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Elections

Présidentielle au Mali – Tiébilé Dramé : « Le gouvernement veut organiser un huis-clos de la fraude »

Tiébilé Dramé (Mali), ancien ministre malien, président du Parti pour la renaissance nationale (Parena). © Vincent Fournier/JA

À la veille du scrutin présidentiel au Mali, la polémique sur le fichier électoral ne désenfle pas. Tiébilé Dramé, directeur de campagne de Soumaïla Cissé, revient sur les discussions en cours avec le gouvernement.

En ce dernier jour de campagne présidentielle, le QG de campagne de Soumaïla Cissé, à ACI 2000, ne désemplit pas. Face au bâtiment blanc et vert, un camion, sur lequel sont juchées des baffles, diffuse de la musique. Partout, des portraits de « Soumi champion », en boubou et bonnet blanc, sourire aux lèvres.

Tiébilé Dramé, président du Parti pour la renaissance nationale (Parena) et directeur de campagne du chef de file de l’opposition, principal challenger de Ibrahim Boubacar Keïta, n’a pas une minute à lui.

C’est lui qui, le 20 juillet, a été le premier à évoquer l’existence d’un fichier « parallèle », accusant le gouvernement de « préparer des fraudes ». Jeudi, le Premier ministre, Soumeylou Boubeye Maïga, a rencontré des mandataires de candidats à la présidentielle afin de tenter une sortie de crise. En vain. Une dizaine d’entre eux, dont le représentant de Soumaïla Cissé, ont quitté la salle.

Le temps de l’interview, Tiébilé Dramé s’extrait quelques minutes de l’atmosphère survoltée du QG de campagne pour nous recevoir dans le calme de sa salle de réunion. Il revient pour JA sur les points discorde entre le gouvernement et les candidats avant la présidentielle du 29 juillet.

Jeune Afrique : Pourquoi avez-vous décidé de quitter la rencontre avec le Premier ministre, jeudi soir ?

Tiébilé Dramé : Cela fait une semaine que nous disons au Premier ministre que nous n’allons pas nous contenter de mesures techniques. Des solutions politiques s’imposent pour gérer les conséquences de la crise du fichier électoral. Il s’agit de rétablir la confiance des acteurs politiques dans le processus électoral, car elle a été ébranlée par la découverte d’irrégularités, d’anomalies et d’incohérences sur le fichier électoral mis en ligne.

Pour ce faire, il faut réunir les candidats ou leurs représentants, le ministre et les organes chargés d’organiser les élections (CENI et DGE) et les représentants de la communauté internationale.


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Ils ont traîné les pieds jusqu’à hier [jeudi, NDLR], lorsqu’ils ont vu que le camp de Soumaïla Cissé n’était pas seul : 22 candidats ont signé un communiqué pour inviter le chef du gouvernement à organiser cette réunion de haut niveau.

Mais puisqu’ils n’ont pas de réelle volonté politique d’avancer, ils ont émis un avis de réunion pour inviter les mandataires des candidats à rencontrer le Premier ministre. Ces derniers ont répondu à l’invitation, puisqu’ils sont respectueux de l’autorité. Mais ils ont expliqué au Premier ministre que tout mandataires qu’ils sont, ils n’avaient pas mandat à discuter de questions qui peuvent permettre le rétablissement de la confiance. Ils ont donc invité le Premier ministre à réunir de toute urgence les candidats en présence de la communauté internationale.

Mais à deux jours du scrutin, n’est-il pas tard pour ce genre d’initiative ?

C’est une question qu’il faut poser au gouvernement. C’est eux qui ont été pris la main dans le sac. C’est à eux de prendre les décisions qui s’imposent et de rassurer les acteurs politiques.

Cela fait une semaine déjà que j’ai rencontré le Premier ministre dans une démarche républicaine, constructive et responsable pour porter à sa connaissance les constatations que nous avions faites sur le fichier électoral mis en ligne…

Que ferez-vous s’il n’y a pas de solutions d’ici le jour du vote, dans deux jours ?

