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Cet article est issu du dossier «Cameroun : les véritables victimes de la crise anglophone»

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Société

Cameroun : la lutte contre les « villes mortes » suscite la grogne à Buea

Un poste de contrôle sur la route Douala - Buea, à quelques kilomètres de la ville, durant l'opération "ville morte" fin juillet 2018. © Franck Foute pour JA

Après avoir placé sous scellés les entreprises respectant la consigne de « ville morte », imposée par les sécessionnistes anglophones, le maire de Buea a décidé d’interdire la circulation des motos-taxis. Des voix s’élèvent au sein de la population pour dénoncer ces décisions.

Cela fait près d’une semaine que Peter* a été contraint de cesser ses activités. Ce jeune entrepreneur de 35 ans, propriétaire d’une PME située au quartier Malingo à Buea, fait partie de la longue liste des commerçants dont les bureaux ont été scellés par Patrick Ekema, le maire de la ville. L’autorité municipale leur reproche de respecter le mot d’ordre de « ville morte » imposé par les militants sécessionnistes dans les deux régions anglophones du pays. Un mouvement de revendication pacifique, qui se répète à chaque début de semaine.


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Le maire de Buea s’est en effet lancé, depuis le lundi 23 juillet dernier, dans une lutte contre les « villes mortes » dans sa cité. Après plusieurs mises en garde, Patrick Ekema a fait placer sous scellés les portes des enseignes restées fermées ce jour-là.

Franck Foute pour JA

Ville fantôme

Déterminé, il a de nouveau poursuivi son action ce lundi 30 juillet dans les quartiers qui n’avaient pas été explorés lors de sa première descente. Ainsi, les entreprises et commerces situés à Sandpit, Bakweri hall et autre Bonduma, ont rejoint ceux de Molyko, Malingo et UB Junction sur la liste des établissements clos.

Si mon entreprise venait à être détruite, je ne sais pas comment je survivrai », affirme un entrepreneur

Mardi, les principales artères de la ville de Buea avaient des allures de ville fantôme. Seules rues épargnées : celles que les maires et son équipe n’avaient pas encore visitées, notamment celles situées à l’intérieur des quartiers. Une situation loin d’être appréciée par la population, qui ne manque pas de le dénoncer. « Nous ne fermons pas nos commerces parce que nous le désirons. Mon entreprise représente l’ensemble de mes économies. Si elle venait à être détruite, je ne sais pas comment je survivrai », affirme ainsi Peter, la mine inquiète.


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Dans les rues de la ville, les incidents survenus le 9 juillet restent gravés dans les mémoires. Ce jour-là, cinq cars des transports interurbains avaient été incendiés à Mile 17, le quartier où se trouve la gare routière. S’en était suivi des affrontements entre forces de sécurité et militants sécessionnistes, faisant plusieurs morts dans les deux camps. Ce geste avait été attribué aux sécessionnistes, qui réagissaient au refus de certains citoyens, ayant suivi les appels du maire Ekema, de cesser leurs activités le lundi.

La peur des représailles persiste

« Les sécessionnistes n’attaquent pas la population. Mais si vous ne respectez pas ce qu’ils vous disent, vous subirez des représailles », explique à Jeune Afrique un journaliste sous couvert d’anonymat.

Intransigeant, Patrick Ekema promet cependant de poursuivre ses descentes dès le lundi 6 août prochain, avec la reprise de l’opération « ville morte ». Le maire de Buea a par ailleurs décidé d’interdire la circulation des motos-taxis, « pour des raisons sécuritaires », explique-t-il. S’il a levé le mardi 31 juillet les mises sous scellés, permettant ainsi à des PME qui n’avaient pas pu reprendre leurs activités depuis la semaine dernière de rouvrir le mercredi matin, les motos-taxis manquaient néanmoins toujours à l’appel. « Ces décisions ne peuvent pas arranger la situation, sinon plonger d’avantage les populations dans les difficultés », affirment une vendeuse du marché de Buea.

Des pertes de 5 à 50 %

Le coût économique de la crise sociopolitique qui affecte les régions anglophones du Cameroun depuis bientôt deux ans n’a pas encore été établi. Certaines entreprises refusent de communiquer leurs pertes éventuelles. Les spécialistes s’accordent cependant à dire que l’économie de ces zones en est fortement impacté. Le président du Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam), Célestin Tawamba, a récemment parlé d’une perte de 5 % pour certains établissements bancaires et jusqu’à 50 % pour des entreprises de distribution.

À la Cameroon Development Corporation (CDC), une entreprise agro-industrielle – premier employeur de la région – la production de bananes est passée de 26 840 tonnes au premier trimestre 2017 à 11 631 tonnes seulement à fin mars 2018.

*le prénom a été modifié

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