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Hassan Bubacar Jallow

| Écrit par Propos recueillis par Christophe Boisbouvier

Président du Tribunal pénal international pour le Rwanda

Hassan Bubacar Jallow parviendra-t-il à mettre fin à la guérilla qui oppose les autorités de Kigali au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) ? Ouvert et chaleureux, le successeur de Carla Del Ponte paraît avoir le bon profil, mais la partie ne sera pas facile. À peine entré en fonction, il est en effet confronté à un dossier explosif. Dans un rapport récent, le juge français Jean-Louis Bruguière accuse le président Paul Kagamé d’avoir, le 6 avril 1994, abattu l’avion de Juvénal Habyarimana, son prédécesseur – un attentat qui a fait basculer le pays dans le génocide. À 54 ans, le magistrat gambien, qui fut ministre de la Justice puis juge à la Cour suprême, est un juriste réputé sur tout le continent. Son expérience politique lui sera sans nul doute précieuse dans les mois qui viennent…

Jeune Afrique/l’intelligent : Que pensez-vous du rapport Bruguière sur l’attentat contre le président Habyarimana ?
Hassan Bubacar Jallow : J’ai lu dans les journaux [le quotidien français Le Monde] des informations sur ce rapport, mais pas encore le rapport lui-même. Pour l’instant, je ne peux donc faire aucun commentaire sur les preuves qu’il avance.

J.A.I. : Privilégiez-vous la piste des extrémistes hutus ou bien, comme le juge français, celle du FPR [Front patriotique rwandais] de Paul Kagamé ?
H.B.J. : Je ne peux bâtir aucune hypothèse sur des théories. Je dois me fonder sur des faits. Tant qu’ils ne me seront pas disponibles, je ne pourrai pas répondre.

J.A.I. : Pourquoi le TPIR n’a-t-il jamais ouvert d’enquête sur l’attentat du 6 avril 1994 ?
H.B.J. : Le mandat du Tribunal porte sur les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre commis au Rwanda. C’est sans doute la raison pour laquelle il n’a pas ouvert d’enquête sur ce sujet. Cela dit, quand je recevrai le rapport du juge Bruguière, je l’étudierai.

J.A.I. : Dans la mesure où la destruction de l’avion de l’ex-chef de l’État rwandais peut être considérée comme un crime de guerre, lancerez-vous un jour une enquête sur cet attentat ?
H.B.J. : Je ne veux pas spéculer sur l’avenir. Quand j’aurai ce rapport et les éléments à charge qu’il contient, je le lirai et vous connaîtrez mon opinion.

J.A.I. : Le 25 février, deux personnalités de l’époque du génocide, l’ancien ministre des Transports, André Ntagerura, et l’ancien préfet Emmanuel Bagambiki ont été acquittées. Cela ne remet-il pas en cause la crédibilité du Tribunal ?
H.B.J. : Pas du tout. D’abord j’ai fait appel, car je continue de penser que le dossier d’accusation est solide. Je suis encouragé dans ma démarche par le fait que l’un des trois juges s’est opposé à ses deux collègues sur l’acquittement d’Emmanuel Bagambiki. Par ailleurs, depuis le début des travaux du Tribunal en 1996, le parquet a déjà réussi à faire condamner dix-huit génocidaires. Seules trois personnes ont été acquittées.

J.A.I. : Ce double acquittement est-il dû à l’incompétence de certains juges ?
H.B.J. : Certainement pas. Un juge peut commettre une erreur sans être pour autant un mauvais juge. Ceux du Tribunal ont toute ma confiance.

J.A.I. : Le gouvernement rwandais a protesté. Le Tribunal est-il sous pression politique ?
H.B.J. : Non, il n’y a pas de pression politique. Le gouvernement rwandais a le droit d’exprimer son point de vue et je comprends sa préoccupation, mais le Tribunal travaille en toute indépendance. J’ai dit aux autorités qu’il fallait accepter le principe de l’acquittement, pourvu que les procès soient bien conduits. En fait, notre collaboration avec le Rwanda est bonne. Des problèmes sont apparus il y a quelques années [à l’époque de Carla Del Ponte], mais le gouvernement apporte aujourd’hui une aide précieuse aux enquêteurs dans la recherche de témoins et d’indices matériels sur le génocide. Par ailleurs, je vous rappelle que notre mandat nous permet d’enquêter sur les allégations de crimes commis par les soldats du FPR. Et que nous sommes très attentifs à cette question.

J.A.I. : Le Tribunal peut-il faire oeuvre utile pour empêcher un nouveau génocide dans le monde ?
H.B.J. : Il nous reste une quarantaine de personnes à juger, dont plusieurs anciens ministres et officiers supérieurs, comme le colonel Bagosora. J’espère qu’en 2008, à la fin de nos travaux, le Tribunal lèguera un héritage de paix, de justice et de respect entre les hommes. Je souhaite aussi que ce Tribunal devienne une force de dissuasion contre tous les criminels. Ils doivent savoir qu’un jour ils seront arrêtés, jugés et condamnés.

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