Économie

L’OIF au chevet des médias francophones

Du 8 au 10 octobre, l’Organisation internationale de la francophonie organise une conférence sur l’avenir des médias francophones à Montréal. Au-delà de sa mission culturelle, l’institution affiche sa volonté de faire entendre sa voix en matière de diplomatie économique.

Mis à jour le 8 octobre 2014 à 16:10

En 2050, 85 % des 750 millions de francophones vivront en Afrique. © OIF

L’Organisation internationale de la francophonie (OIF) ouvre le 8 octobre à Montréal une conférence de trois jours sur l’avenir des médias francophones. Nouveaux usages des médias, mutations technologiques, potentiel du marché francophone, une soixantaine professionnels venant de 18 pays sont attendus pour participer aux débats.

Le secteur de l’audiovisuel sera largement représenté avec la participation annoncée de Louis Lalande, vice-président de Radio Canada, d’Yves Bigot, directeur général de TV5 Monde, de Marie-Christine Saragosse, PDG de France médias monde, d’Ahmadou Bakayoko, directeur général de la Radio télévision ivoirienne ou encore d’Ismaëla Sidibé, PDG d’Africable. Du côté de la presse écrite, on notera également la présence d’Abdelmounaïm Dilami, président du groupe marocain l’Economiste ou de Layma de Freige, administratrice déléguée du Groupe libanais L’Orient-le jour.

« L’OIF se préoccupe de la question des médias depuis plus de 20 ans » rappelle son administrateur Clément Duhaime.

Soutien aux médias

« L’OIF se préoccupe de la question des médias depuis plus de 20 ans » rappelle son administrateur Clément Duhaime.

En 1998, l’institution francophone a notamment mis en place un fonds d’aide à la presse qui, à ce jour, a distribué environ 5 millions d’euros à 150 journaux du Sud.

« Nous avons connu quelques échecs, mais la plupart des titres qui ont profité de nos aides sont aujourd’hui leader sur leur marché », complète Tidjane Dioh, chargé des programmes d’appui aux médias au sein de l’OIF.

Lutte économique

Au-delà du combat pour le français, Clément Duhaime a conscience de mener aussi une lutte économique. « Nous ne sommes pas des puristes qui ne pensons qu’à la culture », reconnait-il. Compte tenu des limites financières de son institution – l’OIF dispose d’un budget de 80 millions d’euros par an pour l’ensemble de ses missions -, l’administrateur mise avant tout sur la faculté de sa maison à créer des réseaux et des alliances.

« C’est l’un des objectif de la conférence. L’étude que nous avons commandée à HEC Montréal, qui fait un état des lieux des médias francophones montre que d’autres espaces linguistiques comme la Chine tentent de se positionner. Ses entreprises sont aussi présentes pour accompagner les États dans le passage de la télévision au numérique prévu en juin 2015 », constate Clément Duhaime.

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Développement en Afrique

L’Afrique concentre à ce titre toutes les attentions. En 2050, les projections démographiques indiquent que 85 % des 715 millions de francophones vivront sur le continent.

« La perspective que le français devienne l’une des premières langues parlées dans le monde constitue une opportunité majeure pour l’industrie des médias français », estime d’ailleurs Jérôme Bodin, analyste chez Natixis.

Dans un secteur des médias en crise, certains groupes ont déjà entamé leur développement africain. Les groupes français sont particulièrement actifs. Canal Plus, qui compte plus de 1,3 millions d’abonnés sur le continent, va inaugurer fin octobre la chaine A+ destinées aux pays subsahariens francophones.

La presse écrite hexagonale espère également y trouver des réponses à ses difficultés actuelles. L’hebdomadaire Le Point a lancé un site Internet dédié au continent en mars dernier et le quotidien Le Monde devrait en faire autant d’ici à la fin de l’année.

Certains groupes continentaux misent eux aussi sur une stratégie panafricaine. C’est le cas du groupe audiovisuel malien Africable, ou encore du groupe de presse marocain L’Economiste. Après avoir créé un titre au Burkina Faso en 2013, ce dernier envisagerait désormais de s’implanter en Guinée. Une fois la conférence clôturée, le débat sur l’avenir des médias francophones devrait rebondir à Dakar fin novembre lors du Congrés mondial de la francophonie où l’OIF élira son nouveau secrétaire général et présentera sa stratégie 2015-2018.