Immigration

Maroc : l’Espagne renvoie 116 migrants entrés à Ceuta illégalement

Des migrants subsahariens qui ont forcé la barrière de protection qui sépare Espagne et Maroc à Mellila, le 28 mars 2014. © Santi Palacios/AP/SIPA

L'Espagne a renvoyé le 23 août vers le Maroc les migrants africains entrés clandestinement la veille dans l'enclave espagnole de Ceuta. Une expulsion collective et rapide, aussitôt dénoncée par des défenseurs des droits humains.

 « Les 116 migrants subsahariens entrés (mercredi 22 août) en Espagne de manière illégale à travers la frontière de Ceuta ont été réadmis par le Maroc », a annoncé la préfecture de Ceuta dans un communiqué du 24 août.

Cette opération se base sur « la réactivation » d’un accord bilatéral conclu il y a vingt-six ans par l’Espagne et le Maroc, a souligné la préfecture. Une porte-parole du ministère espagnol de l’Intérieur a défendu « la légalité » de « cette expulsion », en assurant que « toutes les conditions requises par la loi espagnole sur les étrangers avaient été remplies ».

« Une fois que le Maroc s’est montré disposé à accepter ces personnes (…), les migrants ont été transférés à un commissariat, identifiés – avec nom, nationalité, empreintes digitales – et tous ont eu un avocat, un interprète et une aide médicale », a-t-il plaidé. « Il a été proposé à tous la possibilité de solliciter l’asile et ils ne l’ont pas fait », a assuré l’Intérieur, soulignant que « les deux mineurs présents dans le groupe sont restés en Espagne ».

Mercredi matin, 116 personnes étaient passées en force en escaladant la double barrière de Ceuta – haute de six mètres et hérissée de barbelés – alors que certains jetaient « sur les agents des récipients en plastique remplis d’excréments, de sang, de chaux vive et d’acide », selon la garde civile, qui avaient compté sept gardes-frontières blessés.

Les défenseurs des droits humains dénoncent

Sur Twitter, l’ONG Caminando Fronteras (Walking Borders) a, elle, qualifié l’opération d’« énorme violation des droits humains par le gouvernement espagnol ». Sa militante Helena Maleno a condamné une « expulsion collective » en disant, dans un tweet : « L’ONU l’interdit, le gouvernement espagnol l’applique ». Quand il était dans l’opposition, le parti socialiste espagnol condamnait vivement « les refoulements à chaud » des migrants.

En octobre 2017, la Cour européenne des droits de l’homme avait ainsi condamné l’Espagne pour avoir renvoyé immédiatement et collectivement vers le Maroc, sans aucune décision administrative ou judiciaire, des migrants arrivés dans l’enclave espagnole de Melilla. Les juges avaient souligné qu’ils n’avaient « pas eu la possibilité de s’exprimer sur leurs circonstances personnelles, ni d’être assistés par des avocats, des interprètes ou des médecins ».

Le porte-parole du ministère a assuré que la situation était cette fois très différente. « Le gouvernement n’a pas intérêt à pratiquer un refoulement massif illégal, attirant autant l’attention, ce serait une folie », a-t-il ajouté. Ceuta et Melilla présentent les seules frontières terrestres de l’Union européenne avec l’Afrique. Depuis le début de l’année, quelque 3 100 migrants y sont entrés, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Par ailleurs, plus de 25 000 migrants sont arrivés par la mer en Espagne en 2018, faisant de ce pays la première porte d’entrée de l’immigration clandestine en Europe, devant l’Italie et la Grèce.

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