Banque de développement

« La société civile française n’a pas les moyens d’aider le développement », estime le président de Coordination Sud

Philippe Jahshan en 2013 © Flickr/CC/Parti Socialiste

Pour Philippe Jahshan, président de Coordination Sud, la politique française d'aide au développement a tendance à négliger le rôle des ONG de solidarité internationale.

Le discours d’Emmanuel Macron devant les ambassadeurs, le 27 août, et la publication du rapport Berville sur la réforme de l’aide française au développement laissent mi-figue mi-raisin Philippe Jahshan, président de Coordination Sud qui fédère les ONG françaises de solidarité internationale. Pour lui, celles-ci n’ont toujours pas les moyens de leurs missions en matière de développement, d’environnement ou de droits de l’homme.

Jeune Afrique : Quels sont les points positifs du discours d’Emmanuel Macron ?

Philippe Jahshan : On y trouve une vraie vision de la mondialisation et du multilatéralisme. Il y rappelle les défis climato-environnementaux où la France a un rôle éminent à jouer. Il parle à juste titre de la montée des inégalités. Il souligne le rôle de l’Afrique dans le monde.

L’une des questions est de savoir si l’AFD doit conserver son statut de banque

Et en matière d’aide au développement ?

Le président a confirmé le milliard d’euros d’aide au développement sous forme d’autorisations d’engagements pour 2019, ainsi que la création d’un Conseil présidentiel pour le développement. En fait, la seule annonce vraiment nouvelle est l’institution d’une loi de programmation pluriannuelle qui mettra l’aide publique française sur une trajectoire l’amenant à la fin du septennat à la fin du quinquennat à 0,55 % du RNB contre 0,43 % aujourd’hui. Enfin, l’Agence française de développement devrait être profondément réformée.

Que pensez-vous de la cette réforme annoncée ?

À part le projet de la rebaptiser « France Partenariat », nous n’avons pas beaucoup de détails sur cette réforme. L’AFD a récupéré beaucoup de missions du ministère des Affaires étrangères ou des Finances. Pour nous, la question est de savoir si son actuel statut de banque convient à la pluralité de ses missions et s’il faut le conserver.

Quels reproches adressez-vous à la politique française d’aide au développement telle qu’elle a été présentée par Emmanuel Macron ?

C’est bien de souligner l’importance du rôle de l’Afrique, mais le président n’a rien dit sur la nécessité d’une régulation fiscale internationale. Or nous savons que le développement de ce continent passe par une lutte efficace contre l’évasion fiscale qui l’afflige. D’autre part, Coordination Sud souhaiterait que la loi de programmation excède le quinquennat et vise un montant représentant 0,7 % du RNB en 2025.

Nous verrons au fil des mois les suites qui seront données à ce rapport. Il y en a eu tellement qui ont donné lieu à des enterrements de première classe !

Emmanuel Macron veut que la politique de coopération française soit plus partenariale, mais il ne fait pas mention de la dimension non-gouvernementale de la coopération et oublie que la société civile française est, en la matière, l’avant-dernière des pays de l’OCDE car elle n’a pas les moyens de ses missions. Il nous faudrait un milliard d’euros pour cela.

Que pensez-vous du rapport Berville sur la réforme de l’aide publique française ?

Nous partageons son constat sur les carences de cette aide qui ont déjà fait l’objet de nombreux rapports. Nous applaudissons ses propositions sur l’institution d’une commission d’évaluation de l’aide et sur la nécessité de mobiliser les diasporas étrangères en France et la jeunesse en général. Mais je ne suis pas certain qu’il s’attaque au mille-feuilles institutionnel qui gère l’aide.

Pour notre part, nous avions émis l’idée d’une unification de celle-ci dans un seul ministère. Nous regrettons aussi que le président n’ait pas repris ces idées sur un document cadre sur l’aide ou sur une stratégie multilatérale. Nous verrons au fil des mois les suites qui seront données à ce rapport. Il y en a eu tellement qui ont donné lieu à des enterrements de première classe !

Déjà 250 000 inscrits !
NEWSLETTER

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Fermer

Je me connecte