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Cet article est issu du dossier «Cameroun : les véritables victimes de la crise anglophone»

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Elections

Présidentielle au Cameroun : le dispositif sécuritaire, grande inconnue du scrutin en zone anglophone

Des policiers lors d'une manifestation à Buea, en octobre 2017. (archives). © REUTERS TV/File Photo

Alors que les candidatures pour l'élection du 7 octobre viennent d'être officialisées et que la campagne est censée s'ouvrir le 24 septembre, la situation sécuritaire en zone anglophone, où plusieurs dizaines de milliers de personnes sont considérées comme « déplacées internes », alimente des craintes sur le bon déroulement du processus électoral.

À deux mois de la présidentielle camerounaise, une inconnue de taille demeure. La crise qui ronge depuis novembre 2017 la zone anglophone du Cameroun, où les combats entre groupes séparatistes armés et forces de sécurité ne cessent de s’intensifier, jette un grand flou sur le déroulement du scrutin dans la région.

Selon les chiffres de l’OCHA, le bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU, il y aurait plus 160 000 déplacés en région anglophone et quelques 21 000 réfugiés au Nigeria voisin, dans les États de Cross River et Benue.

« La majorité des déplacés est dans le sud-ouest du Cameroun, dans les terres à l’extérieur de Buea », précise Modibo Traore, chef de l’OCHA au Cameroun. Fin juin, un document officiel rapportait que 81 militaires et policiers avaient été tués depuis le début du conflit en zone anglophone. Un bilan qui s’est alourdi, depuis.

Source : OCHA

Confiscation des cartes d’électeurs

Depuis le début de la crise, en octobre 2017 après la proclamation de la « République d’Ambazonie » par les séparatistes, ceux-ci ont multiplié les opérations « villes mortes ». Restaurants, marchés et entreprises fermés, établissements scolaires boycottés… Le mot d’ordre des groupes séparatistes se heurte ces derniers temps à une riposte des élus locaux. À Buea, le maire Patrick Ekema a même décidé de placer sous scellés les enseignes qui restent fermées et respectent ces consignes.

« Ces opérations vont se poursuivre et s’intensifier à l’approche du vote, d’autant que le 1er octobre marquera l’anniversaire de la déclaration d’indépendance des ambazoniens. La population a peur de représailles si elle se rend aux bureaux de vote. À certain check-point des séparatistes, les groupes confisquent les cartes d’électeurs des déplacés. Ils interceptent aussi des cartes d’identité et découpent la partie du haut, avec le drapeau… Le message est clair », explique Modibo Traore.

« Ils s’attaquent à tous les symboles de l’État camerounais et joue sur la peur des déplacés pour perturber le vote », confirme un Camerounais qui agit sur le terrain en zone anglophone.

« Les mesures sécuritaires appropriées sont prises »

Quid, donc, des mesures de sécurité pour assurer le vote dans la région ? Yaoundé a jusqu’à présent très peu communiqué sur la situation. « Rien ne présage d’un péril majeur de nature à perturber le processus dans sa globalité. Toutes les mesures sécuritaires idoines sont prises », assure sobrement une source sécuritaire à Buea. « Tous les candidats en campagne bénéficieront du même niveau de sécurité », ajoute-t-il.

Chaque personne qui sera inscrite sur liste électorale, déplacée ou pas, pourra aller voter

Même son de cloche du côté de l’armée. « La campagne va se dérouler sur l’ensemble du territoire », promet Dider Badjeck, porte-parole de l’armée camerounaise. « Nous sommes prêt à relever le défi sécuritaire avec professionnalisme », poursuit-il.

Dans un communiqué publié le 28 juillet le Social Democratic Front (SDF), principale formation d’opposition dont le fief est à Bamenda, dans le nord-ouest anglophone, a pressé à Elecam, l’agence chargée du processus électorale, « d’informer les Camerounais des dispositions prises pour résoudre le problème du vote des réfugiés et déplacés internes ».

Logiques inverses

« Ce n’est pas compliqué : chaque personne qui sera inscrite sur liste électorale, déplacée ou pas, pourra aller voter », assure un membre d’Elecam.

Quelques jours après la publication d’un rapport très critique d’Amnesty international, le gouvernement a annoncé fin juin un plan humanitaire d’urgence de 12,7 milliards de francs CFA (près de 20 millions d’euros). Dans son rapport, l’ONG décrivait une population « prise entre deux feux, entre le marteau et l’enclume : entre les violations des droits de l’homme et les crimes commis par les forces de sécurité et la violence des séparatistes armés qui s’en prennent également aux citoyens ordinaires ».

« Pour l’instant je n’ai pas de réponse sur les modalités du déroulement du scrutin dans la zone anglophone », conclut Modibo Traoré de l’OCHA. « Le gouvernement semble dans l’optique que tout le monde sera rentré d’ici le jour du vote. De leur côté les groupes armés tiennent la logique inverse. Ils sont déterminés à paralyser le processus et assurent qu’il n’y aura pas de vote dans la région ».

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