Politique

RDC – Moïse Katumbi  : « Dans tous les cas, je rentrerai dans mon pays »

Moïse Katumbi, alors gouverneur du Katanga, lors d'une visite de la minoterie Africa Milling Congo Company, à Kinsevere, près de Lubumbashi, le 21 février 2015. © Gwenn Dubourthoumieu pour Jeune Afrique

Après Jean-Pierre Bemba, l'opposant en exil Moïse Katumbi s'apprête lui aussi à revenir en RDC pour déposer sa candidature à la présidentielle. Y parviendra-t-il ? En tout cas, son retour permettrait de cerner davantage l'état des rapports de force sur le terrain.

Au moment où nous écrivons ces lignes, le jet privé de Moïse Katumbi, en transit en Afrique du Sud, n’avait toujours pas obtenu l’autorisation de survol du territoire congolais. « C’est très tendu », reconnaissait alors le député Delly Sesanga, secrétaire générale de sa plateforme électorale « Ensemble pour le changement », qui suit le dossier auprès de l’Autorité de l’aviation civile (ACC), à Kinshasa.

À l’en croire, « c’est depuis le 28 juillet que la compagnie exploitante [celle qui gère l’avion de Moïse Katumbi] est entrée en contact avec l’ACC, notamment par des échanges de mails ». Mais comme les démarches piétinent, il a été chargé d’approcher les autorités de cette structure publique qui a entre autres pour mission « d’ administrer, de réglementer et de superviser la sécurité et la sûreté de l’aviation civile en RDC ». Puisque, légalement, c’est elle qui décide de la délivrance ou non de l’« accord de survol » du territoire national.

Katumbi charge Kalev

Depuis l’Afrique du Sud où il s’impatiente, Moïse Katumbi dit savoir pourquoi sa requête n’avance pas. « Un peu comme à l’époque de Nicolae Ceaușescu, en Roumanie, c’est Kalev Mutond, patron de l’Agence nationale de renseignement (ANR), qui bloque la procédure, car c’est lui qui délivre, en réalité, ces autorisations de survol du territoire national congolais », dénonce le dernier gouverneur du Katanga.

« Dans tous les cas, je rentrerai demain [vendredi 3 août] dans mon pays », maintient Moïse Katumbi qui assure détenir déjà les accords de survol de tous les autres États, de l’Afrique du Sud jusqu’en Zambie, en passant par le Botswana et le Zimbabwe. Son jet privé devrait atterrir à 9 heures à l’aéroport de la Luano, à Lubumbashi, dans le sud du pays.

Mon arrestation, telle que décidée par Kalev Mutond, ne serait qu’arbitraire

Sur place, des avocats de Moïse Katumbi s’affairent déjà devant le parquet général pour essayer d’invalider un « mandat de prise de corps » qui attendrait leur client, si ce dernier parvenait à fouler le sol congolais. « Aujourd’hui, le dossier dans lequel j’ai été injustement condamné [à trois ans de prison ferme, dans l’affaire Stoupis, ndlr], se trouve devant la Cour suprême de justice. Et celle-ci a pris un arrêt censé suspendre la sentence du premier juge, en attendant de confier l’affaire à un autre tribunal », rappelle Moïse Katumbi. « Dans ces conditions, mon arrestation, telle que décidée par Kalev Mutond qui instrumentalise la justice congolaise, ne serait qu’arbitraire », conclut-il.

De son côté, l’autre opposant, Jean-Pierre Bemba, profite de son séjour à Kinshasa pour déposer ce jeudi sa candidature à la présidentielle, prévue le 23 décembre. « Son accueil phénoménal hier [1er août] par les Kinois traduit l’ampleur du rejet du système en place », explique Jean-Jacques Mbungani, un de ses proches.

À Kinshasa, la guerre des nerfs est déclarée

Dans une capitale réputée très hostile au président Joseph Kabila, le sénateur Jean-Pierre Bemba a démontré en effet qu’il y est resté populaire. Et ce, malgré les onze ans d’absence dont dix passées en détention, dans la prison de Scheveningen, à La Haye. C’est donc un nouveau candidat sérieux qui se présente pour la course à la présidentielle.

Comme envers Moïse Katumbi, le camp Kabila prépare sa riposte et dévoile petit à petit sa stratégie. Oubliez la courtoisie de départ des autorités congolaises à l’endroit de Jean-Pierre Bemba – passeport diplomatique promptement délivré, retour au pays autorisé -, l’heure est désormais à la guerre des nerfs.

La police lui a interdit, dès son arrivée à Kinshasa, l’accès à sa résidence familiale, située à La Gombe. Prétextant que la maison se trouve dans le quartier présidentiel. « Jean-Pierre Bemba s’est endormi sur un fauteuil dans la concession de son défunt père », témoigne un membre de son entourage.

Quels gros poissons face au dauphin de Kabila ?

Et, depuis quelques jours, c’est son éventuelle inéligibilité – du fait de sa condamnation pour subornation de témoins par la CPI – qui alimente les conversations dans les officines politiques. Là encore, l’hypothèse est soutenue par plusieurs caciques de la Majorité présidentielle (MP). La question se réglera sans doute devant la Cour constitutionnelle, très fraîchement reconstituée, avec la nomination, entre autres, de Me Norbert Nkulu, fin stratège et ancien conseiller de Kabila. Pas sûr que Jean-Pierre Bemba, ancien chef rebelle, se laisse faire.

Autre candidature mise en mal, celle de Moïse Katumbi, très apprécié dans l’Est, ex-Katanga compris. Après la disparition de l’opposant historique Étienne Tshisekedi et avant l’acquittement surprise de Jean-Pierre Bemba, l’homme d’affaires et président du célèbre TP Mazembe était considéré comme le plus redoutable des prétendants à la magistrature suprême. Il fait face depuis deux ans à plusieurs ennuis politico-judiciaires. Des « mascarades », selon des évêques catholiques, médiateurs des derniers pourparlers politiques à Kinshasa.

Si Moïse Katumbi parvient à rentrer et à déposer son dossier à la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), il pourra entamer sereinement des tractations qui s’annoncent au sein de l’opposition. Le principal enjeu de ces discussions : se trouver un candidat commun face au dauphin (qui n’est toujours pas désigné) de Joseph Kabila. Seul moyen, pour les opposants, de ne pas émietter leurs voix pour un scrutin présidentiel à un tour.

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte