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Présidentielle malienne : Ibrahim Boubacar Keïta en mini-tournée africaine auprès de la diaspora

Une affiche de la campagne d'Ibrahim Boubacar Keïta, dans les rues de Bamako, le 18 juillet 2018. © Baba Ahmed/AP/SIPA

Le candidat-président Ibrahim Boubacar Keïta a achevé mardi une mini-tournée africaine de trois jours auprès des Maliens expatriés en Côte d'Ivoire, au Ghana, au Gabon et au Congo-Brazzaville. Reportage.

Ce 22 juillet, le président malien Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), candidat à sa propre succession, s’apprête à monter dans un Boeing 737-800 de la compagnie Air Mauritanie mis à sa disposition par son « frère de l’Ouest » – comprendre : le président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz -, explique pudiquement un membre de son bureau de campagne. Objectif : trois jours de voyage entre la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Gabon et le Congo-Brazzaville, à la rencontre de la diaspora malienne dans la perspective de la présidentielle dont le premier tour est prévu le 29 juillet.

IBK est accompagné d’une vingtaine de personne, membres de l’équipe de campagne et leaders de mouvements alliés comme Ibrahim Bocar Bah, président de l’Union malienne du Rassemblement démocratique africain (UM-RDA) et Mohamed Ahmed Ag Hamani, président de la Coalition citoyenne de la société civile pour la paix, l’unité et la réconciliation nationale (CCSC/PURN), tous membres de la plateforme Ensemble pour le Mali qui soutient la candidature de IBK. Première étape du voyage : Bouaké, avec ses 32 700 électeurs maliens, dans le centre de la Côte d’Ivoire.


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Un voyage au pas de course

Plusieurs centaines de personnes attendent le candidat au Palais des congrès de ville lorsque le présentateur prend la parole, revenant sur les réalisations du gouvernement malien ces cinq dernières années : « l’augmentation des salaires des fonctionnaires de 20% », « l’augmentation de la production du coton malien qui classe le pays à la première place dans la région » mais aussi « la croissance économique du pays qui devient troisième dans la zone de l’UEMOA » ou encore « l’achat d’armes, d’aéronefs et d’autres équipements et matériels militaires pour rehausser le niveau de l’armée malienne ».

Nous allons créer une zone économique spéciale entre la région de Sikasso, au Mali, Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso, et Korhogo, en Côte d’Ivoire, promet IBK

Les militants crient le slogan « Bou ta bla » [papa ne lâchera pas (le pouvoir), en bambara], qui répond aux propos du chroniqueur de radio Ras Bath, lequel avait demandé il y a quelques mois à IBK de « laisser le pouvoir » et avait appelé à soutenir son principal rival, Soumaïla Cissé. Puis le candidat prend la parole. « Nous allons créer une zone économique spéciale entre la région de Sikasso, au Mali, Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso, et Korhogo, en Côte d’Ivoire. Cette zone va permettre une meilleure intégration économique entre nos États, mais permettra aussi d’exporter nos produits dans de meilleurs condition », explique-t-il en bambara. La rencontre se déroule dans une bonne ambiance, mais IBK n’a pas beaucoup de temps et doit déjà partir pour se rendre au pas de course à Accra, au Ghana, avant de revenir en Côte d’Ivoire, à Abidjan, pour le meeting prévu en fin d’après-midi, et de reprendre enfin l’avion le lendemain pour les étapes de Libreville et de Brazzaville.


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Les Maliens de l’extérieur représentent 452 900 électeurs sur environ 8 millions d’électeurs inscrits, soit un poids non négligeable. Certains semblent même avoir été sensibilisés en amont au projet « Notre grand Mali avance » de IBK. « Il y a quelques semaines, nous avons reçu plusieurs ministres maliens qui nous ont demandé de voter IBK. Ce sont nos leaders, et nous allons suivre leurs instructions », confie Mohamed Ag Issa, un commerçant malien originaire de Gao et installé à Accra.

Pas encore de députés des Maliens de l’extérieur à l’Assemblée nationale

« IBK nous comprend parce que lui-même a vécu longtemps en dehors du Mali », affirme Bocar Maïga, un Malien résidant à Libreville. Qui ajoute « en cinq ans, IBK a construit deux consulats, un à Bouaké, en Côte d’Ivoire, puis un autre à Lyon, en France, pour nous faciliter les démarches administrative. Au Mali, il a construit la maison des Maliens de l’extérieur, qui nous permet de faire rapidement les démarches administratives en cas de besoin, et sert en même temps de lieu de transit à ceux qui arrivent à Bamako et veulent continuer à l’intérieur du pays ».

Cependant, les Maliens n’ont pas encore de député pour les représenter à l’Assemblée nationale, ce qui était pourtant une promesse de la campagne de IBK en 2013. « Cette mesure a été prise dans la nouvelle Constitution qui n’a pas encore été votée. Si le président est réélu, cette question pourra être réglée courant 2018 », assure Mahamadou Camara, son porte-parole.

Au Mali, il règne une certaine pudeur sur l’argent en politique

Comme à Abidjan, toute l’équipe de campagne a passé la nuit à Brazzaville dans un luxueux hôtel. D’où vient donc le financement de cette tournée qui semble fort coûteuse ? « Avec les particuliers et membres de la Plateforme EPM. À Abidjan, la nuit nous a coûté 4 millions de F CFA, j’ai vu moi-même le président payer la note, quant à Brazza, c’est le président Sassou qui a insisté pour tout prendre en charge », explique un membre du bureau de la campagne de IBK. Qui ajoute « Quant à l’avion, si vous regardez ses armoiries, vous comprendrez qui nous l’a affrété ». Le fameux « frère de l’Ouest »…

« Nous n’avons pas de commentaire à faire sur ça, nous laissons le peuple malien juger de lui-même », réplique de son côté un conseiller à la communication de Soumaila Cissé. Une chose est sûre : au Mali, il règne une certaine pudeur sur l’argent en politique. Plusieurs candidats battent campagne dans des voitures immatriculées à l’étranger, y compris Soumaila Cissé à Tombouctou par exemple. Quant à IBK, il évite scrupuleusement d’utiliser la logistique de l’État pour sa campagne. C’est d’ailleurs une voiture banalisée qui est venu le récupérer à l’aéroport de Bamako au retour de sa tournée, le 24 juillet en milieu de journée, alors que sa voiture présidentielle est sagement restée l’attendre… à Koulouba.

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