Politique

RDC : Jean-Pierre Bemba de retour à Kinshasa dans une ambiance électrique

Jean-Pierre Bemba, juste après son arrivée à l'aéroport de Kinshasa, mercredi 1er août 2018. © REUTERS/Jean Robert N'Kengo

Jean-Pierre Bemba, ancien vice-président congolais, a atterri mercredi à l'aéroport de Kinshasa après plus de onze ans d'absence en RDC, où il veut déposer dès jeudi sa candidature à la présidentielle. Plusieurs milliers de personnes l'attendaient, dans une ambiance électrique.

Onze ans après avoir quitté le pays, cette fois, Jean-Pierre Bemba est de retour. Arrivé dans la matinée à l’aéroport de N’Djili, l’ancien vice-président congolais n’est finalement arrivé dans l’une de ses résidences qu’en fin d’après-midi. Entre-temps, son périple aura électrisé la capitale congolaise, entre foules en liesses, déploiement massif de forces de sécurité, rumeurs et gaz lacrymogènes.

Arrivé à 8h50, heure locale (9h50, heure de Paris), Jean-Pierre Bemba a quitté l’aéroport un peu plus d’une heure plus tard. Sous bonne escorte policière, son cortège – un comité restreint notamment composé d’Eve Bazaiba, la secrétaire générale du MLC, de Jean-Pierre Lisanga Bonganga, le ministre des Relations avec le Parlement, d’une délégation de sénateurs de son parti, dont Jacques Djoli, ainsi que son épouse -, a commencé à se frayer un passage au travers d’une foule compacte.

Ils sont en effet plusieurs milliers à être venus accueillir Jean-Pierre Bemba à la sortie de l’aéroport international de N’Djili, à Kinshasa. Plus de 100 000 personnes étaient présentes selon Fidèle Babala, le porte-parole du MLC. Dans la foule, des militants du Mouvement de libération du Congo (MLC), le parti de l’ancien vice-président, mais aussi des drapeaux d’« Ensemble », le mouvement de Moïse Katumbi. Si la foule scandait le nom de Bemba, de nombreux slogans hostiles à la Cour pénale internationale (CPI) se sont également fait entendre. La foule augmentait au fur et à mesure que le cortège de Bemba s’éloignait des installations aéroportuaires.

Gaz lacrymogènes

Après avoir progressé lentement dans cette marée humaine pendant un peu plus d’une heure, le cortège a subitement accéléré, vers 12h30. La police a tiré des gaz lacrymogènes pour disperser la foule et ouvrir le passage. Le véhicule à bord duquel se trouvait Bemba, encadré de véhicules des forces de sécurité, a alors rapidement accéléré.

Après une période de flottement concernant sa destination finale, au cours de laquelle des responsables de son parti se sont même inquiétés, Jean-Pierre Bemba est arrivé quelques minutes plus tard au siège provincial du MLC, sur l’avenue de l’Enseignement, en face du stade des Martyrs de Kinshasa.

Là encore, une foule impressionnante l’attendait, de plus en plus de militants convergeant devant le bâtiment à mesure que les minutes passaient. Vers 14h30, Bemba est apparu brièvement à la fenêtre du siège du bâtiment du MLC. Les deux mains en l’air, il a adressé un salut d’au revoir à la foule, qui a commencé à quitter les lieux pour se diriger vers la place Assanef, près de la Cathédrale de Kinshasa, point de rendez-vous fixé aux militants.

Sur place, la situation était très tendue. Un très important dispositif policier avait été déployé. De nombreuses personnes étaient également sur place, pour attendre l’arrivée de Jean-Pierre Bemba, ou attroupées le long de l’avenue du 24-Novembre, pour suivre ensuite son convoi.

Arrivé sur place, le convoi de Jean-Pierre Bemba a d’abord été stoppé par les forces de sécurité, et des négociations se sont engagées avec les responsables de la police, qui ont accepté de laisser l’ancien vice-président entrer dans la commune de Gombe, où se trouve l’une de ses résidences – mais pas celle se trouvant à proximité du palais présidentiel, comme le souhaitait Bemba à l’origine -, à condition de fouiller le véhicule.

C’est donc entouré d’une petite délégation que l’ancien vice-président congolais, notamment accompagné de son épouse, a fini par clore son long périple dans la capitale congolaise.


>>> A LIRE – Retour de Bemba en RDC : quel comité d’accueil à Kinshasa ?


Présent à l’aéroport lors de l’arrivée de Bemba, le matin, Jean-Pierre Lisanga Bonganga, le ministre des Relations avec le Parlement, a confié à Jeune Afrique avoir tenu à être présent « pour des raisons protocolaires ». « C’est un fils du pays qui rentre chez lui, et ce n’est que normal que ce soit un moment joyeux pour les Congolais, et tout cela fait avancer la démocratie dans notre pays », a ajouté le ministre, qui se revendique toujours de l’opposition.

Et d’ajouter, avant de quitter les lieux sans suivre la suite du périple : « Au niveau de l’opposition, c’est le seul à être allé aux élections par deux fois. Il est allé au premier tour. Il est allé au deuxième tour. Il a été vice-président de la République. Je pense que c’est un candidat de valeur pour l’opposition. »

REUTERS/Kenny Katombe

Craintes sécuritaires

« En route vers la terre de mes ancêtres, ma patrie », avait twitté dans la nuit de mardi à mercredi l’ex-vice-président, 55 ans, un message accompagné d’une photo le montrant en train de montrer à bord d’un jet privé en Belgique.

Par crainte de débordements, un important dispositif policier a été déployé avant son arrivée mercredi matin – jour férié en RDC – sur les grandes artères de la ville et près du siège du parti de Jean-Pierre Bemba, le Mouvement de libération du Congo (MLC).

Les autorités congolaises souhaitaient que Jean-Pierre Bemba traverse la capitale à 40 km/heure, une vitesse bien trop rapide selon ses proches pour saluer la foule qu’ils espèrent nombreuse sur les 25 km séparant l’aéroport du centre-ville. Les forces de sécurité ne souhaitaient pas non plus que l’ex-vice-président se rende dans sa résidence familiale, située à proximité immédiate de celle de Joseph Kabila, comme le souhaitaient pourtant son parti et ses proches. La police a annoncé dans un communiqué avoir conduit Bemba dans un « hôtel la Gombe en attendant d’autres dispositions utiles ». Jusqu’à 20h GMT, pourtant, le riche homme d’affaires était coincé dans un domaine de sa « sœur [dans le quartier GB] où il n’y a pas de chambre à coucher », a indiqué à Jeune Afrique Fidèle Babala, le porte-parole du MLC.

Dépôt de candidature dès jeudi

Jean-Pierre Bemba doit déposer dès jeudi son dossier de candidature à l’élection présidentielle prévue le 23 décembre 2018, avant de se rendre samedi dans son fief familial de Gemena (nord-ouest) sur la tombe de son père, homme d’affaires très influent à l’époque de Mobutu.

Condamné à dix-huit ans de prison pour crime contre l’humanité par la CPI, Jean-Pierre Bemba avait été acquitté en juin et remis en liberté provisoire et conditionnelle.

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