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Marrakech, la ville où l’étranger est roi

Stars du show-biz, hommes politiques ou retraités, les Européens sont comme chez eux dans la « Perle du Sud » marocain.

Il y a le ciel bleu, le soleil et les palmiers. La mer ? Non, mais quand même une plage de sable fin au club de La Plage rouge ! Surnommée « la Perle du Sud » ou « la Ville ocre », Marrakech donne l’impression de ne plus vivre que par et pour le tourisme.
Dès l’arrivée à la Ménara, la cohue est indescriptible. L’aéroport est si souvent embouteillé qu’il a fallu procéder à la hâte à une extension – pas encore achevée – des terminaux 1 et 2. Sur le tarmac, les compagnies de charters (Aigle Azur, Atlas Blue, Air Méditerranée) se bousculent pour desservir plusieurs fois par semaine – voire par jour ! – les principales villes européennes : Paris, Bruxelles, Lyon, Madrid… On l’aura compris : le royaume a choisi la libéralisation du ciel. Mais aussi la libéralisation tout court. Les agents de la police des frontières sont ici particulièrement cool. À l’un d’eux qui s’enquiert de ma profession, je réponds : « journaliste », puis me crois aussitôt obligée de préciser : « mais je suis en vacances ». Les vieux réflexes du temps des années de plomb ont la vie dure ! « Vous êtes libre de venir au Maroc quel que soit le motif de votre séjour, professionnel ou touristique », me rétorque, mi-compréhensif mi-amusé, mon interlocuteur.
Tout commence en 1999. Dans Capital, la célèbre émission de la chaîne française M6, un reportage fait la démonstration que, pour le prix d’un modeste pavillon de banlieue, il est parfaitement possible d’acquérir un somptueux riad à Marrakech. Une véritable « déferlante gauloise » va s’ensuivre. Plus de cinq mille résidents permanents sont aujourd’hui immatriculés au consulat de France – qui ont d’ailleurs un peu tendance à vivre en vase clos. Parmi eux, beaucoup de retraités, mais aussi nombre de happy few : galeristes, architectes, décorateurs d’intérieur, restaurateurs, gérants de riads transformés en maisons d’hôtes… Les nouveaux arrivants ont beaucoup contribué à la réhabilitation de la ville historique et fait découvrir aux Marrakchis la notion de patrimoine architectural.
Golf et casino, bridge et équitation, les loisirs offerts par la cité impériale n’ont rien, bien sûr, de spécifiquement marocain. Ici, les mille et une nuits sont rythmées par la musique techno éructée par une ribambelle de discothèques, à l’instar de la chaîne franchisée Le Pacha, qui, après Marbella, Saint-Tropez et Ibiza, a ouvert une succursale à Marrakech. Le week-end, la jeunesse dorée marocaine y côtoie des figures de la jet-set internationale aussi bien que des cohortes de « touristes charters ». Même les hommes – et femmes – de pouvoir succombent au charme marrakchi. De Jean-Louis Borloo à Madonna et de Dominique Strauss-Kahn à Bernard-Henri Lévy ou à Thierry de Beaucé, nombre de dirigeants politiques, chefs d’entreprise, intellectuels médiatiques et célébrités du show-biz ont ici une résidence secondaire.
Le temps est loin où, dans les rues de Marrakech, l’on pouvait voir surgir un improbable palmier au beau milieu de la chaussée. Les routes sont désormais impeccablement goudronnées, les trottoirs soigneusement pavés et – fait probablement unique au Maghreb – abondamment fleuris. Avec ses innombrables bicyclettes, la Perle du Sud avait jadis des airs d’Amsterdam. Aujourd’hui, la circulation automobile est un enfer. Et l’urbanisation se poursuit à un rythme effréné, au point qu’une nouvelle ville est en train de surgir à côté de l’ancienne.
Dans les rues, les marchés et les magasins, les étrangers, qu’ils soient clients ou commerçants, sont désormais presque plus nombreux que les Marocains. Pour un peu, on se croirait en Europe ! Près de la place Djamâa el-Fna, au souk Semmarine, les marchands de tapis et autres bazaristes ont tendance à snober leurs compatriotes au profit de la clientèle étrangère. C’est bien connu : un roumi (« Occidental ») achète plus, marchande moins et, cerise sur le tagine, règle souvent ses achats en devises.
Certains s’en émeuvent et dénoncent une « nouvelle forme de colonialisme » – ce qui est sans doute excessif. Mieux vaudrait parler d’un nouveau cosmopolitisme, qui ravit d’ailleurs nombre de Marrakchis traditionnellement ouverts sur l’extérieur. Pourtant, la cohabitation entre autochtones et étrangers n’est pas toujours sans nuage. Il y a des tensions, des dérives. Les Marrakchis dénoncent en vrac la flambée des prix, la spéculation immobilière, le développement de la prostitution, du tourisme sexuel et du trafic de drogue. Nadia, une avocate, témoigne : « Un quartier de la prison de Marrakech a été baptisé quartier européen, tant les apprentis mafieux originaires du Vieux Continent y sont nombreux. »
Et les islamistes ? À la différence d’autres villes du royaume, le mouvement semble ici s’essouffler. À peine si l’on remarque quelques barbus et quelques femmes voilées dans la foule cosmopolite qui déambule dans les rues de la ville. « Si le danger islamiste était réel, les investisseurs étrangers ne se bousculeraient pas au portillon », estime le directeur d’un grand hôtel.
Etrangers ou marocains, les investisseurs créent des emplois et stimulent la consommation. N’est-ce pas le meilleur moyen d’éloigner le péril islamiste ?

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