Elles vont lui rapporter ses premiers millions de dollars. En octobre 2002, Paypal est ainsi vendu à eBay pour 1,5 milliard de dollars. Musk, qui en possède 11,7%, empoche 175,5 millions. De quoi donner corps à son rêve spatial.

Déçu par une Nasa qu’il estime frileuse, il fonde SpaceX en 2002 (deux ans avant d’investir une partie de sa fortune dans Tesla), avec pour objectif de produire des véhicules de lancement spatiaux au premier étage réutilisable, dans le but d’abaisser les coûts de lancement et à long terme de rendre possible la colonisation de Mars. Très optimiste, malgré quelques ratés, comme en septembre 2016 avec l’explosion de la fusée Falcon 9, Elon Musk prévoit aujourd’hui d’envoyer des humains sur la planète rouge dès 2024, après deux missions inhabitées qui y auraient déposé l’infrastructure de survie nécessaire.

Prince de Bel-Air

Surtout, il a obtenu cette année l’aval des autorités américaines pour lancer dans l’espace une constellation de 4 425 satellites et créer le maillage nécessaire à un accès à Internet universel. Les deux premiers, Tintin A et B (nouvelle référence à la bande dessinée) ont été mis en orbite en février. Elon Musk, prince sud-africain, canadien et américain de Bel-Air, quartier de Los Angeles où il réside, a pour le moment une longueur d’avance sur les Gafam dans son projet de connexion universelle à Internet.

Quant à l’intelligence artificielle, elle l’obsède également, tant elle le fascine et l’effraie à la fois. Il a fondé en 2015 l’OpenAI, association de recherche chargé de réfléchir à la création d’une technologie à visage humain « au bénéfice du plus grand nombre ». « Quand j’étais à l’université, je voulais être impliqué dans des choses qui changeraient le monde. Maintenant je le suis », s’est un jour réjoui le patron de SpaceX.

Même sous le feu des investigations de la SEC et au milieu des ennuis de Tesla, Musk a aujourd’hui les moyens de ses folles ambitions. En août 2017, sa fortune était estimée à 20 milliards de dollars. Soit 40 millions de fois plus que ce que lui avait rapporté, Blastar, son premier jeu vidéo. « Si quelqu’un peut faire mieux que moi, tenez-moi au courant », lançait-il dans le New York Times. Les candidatures ne devraient pas se bousculer.

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