Diplomatie

[Chronique] Donald Trump et le gouvernement sud-africain à tweets mouchetés

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

© Damien Glez

Dès le début de son mandat, Donald Trump avait donné le tempo d’une diplomatie du petit oiseau bleu. C’est donc par un tweet qu'il vient de déclencher un bras de fer diplomatique avec les autorités sud-africaines.

Par sa spontanéité lapidaire, le président américain a aboli le temps long des analyses géopolitiques subtiles. Par son goût des posts nocturnes, il abolit aussi le décalage horaire entre l’Amérique et l’Afrique. Et c’est au quart de tour que le gouvernement de Pretoria s’est offusqué d’un tweet que Donald Trump a tapoté mercredi soir.

Sur son réseau social favori, le 45e président des États-Unis se piquait de suivre la réforme agraire sud-africaine, indiquant qu’il venait de demander à son secrétaire d’État Mike Pompeo « d’étudier de près les saisies de terre et de fermes, les expropriations et les meurtres à grande échelle de fermiers en Afrique du Sud ».

La réponse du berger sud-africain à la bergère américaine ne s’est pas fait attendre, les autorités de Pretoria rétorquant que leur gestion de la question foncière était « prudente et inclusive ».

« Réparer l’injustice historique grave »

C’est à l’approche d’élections générales que le président sud-africain Cyril Ramaphosa, arrivé au pouvoir suite à la démission de Jacob Zuma, a relancé ce projet de réforme agraire destiné, selon lui, à « réparer l’injustice historique grave » commise pendant la période coloniale et l’apartheid. La minorité blanche qui représente 8% de la population d’Afrique du Sud possède, selon les autorités, 72% des fermes.


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« Blanc » : le mot cristallise cette nouvelle polémique « trumpienne » que ne nourrissent pas les seuls Africains. Si les compatriotes de Donald Trump l’invitent également, sur Twitter, à se documenter avant de jauger la politique foncière d’un autre pays, c’est que le chantre du « America first » ne semble se préoccuper du sort de telle ou telle minorité que lorsque celle-ci a l’épiderme clair.

L’outrance d’une formule comme « meurtres à grande échelle » devrait être proscrite de la communication politique

D’une part, Donald Trump n’emploie pratiquement jamais le nom « Afrique », sinon pour invectiver des contrées pourvoyeuses de migrants jugés indésirables. D’autre part, dans son propre pays, le locataire de la Maison-Blanche est accusé d’indulgence à l’égard de suprémacistes manifestement décomplexés depuis son élection.


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Bien sûr, nul ne conteste le premier amendement de la constitution américaine qui autorise une grande variété de discours. De même, nul ne nie la nécessité de manier avec prudence le levier de l’expropriation de fermiers, à l’heure où une nouvelle polémique raciale enflamme le Net sud-africain, après les récents propos racistes d’un vacancier caucasien.

Enfin, nul n’interdit tel ou tel État de s’émouvoir du sort de telle ou telle minorité, le gouvernement australien ayant récemment offert d’accueillir les agriculteurs sud-africains blancs « persécutés ».

Mais l’outrance d’une formule comme « meurtres à grande échelle » devrait être proscrite de la communication politique. Or Twitter, pour les vacanciers racistes comme pour les chefs d’État, n’est pas le meilleur ami de la pondération…

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