Société

Pirogue de migrants échouée à Dakar : « Le désir de voyage de notre jeunesse vers l’Europe est intact »

Des migrants partis des côtes libyennes attendent d'être secourus par l'ONG espagnol Proactiva Open Arms en mer Méditerranée, le 12 septembre 2017 (photo d'illustration). © Santi Palacios/AP/SIPA

Le 18 août, une pirogue transportant des migrants s’est échouée sur une plage du centre de Dakar. Pour Mamadou Dia, responsable associatif qui a rallié les îles Canaries sur une telle embarcation en 2006, cet incident rappelle les manquements des autorités sénégalaises et africaines en matière de lutte contre l’émigration clandestine.

L’image a fait la une des médias sénégalais. Une grande pirogue échouée sur la plage du Millénaire, sur la corniche ouest de Dakar, à bord de laquelle s’étaient massés plusieurs dizaines de migrants, avec probablement les îles Canaries pour destination.

Si l’incident n’a heureusement fait aucune victime, il a relancé le débat sur l’émigration clandestine au Sénégal. Après avoir bravé l’océan Atlantique sur une pirogue en 2006 pour rallier l’archipel canarien, Mamadou Dia a raconté son parcours agité dans son livre 3052 (en référence au nombre de kilomètres séparant Dakar de Murcie). Aujourd’hui dirigeant de l’ONG Hahatay, il répond aux questions de Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Avez-vous été surpris par l’échouage d’une pirogue de migrants sur une plage du centre-ville de Dakar, le 18 août ?

Mamadou Dia : J’ai été très surpris, mais aussi choqué que cela arrive en plein centre de Dakar. Cela n’était jamais arrivé. Je viens de Gandiol [un village sur la Langue de Barbarie, au sud de Saint-Louis], où nous avons été confrontés à ce genre d’événements à plusieurs reprises. C’est triste mais le fait que cela se passe à Dakar permettra peut-être que les autorités avancent enfin sur le sujet de l’émigration.

Nos autorités ne font qu’appliquer ce que les pays européens leur dictent

Selon les premiers éléments de l’enquête, cette pirogue a quitté la Gambie et longé la côte jusqu’à Dakar. N’est-ce pas le signe d’un manque de surveillance maritime au large du Sénégal ?

Il y a beaucoup de manquements au Sénégal, en particulier sur la politique migratoire. Aujourd’hui, un jeune Français peut aller au Sénégal le temps qu’il veut, pour passer des vacances ou travailler. Pourquoi nos jeunes n’ont-ils pas les mêmes possibilités en France ? Pourquoi ne sont-ils pas respectés de la même manière ? Pourquoi n’ont-ils pas droit aux visas qui leur permettraient de faire un voyage digne ?

En Afrique, nos politiques migratoires sont guidées par l’Europe. Nos autorités ne font qu’appliquer ce que les pays européens leur dictent. Si nos jeunes continuent à mourir en Libye, dans le désert ou en Méditerranée, c’est aussi parce qu’il n’y a pas de politique africaine intègre.

Les gardes-côtes espagnols descendent souvent vers le Sénégal

Assiste-t-on, comme certains le laissent entendre depuis cet incident, à une recrudescence des départs de pirogues de migrants pour les îles Canaries, comme ce fut le cas au milieu des années 2000 ?

Non, il n’y a pas d’augmentation. Il y a peut-être eu quelques pirogues qui sont parties ces dernières semaines, mais cela n’a rien à voir avec ce qu’on a vu au milieu des années 2000. Ce phénomène a beaucoup diminué. Aujourd’hui, les côtes sont très surveillées, ce qui rend le trajet beaucoup plus difficile. En 2006, il y avait chaque jour trois ou quatre pirogues qui partaient pour les Canaries. Aujourd’hui, il n’y en a même pas une par semaine, et encore.

Pensez-vous que ces chiffres pourraient repartir à la hausse avec le durcissement des contrôles en Libye ?

Je ne pense pas. Comme je vous l’ai dit, il y a beaucoup de surveillance. Les gardes-côtes espagnols descendent souvent vers le Sénégal. Nous avons par exemple des photos de bateaux de la Garde Civile espagnole près de l’île de Gorée, devant le port de Dakar.

Comment faire pour réduire l’émigration clandestine vers l’Europe ?

Le désir de voyage de notre jeunesse vers l’Europe est intact. Ils peuvent fermer la mer et mettre tous les moyens de surveillance qu’ils veulent, nos jeunes seront toujours à la recherche de nouveaux chemins de migration. Malheureusement, ces trajets sont de plus en plus difficiles et dangereux.

Le seul moyen de les convaincre de rester est de leur offrir une vie digne dans leurs pays. Et cela demande une politique engagée. Nos jeunes sont motivés. Ils sont actifs et veulent travailler. Il faut que nos autorités les accompagnent et les soutiennent, en leur proposant des projets concrets. Si elles ne le font pas, cette jeunesse, qui est la force de l’Afrique, continuera à la fuir pour mettre ses capacités et sa créativité au service de l’Europe.

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