Nous continuons à faire confiance à la sagesse de ceux qui dirigent le pays, afin qu’ils ne créent pas les conditions d’une instabilité supplémentaire. Nous faisons également confiance à la communauté internationale qui est au chevet du Mali depuis six ans. L’ONU, l’UA, la Cedeao, l’UE et les chefs des missions d’observation sont en ce moment en réunion et on espère qu’ils sauront parler au gouvernement afin qu’il y ait un dialogue.


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Le gouvernement, lui, insiste sur le fait que le fichier audité est bel et bien celui qui a servi à imprimer les cartes d’électeurs. Pourquoi ne pas le croire ?

Quand on est pris la main dans le sac, on doit faire preuve d’un peu d’humilité. Ils ont été pris la main dans le sac, en train de frauder. Et heureusement que cela a été découvert à temps.

Il ne suffit pas seulement de confronter les deux fichiers. Pour nous, il faudrait aussi nettoyer le fichier et le logiciel utilisé pour s’assurer qu’il n’y a pas d’entourloupe. Nous voulons la présence des observateurs internationaux à toutes les étapes de la centralisation des résultats.

Nous avons demandé le 20 juille au Premier ministre de nous fournir le bon de commande et bordereau de livraison des cartes, nous les attendons encore

Lorsque le Premier ministre nous a dit que le fichier audité était bien celui qui a servi à la fabrication des cartes, nous lui avons demandé de nous fournir le bon de commande et bordereau de livraison des cartes. Depuis le 20 juillet, nous les attendons encore. A la place, ils nous proposent d’organiser un voyage à Paris pour voir l’imprimerie nationale de France qui détiendrait l’original du fichier ! Ce qui est très grave car notre loi électorale stipule que l’original du fichier doit être détenu par la DGE.


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Quels sont les autres points de blocage, selon vous ?

La question des procurations est très importante. Lorsqu’on augmente le nombre d’électeurs de manière fictive, en créant des doublons, quadruplons ou même quintuplons, il faut des procurations pour pouvoir les faire voter.

La loi encadre bien ce volet, mais ils veulent le libéraliser afin de mettre en œuvre leur plan de fraude. Dans un communiqué publié le 26 juillet, le ministère de l’Administration territoriale expliquait qu’il n’était pas nécessaire d’être dans le même bureau de vote pour être mandataire, mais uniquement de la même commune, ambassade ou consulat…


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Nous voudrions que la procuration soit limitée, comme la loi le dit, aux personnes votant dans le même bureau. Et nous apprenons que les procurations sont en train d’être délivrées à la pelle dans le pays.

Nous voulons aussi discuter du vote dans les zones d’insécurité. Nous avons une liste d’environ 80 localités où il n’y a pas de représentants de l’État et une liste de villages qui à ce jour n’ont pas reçu de cartes d’électeurs. Comment le vote va-t-il s’y dérouler ?

Le gouvernement souhaite que le vote, en particulier dans le centre, où il y a plus d’un million d’électeurs, soit laissé à sa discrétion pour organiser un huis-clos de la fraude.


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Faut-il craindre des contestations au lendemain du scrutin si des solutions ne sont pas trouvées ?

Une élection, c’est la confiance des acteurs dans le processus et le consensus sur les règles du jeu. S’ils veulent n’en faire qu’à leur tête, ils exposent inutilement le pays à des contestations.

Et si votre candidat remportait l’élection ?

C’est eux qui ont créé les problèmes, pas nous. Notre candidat gagnera, car il y a une soif d’alternance. Il y a une ferveur, une mobilisation populaire extraordinaire. Les maliens ont quitté IBK ! C’est pour cela qu’ils multiplient toutes ces manœuvres. Grâce à Dieu, nous l’avons découvert. Sinon, nous serions passés pour des mauvais perdants.

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