Économie

Enfin le premier rôle pour Hassan Ouriagli

Né à Rabat en 1962, Hassan Ouriagli est diplômé de l'École polytechnique.

Né à Rabat en 1962, Hassan Ouriagli est diplômé de l'École polytechnique. © SNI

Ancien haut cadre de l’ONA, ce polytechnicien a participé activement à l’absorption du groupe par la SNI, en 2010. Il était donc tout désigné pour devenir le PDG du holding royal.

Après treize ans de bons et loyaux services, le puissant Hassan Bouhemou a quitté la tête de la Société nationale d’investissement (SNI), le premier groupe privé du Maroc, contrôlé par la famille royale. Et a laissé sa place à un autre Hassan, Ouriagli de son nom, 52 ans. La décision a été entérinée par les administrateurs du groupe, réunis le 30 septembre au siège casablancais du holding, rue d’Alger. « C’était un conseil ordinaire. La SNI est un groupe organisé, structuré. Le changement de dirigeant est un fait banal dans la vie d’une grande entreprise », assure un administrateur

La SNI veut se débarrasser d’une étiquette qui, à tort ou à raison, lui colle à la peau : celle de la « prédation économique ».

Vraiment ? C’est en tout cas le message que veut véhiculer le holding royal. En acceptant la démission de Bouhemou, qui voulait, d’après nos sources, « se libérer pour s’occuper d’affaires personnelles », le conseil d’administration de la SNI, qui compte parmi ses membres le très influent secrétaire particulier du roi, Mounir Majidi, entend tourner une page. Celle de la « prédation économique », une étiquette qui, à tort ou à raison, lui colle à la peau.

« Hassan Bouhemou a réussi à inscrire la SNI dans une nouvelle logique, celle d’un investisseur professionnel. Mais il n’a pas réussi à changer son image. Ce sera l’une des grandes tâches du nouveau président », confie une source proche des arcanes du pouvoir économique.

Maroc Parcours Hassan Ouriagli SNI JA2804« Le choix de Hassan Ouriagli répond à une logique claire : garantir une certaine continuité dans les affaires du groupe, tout en créant une rupture avec l’image qu’il véhicule », explique notre source. Polytechnicien, comme son prédécesseur, et diplômé des Ponts et Chaussées, Hassan Ouriagli connaît bien la SNI. « C’est un enfant de la maison. Il a été depuis 2004 un des hauts cadres de l’ONA, holding absorbé par la SNI en 2010« , rappelle l’un de ses dirigeants. Dans l’une des phases les plus cruciales de l’histoire du groupe, la fusion avec le holding royal, il était directeur général délégué.

Transition

Dès 2010, son prédécesseur, Hassan Bouhemou, a géré avec succès la phase de transition, de fusion, de sortie de la Bourse et de désengagement du secteur agroalimentaire. Ce vaste chantier a été couronné par la cession de joyaux industriels (autrefois détenus par l’ONA) comme Lesieur Cristal, Cosumar, Centrale laitière ou encore Biscuiterie du Moghreb (Bimo). Des anciennes vaches à lait toutes cédées à des groupes internationaux, comme les français Sofiprotéol et Danone, le singapourien Wilmar ou l’américain Mondelez.

Et le processus n’est pas encore achevé. La SNI compte également se séparer du producteur d’eaux minérales Sotherma et réduire sa présence dans le leader national de la finance, Attijariwafa Bank.

« L’objectif, à terme, c’est d’arriver à une configuration où la SNI jouera le rôle de simple investisseur détenant des positions minoritaires et s’éloignant le plus possible de la gestion quotidienne. Du moins dans les filiales matures ou très exposées médiatiquement. Le raisonnement est certes économique, mais surtout politique, puisqu’il vise à préserver l’image de la famille royale, souvent critiquée pour son poids important dans l’économie du pays », explique un homme d’affaires casablancais.

Selon lui, les actionnaires de la SNI ont sans doute compris que le changement devait être achevé par un nouveau PDG : « Hassan Bouhemou a été derrière la théorie des champions nationaux, qui a fait du groupe une véritable machine de guerre. Il ne pouvait pas incarner le changement de philosophie et d’image. »

>>> Les entreprises marocaines à la conquête de l’Afrique : une stratégie royale

Locomotive

Ouriagli va-t-il transformer le holding royal en un mégafonds d’investissement ? Pas vraiment. Car si le retrait de domaines stratégiques comme l’agroalimentaire, la banque et la finance est acté, la SNI ne veut pas se défaire de son rôle de locomotive du secteur privé marocain.

La stratégie dessinée en 2010 est assez claire à ce sujet : la SNI sort des secteurs traditionnels mais va continuer d’investir massivement dans des domaines à fort potentiel de développement comme l’immobilier avec Onapar, les télécoms avec Wana, la grande distribution avec l’ensemble Marjane-Acima ou encore les énergies renouvelables, portées par le holding Nareva.

À terme, la SNI ne devrait jouer qu’un rôle de simple investisseur.

Des « relais de croissance », selon l’élément de langage utilisé par les managers du holding, que le nouvel homme fort de la SNI connaît très bien pour avoir animé pendant de longues années la stratégie financière de l’ex-ONA.

« Hassan Ouriagli a été très impliqué dans le lancement de ces nouvelles activités, amorcé au milieu des années 2000. Il a été en particulier derrière toutes les grandes opérations de financement structuré de ces filiales, comme le prêt syndiqué de 3 milliards de dirhams [plus de 265 millions d’euros] obtenus par l’opérateur Wana en 2008 », signale un ancien haut cadre du groupe.

Dépeint par ses proches comme un « brillant financier » et un « manager habile », cet ancien directeur associé du cabinet Ernst & Young (aujourd’hui EY) en France a l’expérience nécessaire pour réussir dans ses nouvelles missions. Et son dernier passage à Optorg, une filiale parisienne de la SNI, plaide pour lui. Spécialisée dans la distribution automobile et d’engins industriels et présente dans une vingtaine de pays africains, elle a connu un développement fulgurant sous sa houlette. Dès sa nomination à la tête de cette entreprise presque centenaire, en 2011, il a filialisé ses activités et lui a donné un nouveau souffle. Preuve par les résultats : Optorg a engrangé en 2013 un chiffre d’affaires de 861 millions d’euros, en croissance de plus de 42 % par rapport à 2011.

Arcanes

Son passage en France lui a donné l’opportunité de montrer ses talents de manager, de leader, lui qui a longtemps joué les seconds rôles dans les arcanes du groupe royal. Et l’a surtout préservé des différends qui ont agité la SNI ces derniers mois. « C’est un secret de polichinelle, confie un connaisseur des coulisses du groupe royal. Les relations entre Mounir Majidi et Hassan Bouhemou se sont fortement détériorées dernièrement. Ouriagli a été loin de tout ça, et c’est sans doute ce qui a favorisé son ascension. »

 

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